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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est


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(AFP)
Solidarité et monde associatif

22. La pauvreté devient un sujet politique
13,7% des Marocains (23,1% en milieu rural) (sur)vivent avec moins d’un dollar par jour. Dès son premier discours à la nation, Mohammed VI l’a dit clairement : la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sera sa priorité. Ne restait plus à notre classe politique qu’à s’engouffrer dans la brèche et à faire du combat contre l’indigence "le programme de gouvernement" par excellence. Passons sur l’opportunisme d’une telle posture. S’il faut que le roi établisse un agenda pour que les autres suivent,
eh bien soit. Au départ, cela s’est fait par le "saupoudrage humanitaire" de la Fondation Mohammed V. Depuis le lancement de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain, on s’attend à plus de résultats, d’ici 3 ans. Pour l’instant, on n’a encore rien vu de concret, mais le fait que la lutte contre l’indigence soit au cœur du débat politique est déjà à applaudir.

23. Le microcrédit se généralise
Popularisé au Bengladesh dans les années 70, le microcrédit a fait tâche d’huile dans le monde entier. Au Maroc, son apparition est plus récente, mais son succès n’en est que plus époustouflant. Présentant les statistiques du secteur, le Premier ministre Driss Jettou se félicitait du fait que les douze associations du microcrédit agréées ont réalisé depuis leur création plus de 2 millions de prêts totalisant 5,5 milliards de dirhams. Parmi elles, deux organismes tirent leur épingle du jeu : les fondations Zakoura et Al Amana. Créée en 1995, Zakoura, avec plus d’une soixantaine d’agences, a débloqué 925.739 crédits depuis sa création. Très cotée également, Al Amana (134 antennes), connaît une forte croissance de son activité en milieu rural.

24. Les coopératives se multiplient
L’Office du Développement de la Coopération a recensé 4827 coopératives au Maroc en 2004, dont les deux tiers sont concentrés dans l’agriculture, et la majorité opèrent dans les régions du Souss et de Doukkala. Et ça va en augmentant. C’est une excellente nouvelle, dans la mesure où seule la création d’unions et de coopératives permet d’éviter le morcellement des terres – fléau du monde rural s’il en est. Sans parler du fait que les coopératives sont des plateformes de choix pour la création de micro entreprises. L’éradication de la pauvreté commencera nécessairement par là. Quelques coopératives comme Jaouda ont même atteint la célébrité en devenant des grands groupes à l’échelle nationale…

25. Les enfants pauvres partent (eux aussi) en vacances
Il y a trois ans, on n’en rêvait même pas. En 2005, le programme "vacances pour tous" en est à sa troisième édition et pas moins de 450.000 enfants de familles nécessiteuses auront eu droit, eux aussi, aux colonies de vacances… aux frais de l’état. Et ce n’est pas fini ! Le secrétaire d’état à la Jeunesse Mohamed El Gahs, à qui on doit cette belle initiative, a promis d’augmenter le nombre des bénéficiaires à raison de 50.000 par an. Petit couac cette année, tout de même : l’incendie de Ras El Ma, qui a coûté la vie à 6 fillettes, a posé de multiples questions sur la sécurité dans les colonies de vacances publiques. Mais le Secrétariat d’Etat plaide l’erreur humaine. Et les mouvements d’inscription n’ont pas cessé d’augmenter.

26. L’Assurance Maladie Obligatoire arrive
Selon le ministre de la Santé Mohamed Cheikh Biadillah, la mise en application de l'Assurance Maladie Obligatoire AMO devrait entrer en vigueur au mois d’août 2005. Par ailleurs, une réunion de travail présidée à Rabat par le Premier ministre, en juillet, a été consacrée à l'examen de la méthodologie de mise en œuvre de la nouvelle mesure. L’AMO, dont la charte de mise en œuvre a été signée le 4 janvier 2005 à Agadir, est fondée sur deux volets complémentaires : un système contributif pour les personnes à revenu stable et un mécanisme public de prise en charge des frais de soins pour les personnes vulnérables. Une excellente nouvelle pour les smicards et les petits salariés.

27. L’électrification des douars progresse
En 1996, L’Office National de l’Electricité (ONE) a lancé un ambitieux programme d’électrification rurale global, joliment baptisé PERG4. En 2000, pourtant, près de 2 millions de foyers ruraux n’avaient pas encore accès à l’électricité. Depuis, le roi Mohammed VI en a fait une priorité de développement et les choses se sont accélérées. Fin 2004, 17.208 villages avaient été électrifiés, ce qui a permis à 1.176.954 foyers, soit à 7.650.000 Marocains ruraux, d’être raccordés au circuit électrique. En 2005, l'ONE vise l’électrification de 4000 nouveaux villages. Grâce à des réalisations d’envergure comme la ferme éolienne de Koudia El Baïda, le Maroc fait des efforts pour élever sa production d’électricité à la hauteur des besoins de la population. Bon vent.

28. Les handicapés sont moins marginalisés
La télé se met à en parler. Les associations qui en ont fait leur cheval de bataille sont de plus en plus nombreuses, et surtout de plus en plus actives. Le roi les évoque dans ses discours, et va souvent à leur rencontre. D’ailleurs, les handicapés sont parmi les principaux bénéficiaires de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain, un des "grands chantiers" de Mohammed VI. Autre avancée que connaît ce dossier : la loi sur l’accessibilité, votée en 2002 par les deux chambres du Parlement, prévoyant des rampes d'accès pour handicapés dans tous les bâtiments relevant de l’état. La loi tarde à être appliquée, mais quelques entreprises publiques comme la RAM et l’ONCF donnent l’exemple.

29. Les jeunes des quartiers se prennent en charge
D’une certaine manière, un jeune désœuvré qui se laisse pousser la barbe et parle religion se "prend en charge". Mais ce type de sursaut radicalise le concerné, et le coupe de son environnement. Dans les quartiers populaires, la grande force concurrente à l’islamisme est le mouvement associatif. Au menu : réhabilitation des quartiers, nettoyage, campagnes de civisme, équipement de centres informatiques, aides aux plus nécessiteux… Les ONG locales fleurissent partout au royaume – le gouvernement avance le chiffe de 32.000, sans doute en dessous de la réalité. à Casablanca ou à Al Hoceima, c’est structuré en réseau. Les autres villes suivent, rapidement. Et partout, se développe l’idée que les jeunes ne doivent rien attendre de l’état. Et retroussent leurs manches…

30. Les ONG se professionnalisent
Dorénavant, la loi l’exige : les ONG aussi doivent rendre des comptes. Pour ne plus devenir des structures marginales, les associations de développement se mettent en réseau, sous la coupe de l’Association Marocaine de Solidarité Et de Développement (AMSED), ou celle de l’Espace Associatif – deux structures qui dispensent à la chaîne les formations en gestion associative. Avant cela, les associations féministes avaient eu raison de professionnaliser leurs techniques de lobbying : c’est ainsi qu’elles ont arraché la réforme de la Moudawana. Les associations de quartier, de leur côté, suivant l’exemple du RESAQ, leur réseau principal, et ne demandent plus un centime de soutien sans s’appuyer sur des projets bien ficelés, clés en mains. C’est ce qui explique leur succès.

31. Le patronat a une conscience civique
Avec la création, en 2004, de sa commission Entreprises et Proximité Sociale (EPS), le patronat se dote d’une conscience civique. Et ça rapporte : 2,4 millions de dirhams sont collectés en un week-end à la première édition du "Forum entreprises/associations", créé à l’initiative de la commission EPS et fort du soutien de Driss Jettou. Bénéficiaires : des petites ONG de quartier, porteuses de 50 projets de développement clés en mains. Idée-force : l’argent, il y en a ; il faut juste présenter des projets ficelés et convaincants. En février 2005, le patronat réédite l’expérience, en partenariat avec TelQuel, pour commémorer le premier anniversaire du tremblement de terre d’Al Hoceima. Un second "forum" est prévu en septembre 2006. Il présentera cette fois 200 projets associatifs à la générosité des hommes d’Affaires.

32. Les champions s’impliquent dans le social
Quand Cartier a ouvert sa première boutique à Casablanca, le groupe français a fait appel, pour l’inauguration, au recordman du monde et double médaillé olympique Hicham El Guerrouj. Contre de l’argent ? Oui, mais pas pour lui. Le champion marocain a reversé son million de dirhams de cachet, comme prévu, à l'Association Beni-Snassen des Oeuvres sociales dont il est le président. En plus des causes diverses dans lesquelles il s’investit chaque année à l’occasion des "Foulées Internationales de Berkane", ville dont il est originaire. Mais il n’y a pas que lui. D’autres grandes stars du sport national comme Younès El Aynaoui, Hicham Arazi ou Salaheddine Bassir s’investissent beaucoup dans le social. Et font des milliers d’émules parmi les anonymes.

33. Les abus contre les petites bonnes sont dénoncés
Deux grandes victoires : depuis peu, le code du travail fait référence au travail domestique, et le code pénal prévoit de nouvelles dispositions contre l’exploitation des enfants. "Cet arsenal juridique vient renforcer la protection des petites bonnes victimes de maltraitance", estime Raja Bensouda, cadre à l’Unicef. En outre, la presse se fait de plus en plus l’écho des procès d’employeurs coupables de mauvais traitements envers leurs employées domestiques mineures. Bien que l’on ne puisse pas chiffrer l’impact des campagnes de sensibilisation sur le travail des petites bonnes (il y en a eu plusieurs), l’UNICEF a pu constater lors de ses études de terrain à Casablanca que les familles employaient de moins en moins de domestiques mineures. L’âge légal du travail (15 ans) n’est toujours pas respecté à 100%, mais la prise de conscience progresse

34. Le débat sur la transmission de la nationalité est lancé
À l’initiative de la sociologue Soumaya Naamane Guessous et du magazine Femmes du Maroc (FDM), la revendication de la transmission de la nationalité marocaine par la mère a été lancée. Malgré la réforme de la Moudawana, seuls les enfants de père marocain obtiennent la nationalité de droit. Pour les enfants nés de mère marocaine et de père étranger, les dispositions du Code de la nationalité de 1958 prévoient la possibilité d’acquérir la nationalité marocaine, à condition d’en faire la demande dans les deux ans précédant la majorité. Mais la lenteur et la complexité de la procédure découragent nombre de demandeurs. La pression s’est intensifiée au Parlement, où le ministère de la Justice s’est dit prêt à envisager une réforme du Code de la nationalité. La pétition lancée par FDM, qui demande un assouplissement des procédures, a recueilli plus de 2800 signatures. Encourageant.
 
 
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