95. Lindividu saffirme
"Jai écrit ce livre à la première personne pour que le "je", opprimé et mis en silence par la communauté, puisse exister et sexprimer librement". Cétait sur lémission Arts et lettres sur 2M que lécrivain Abdellah Taïa a fait cette confession. Il parlait au nom de toute une génération impatiente dexprimer son talent mais aussi sa liberté, via lexpression musicale et artistique en général. Cette volonté des individus à se démarquer de la collectivité est également perceptible dans le
mode vestimentaire (même dans le voile, la recherche de singularité est de mise). Le premier à avoir évoqué la nécessité de libérer lindividu est Driss Chraïbi, dans son fameux "passé simple", il y a 50 ans. Cela commence à peine aujourdhui
96. Des amoureux sembrassent dans la rue
Casablanca, en fin daprès-midi. Deux amoureux sembrassent fougueusement entre deux voitures, devant le lycée où, selon toute vraisemblance, ils étudient. Pas de "wili hchouma !", ni de lynchage public. Encore deux acculturés francisants et déconnectés de la société dans laquelle ils vivent? Pas nécessairement, la scène se passait à la porte dun lycée tout ce quil y a de plus public. Des scènes comme celles-là ne sont pas si rares. Elles se passent généralement à la sortie des lycées, plus rarement (mais ça arrive) aux arrêts de bus Anecdotique ? Sûrement. Mais révélateur quand même dune évolution pour linstant encore timide des murs. Comme aurait dit Jacques Prévert, "Aimez-vous les uns sur les autres".
97. Les homosexuels se cachent moins
La bataille est encore loin dêtre gagnée, mais quelques modestes rounds ont été remportés. Lhomosexualité est globalement rejetée par les Marocains, mais après que des homos aient été collectivement "raflés" par la police en 2004, à Tétouan, on a assisté à un (petit) mouvement dopinion en leur faveur. La même chose sest reproduite à Safi, cette année. à chaque rafle, le plus fréquent est que les "coupables" soient relâchés après une courte garde à vue plutôt que jetés en prison, comme le prévoit une loi scandaleuse, mais bien réelle. La presse commence aussi par en parler. Un numéro de TelQuel consacré à lhomosexualité au Maroc na suscité aucun phénomène de rejet. à doses homéopathiques, la société marocaine intègre lhomosexualité (qui a existé de tous temps, au Maroc comme ailleurs) comme pas si "anormale" que ça, au fond
98. Les femmes osent fumer dans la rue
Elles shabillent court, vont cheveux au vent, conduisent des voitures, travaillent autant que les hommes, et ça ne choque personne. Les femmes qui fument dans la rue, pourtant, continuent à choquer nombre de Marocains, comme si la cigarette était lultime bastion de la débauche. Il y a des phénomènes, comme ça, quon a du mal à expliquer. Pourtant, de plus en plus nombreuses sont celles qui fument naturellement dans la rue, devant des vitrines, sur les terrasses des cafés Ce nest pas le fait quelles fument qui est une raison despérer (ce serait plutôt une raison de craindre pour leur santé), mais plutôt le fait que le "quen dira-t-on" pèse indéniablement moins aujourdhui quhier. Un jalon indispensable à la révolution culturelle dont ce pays a besoin
99. Les Marocain(e)s prennent plus soin de leur corps
Fini, le temps où les moustachus bedonnants monopolisaient lespace public et où le 38 était une taille minoritaire ! Les Marocains les deux sexes confondus ont décidé dêtre beaux. Parole de pros et de chiffres. Pour le seul secteur de la parfumerie et des produits de beauté, le marché marocain se développe plus vite que le marché européen (10%, contre 5% de croissance annuelle). Larrivée, depuis 2003, des grandes franchises européennes de cosmétiques (Marionnaud, Beauty Success ) est aussi là pour en attester. Et il ny a pas que les cosmétiques. Les centres de remise en forme, damincissement, de thalassothérapie, de bien-être, de diagnostic de la peau ou des cheveux, se multiplient, en réponse à une demande toujours croissante.
100. On a trouvé 99 raisons despérer
"Seuls les trains qui arrivent en retard ont de lintérêt pour les journalistes", a-t-on coutume de dire. Cest vrai, et cest universel. Mais le sens réel de cette célèbre maxime, cest en fait que seuls les évènements exceptionnels sont journalistiquement pertinents. Au Maroc, pays où le niveau de développement est très en deçà des aspirations (conscientes et clairement formulées) de la population ce sont les choses qui marchent qui font figure dexception. Elles ont donc de lintérêt pour nous, comme nous le pensons et lespérons pour vous. Trouver 99 motifs doptimisme solidement argumentés n'était pas si évident. Mais nous y sommes parvenus et c'est, en soi, un motif d'espoir. On peut reprocher mille et une choses à ce pays. à raison. Mais cela ne doit jamais nous empêcher de laimer.