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Un dossier de la rédaction
100 raisons dêtre optimiste pour le Maroc
Etes-vous globalement optimiste ou résolument pessimiste, sagissant de lavenir de notre pays ? Ou plutôt : êtes vous optimiste (tout court) ou pessimiste (tout court) ? Voir le futur en rose ou en noir cest, au fond, une question de tempérament. Ça dépend de ce quon veut retenir : ce qui marche ou ce qui ne marche pas. Ce qui nous fait avancer ou ce qui nous fait reculer. Les arguments ne manquent pas dans les deux camps. Et chaque camp jette sur lautre un regard réprobateur, parfois méprisant.
Pour les optimistes, les pessimistes sont des "nihilistes" destructeurs qui dénigrent tout par réflexe et, de par leur attitude, freinent lévolution du royaume au lieu dy participer. Pour les pessimistes, les optimistes sont des "béni oui-oui" aveugles qui se satisfont de peu et qui, faute dexigence, admettent la stagnation, voire font le lit du recul.
Qui a raison, qui a tort ? Cest aux psychiatres de le dire tant ces deux attitudes, finalement, relèvent de la sphère intime. Tout dépend du vécu, de lexpérience, voire de lenfance de chacun. Les sociologues ont aussi leur mot à dire sur la question. Parfois, le pessimisme et loptimisme sont des traits culturels, favorisés par une Histoire ou un vécu collectif. Quant aux journalistes, leur rôle nest pas de juger, mais dexpliquer, dargumenter, de convaincre.
Nous sommes en août, il fait chaud, et vous êtes, chers lecteurs, en vacances pour la plupart. Un contexte propice à la joie et à la douceur de vivre. Sur les 20 pages qui suivent, vous trouverez donc 100 arguments, solidement étayés, pour alimenter le moulin de lespoir. Puisse-t-il continuer à tourner éternellement.
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Avancées politiques
1. Les femmes ont des droits
Les Marocaines ont désormais des droits, et plus seulement des devoirs. Ce simple constat vaut tous les discours dans une société où la femme a toujours été lésée par un Code de la Famille résolument phallocrate. Elévation de lâge du mariage à 18 ans, levée de la tutelle, quasi-interdiction de la polygamie, divorce consensuel, dispositions garantissant les droits de lenfant et surtout avènement du principe de légalité entre lhomme et la femme
voilà les avancées révolutionnaires |
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consacrées par le nouveau Code de la Famille. Grâce au roi Mohammed VI. Poids de la tradition oblige, les mentalités mettront du temps à sadapter. Mais un retour en arrière est désormais impossible.
2. La reine a un visage
Les harems royaux où pullulent épouses et concubines, cest fini ! Dorénavant, la femme du roi a un nom, Salma Bennani, un titre, princesse royale (à défaut de reine)
et un visage. Depuis son mariage, elle na cessé de faire la Une des journaux et des magazines, au Maroc et ailleurs. La starisation de la "reine du Maroc" va de pair avec lofficialisation du "couple royal". On les voit ensemble pendant les grands évènements culturels, comme le festival du film de Marrakech. La médiatisation de la vie privée de Lalla Salma, faite avec doigté par nos confrères dAl Jarida Al Oukhra, leur a valu la colère du Monsieur protocole du Palais. Preuve que la modernité dune fille du peuple (elle est dorigine modeste) peut chambouler les pesanteurs les plus immuables.
3. La monarchie nest plus un tabou...
On connaît désormais le salaire du roi, et même le budget annuel de la famille royale dans ses moindre détails. On connaît aussi les plats favoris de Lalla Salma, épouse du roi, et le parfum quelle préfère. Sur un registre moins privé, on sait aussi les penchants républicains de Abdellah Zaâzaâ et, depuis peu, de Nadia Yassine. Il est donc possible dêtre ouvertement contre la monarchie, et de rester vivant et en liberté. Il est même possible dêtre pour, et de penser quelle nest pas gérée de la meilleure manière. Le roi prend une décision discutable ? Elle est aussitôt discutée, sans langue de bois (ou presque). Pour faire court, la ligne rouge " monarchie " a volé en éclats dès la mort de Hassan II. Cest un grand, un très grand acquis démocratique.
4. ... Larmée non plus
Dans la liste des responsables d'actes de tortures et d'assassinats politiques, publiée par l'Association Marocaine des Droits de l'Homme, on trouve une bonne dizaine de hauts gradés militaires. Aucun des journaux qui ont osé publier la liste na eu à subir les foudres de la grande muette, généralement très prompte à réagir dès que lun des siens est touché. Aujourdhui, on évoque volontiers et sans complexes la fortune colossale des Bennani, Kadiri et autres Benslimane. Le caractère "sacré" de larmée, établi de facto par Hassan II au lendemain des deux putschs, avait pour objectif de laisser les officiers senrichir dans limpunité la plus totale. Aujourdhui, Mohammed VI semble avoir décidé, sans jeter en pâture ses officiers supérieurs, den faire de hauts fonctionnaires comme les autres.
5. ... le Sahara encore moins
Officiellement, cest toujours notre cause nationale n°1. Mais le sujet nest plus tabou du tout. Aujourdhui, tout le monde ou presque a un avis sur la question et des propositions audacieuses sont même formulées par quelques intellectuels, hommes politiques et groupes de réflexion. Polisario nest plus un mot interdit, pas plus que la revendication indépendantiste. Récemment, létat a même rallié les partis politiques à sa nouvelle stratégie de défense de la marocanité du Sahara. Cest une première. Encore faut-il espérer que les responsables de ces partis ne soient pas frileux et ne croient pas quils ne sont là que pour "réaffirmer la marocanité de cette partie indivisible de notre chère patrie".
6. Des Marocains refusent dembrasser la main du roi
"Le responsable du protocole ma demandé de me plier à létiquette, mais jai suivi mon éthique personnelle. Le roi nen a pas semblé offensé". Celui qui parle est un membre de lInstitut Royal de la Culture Amazighe, dont tous les administrateurs, reçus au Palais, avaient décidé de sabstenir dembrasser la main du roi. Ils ne sont pas les seuls. Bien avant eux, des intellectuels, écrivains, et artistes reçus par Mohammed VI lui avaient serré la main, les yeux dans les yeux. Parmi les ministres, seul feu Abderrazak Mossadek, digne jusquau bout, na jamais cédé à la pression du protocole. Pour le reste, les audacieux sont rares. Mais le refus du baisemain, passeport de la citoyenneté, est en progrès.
7. Lislam est repensé
Grand séminaire à la fondation Abdelaziz sur "la relecture du Coran", série de conférences de Rachid Benzine sur "les nouveaux penseurs de lIslam", retour du même Benzine pour un débat très civilisé avec le leader islamiste Saâd Eddine Othmani à Casa, refonte de la politique religieuse de létat après le 16 mai, mise en place dune instance chargée de centraliser les fatwas, nouveau cursus de formation des imams, ouvert sur les sciences humaines et les autres religions
Officiellement, lislam idéologique cède le pas à une approche pragmatique, qui veut faire du roi le garant dun islam renouvelable. Ce nest pas encore gagné, mais cest en cours. Et cest très bien.
8. Les mosquées clandestines reculent
Difficile davoir un chiffre exact, mais une chose est sûre, on est loin de lanarchie qui régnait avant le 16 mai. Sans divulguer ses chiffres, ce cadre du ministère des Affaires islamiques affirme que "les garages enfouis sous terre où lon prie clandestinement, cest fini". Quant aux salles de prière, elles ont été recensées, et il est projeté de construire à leur place autant de mosquées en bonne et due forme
cest-à-dire qui devront respecter deux critères principaux : être pourvues dimams reconnus, et respecter les normes dassainissement et le minimum de logistique requis. Croyons sur parole les responsables, premiers concernés par limpact des attaques terroristes : le phénomène des mosquées clandestines nest pas encore éradiqué, mais cest en bonne voie.
9. Les élections sont transparentes
Cela ne fait aucun doute : les élections, sous Mohammed VI, sont plus propres que sous Hassan II. Ce nest pas encore parfait, mais, au moins, les listes de votants ne comportent plus de morts, ni de doublons. Lors des législatives de 2002, le ministre de lIntérieur ne sest pas réuni en catimini avec les leaders de parti pour négocier un quelconque quota. Et si le PJD a revu ses ambitions à la baisse, cétait sans grosse pression. Pendant le vote, les urnes étaient transparentes, et à la fin du jour, leur contenu a été scrupuleusement contrôlé. Bref, on peut affirmer que les élections étaient aussi honnêtes que possible
à une petit détail près : les résultats ont été proclamés avec 2 jours de retard. Pour léser, comme laffirme une théorie en vogue, le parti islamiste ? Son secrétaire général nen croit rien. "Un retard ne vaut pas une faute", affirme sagement Saad Eddine Othmani. Soit.
10. Les grands zouama nen ont plus pour longtemps
Yaura-t-il une vie après Mahjoubi Aherdane, Mahjoub Benseddik, Abderrazak Afilal, Ahmed Osman, Abdeslam Yassine, et dautres illustres arrière grands-pères ? Cest tout le mal que lon souhaite aux partis, aux syndicats et aux associations que tous ces braves septuagénaires (pour les plus jeunes) gouvernent encore. Mohamed Bensaid Aït Idder, Mhamed Boucetta et Abderrahmane Youssoufi ont eu lélégance de sen aller tous seuls, par la grande porte, après (tout de même) avoir beaucoup joué à "Retenez-moi ou je men vais". Les autres saccrochent toujours, alors quils sont manifestement dépassés par lHistoire et par la jeunesse de ceux quils prétendent représenter. On peut leur souhaiter longue vie. Mais pour leur carrière, cest plus quassez.
11. Le débat sur la laïcité est ouvert
Au départ, la revendication laïque était lapanage de quelques journaux (principalement TelQuel, il faut lavouer). Puis lidée a pris de lampleur, avant dêtre reprise par plusieurs intellectuels dans divers forums. Puis on sest avisé que lessence de la revendication amazighe était la séparation de la religion de létat. Puis des islamistes ont commencé à dialoguer (sur TelQuel aussi) avec des laïques ès qualité leur reconnaissant, par ricochet, une légitimité. Idée force : la laïcité ne serait pas un concept étranger "greffé" sur le Maroc mais, au contraire, un révélateur de ce que le Maroc est vraiment : un pays ouvert, où chacun vit sa foi à sa manière. Politiquement, ce nest pas à lordre du jour. Mais ça viendra : les ordres du jour sont toujours façonnés, à plus ou moins long terme, par la pression de lopinion publique.
12. La cause amazighe gagne du terrain
Il est loin, le temps où lamazighité navait le droit dexister quà travers sa dimension folklorique. Du point de vue institutionnel, la création de lInstitut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) a été, malgré toutes les critiques, un tournant : létat reconnaissait, enfin, la dimension amazighe du Maroc. Les associations se sont engouffrées dans la brèche. Dans les facultés, on sengage de plus en plus dans le mouvement culturel amazigh, contrepoids aux organisations étudiantes islamistes ou panarabistes. Quant au parti amazigh dont on parle depuis si longtemps, le dossier de constitution a été déposé. Les autorités sont réticentes, mais le congrès est tout de même programmé pour novembre.
13. La gauche unifie ses rangs
Cinq petits partis vont sunir pour créer un pôle de gauche. Lopération peut sembler anodine quand on sait que ces cinq formations ne comptent aucun ministre dans leurs rangs et ne constituent même pas un groupe parlementaire. Un pôle sans pouvoir de décision, donc. Mais politiquement, moralement, et même socialement, la création de ce pôle est un événement majeur. Parce quelle prouve quil est toujours possible de fédérer des courants de gauche. Et parce que, surtout, la pensée de gauche incarne une sensibilité réelle (parmi dautres) de la rue marocaine. Au moins aussi légitime que la pensée conservatrice, représentée par les islamistes du PJD et les caciques de lIstiqlal, et la pensée libérale, (mal) représentée par tous les anciens partis de ladministration, plus quelques nouveaux venus.
14. On juge (symboliquement) les tortionnaires
Les jugements symboliques ressemblent aux procès des années de plomb par une chose : les verdicts sont connus à lavance. LAMDH et le FVJ, les deux principales ONG marocaines des droits humains, ont tenté un pari inimaginable il y a encore quelques mois. Elles ont jugé, pour le symbole, les anciens hommes forts du régime, dont certains sont solidement arrimés à la nouvelle ère. Oufkir, Dlimi, Basri, Benslimane
tous y sont passés. Les anciens prisonniers dopinion ont revêtu les toges davocats, ils ont mimé leurs défenseurs ou leurs pourfendeurs dhier. Humour et émotion, comme dans le meilleur des théâtres. Des témoins, des anonymes, ont pleuré. Et applaudi les lourdes sentences pourtant connues davance. Cela prouve une chose : juger les bourreaux, même symboliquement et partiellement, est un geste lourd de sens pour les Marocains.
15.
Et lun dentre eux a été condamné
Abdelmajid Aït El Adraoui est un obscur officier de la police judiciaire. Mais il est célèbre pour avoir torturé Rachid Chrii, un militant de Safi injustement jeté en prison en 2003. à sa manière, Aït El Adraoui a éclairé nos lanternes en nous rappelant que la torture nest pas lapanage des hauts gradés de la hiérarchie militaro-policière. Et quelle ne sabat pas que sur de brillants leaders politiques. La torture au quotidien, en somme. Rattrapé par son passé et condamné à 10 ans de prison pour lassassinat dun détenu de droit commun à Marrakech, Aït El Adraoui affrontera dans quelques mois sa victime la plus célèbre, Rachid Chrii, cette fois à Safi, où il risque une nouvelle peine de prison
Même sil est toujours libre de ses mouvements (et suspendu de ses fonctions), Aït El Adraoui paiera pour tous ceux qui torturent loin des projecteurs, dans lanonymat des petits commissariats. Pour lexemple.
16. La gestion locale est mieux contrôlée
Gérer une collectivité locale nest pas chose aisée, surtout quand les moyens manquent affreusement. Faute dexpérience (et souvent, de bonne foi) des élus, la gestion au quotidien tournait au massacre. La nécessité dinstaurer des comités de pilotage simposait, pour sauvegarder le peu de ressources disponibles. En 2002, avec la nomination de Saâd Hassar à sa tête, la Direction des Collectivités Locales sest érigée en comité dévaluation et de suivi. Les bons sont récompensés (affectation de crédit et contrôle a posteriori) et les mauvais sont mis sous tutelle. Les chiffres, aussi bien ceux de la direction que de ceux du fonds communal, sont publiés régulièrement. Cerise sur le gâteau : le redéploiement des cours des comptes régionales sera bientôt achevé. Et demain sera mieux contrôlé quaujourdhui.
17. Le Maroc et lAlgérie dialoguent (même mal)
Quand Mohammed VI est allé à Alger, en avril 2005, on a cru que le plus dur était fait. Mais il a suffi, quelques semaines plus tard, dune simple lettre protocolaire de Bouteflika au Polisario pour que le roi voie rouge et annule sa participation à un sommet de lUMA (qui en est mort). Quelques semaines plus tard, le Maroc enfonce le clou en déclarant "inopportune" la visite du Premier ministre algérien à Rabat. Brouille consommée ? Que non ! Quelques semaines passent encore, puis Mohammed VI se fend, à loccasion de la fête nationale algérienne, dune missive très remarquée à Bouteflika réitérant "son souci sincère duvrer à la consolidation des liens de fraternité". En attendant le prochain rebondissement, notons quil ny a plus de visa entre les deux pays voisins et que les préparatifs pour rouvrir la frontière terrestre vont bon train. Nest-ce pas là lessentiel ?
18. La relation avec lEspagne sapaise
Depuis larrivée de José Luis Zapatéro au pouvoir, le Maroc et lEspagne vivent une parfaite lune de miel. Dès son élection, le Premier ministre socialiste a affirmé vouloir entretenir "une magnifique relation" avec son voisin du sud. Une semaine après, il consacre sa première sortie à létranger au Maroc. Geste ô combien symbolique et apprécié de ce côté-ci de la frontière. Mohammed VI le lui signifie en le recevant, malgré le protocole, dans sa résidence privée de Casablanca. Depuis, les visites interministérielles se multiplient, et linvestissement espagnol sintensifie (Altadis, Fadesa, Repsol
). Désormais, lEspagne parle de "solution politique" au Sahara plutôt que d"indépendance", et la régularisation des travailleurs marocains clandestins en Espagne va bon train. On est loin de la "guerre éclair" de lîlot Leila
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