61. La consommation de masse progresse
Selon lenquête sur les dépenses des ménages réalisée par le Haut commissariat au Plan (HCP), la consommation fait mieux que linvestissement et les privatisations. Le HCP attribue à la consommation un poids qui atteint 60,4% du PIB. Cest énorme. Attention, donc : les discours sur le faible pouvoir dachat des Marocains gagneraient à être relativisés. Pour preuve, le boom des grandes et moyennes surfaces, type Acima. Il sen crée des dizaines par an, et cela démontre que le
marché est porteur, et que les Marocains ont de largent à dépenser. Pas tous, cest vrai. Les franchises, par exemple, visent la classe moyenne. Mais cela aussi, cest une découverte. On disait notre "classe moyenne" marginale. Cest manifestement faux. Et cest tant mieux.
62. La concurrence bouscule les monopoles
Un abonnement au téléphone portable coûte aujourdhui zéro dirham, et la communication est facturée à partir dun dirham. Loffre en huiles de table senrichit et les prix sont en baisse. Deux résultantes directes de lirruption de la concurrence dans des marchés longtemps monopolistiques. On prédisait ces (heureux) phénomènes depuis des dizaines dannées. Aujourdhui, le consommateur en perçoit les résultats, et il est heureux. Dautres secteurs vivront la fin du monopole (ou du duopole) sous peu : la téléphonie fixe, laudiovisuel, lénergie, les tabacs Les consommateurs nont pas fini de jubiler. Accessoirement, des chasses gardées de proches du pouvoir sont en train de voler en éclats, et la transparence économique est en progrès. Bravo !
63. Les entreprises publiques sont mieux gérées
Si pour prétendre diriger les fleurons de notre économie nationale, il est toujours recommandé davoir un bon réseau relationnel, il est indéniable que la compétence ou du moins les diplômes priment dorénavant sur le clientélisme et le piston. Pour qui a connu lère des copains et des coquins, cest un grand bol dair. Avec un ministère des Finances qui a enfin décidé dappliquer la loi en exerçant son rôle statutaire de contrôle, la tenue des conseils dadministration des entreprises publiques a désormais lieu dans les temps. Par ailleurs, la réputation de rigueur de lInspection Générale des Finances nest, enfin, plus usurpée. Côté chiffres, malgré une conjoncture particulièrement défavorable, les dettes de financement des entreprises publiques ont baissé de 6% et leur chiffre daffaires a augmenté, lui, de 6% en moyenne depuis 2002. Pas de quoi pavoiser, mais cest tout de même de bon augure.
64. Les héritiers transforment les groupes familiaux
La guerre des successions naura pas lieu. Le changement à la tête des grands groupes marocains se fait en douceur. Les fils remplacent les pères, une caractéristique du capitalisme familial qui nest pas forcément négative. Pour preuve, les jeunes ayant repris le gouvernail ont amorcé un changement notable dans le mode de management de leurs groupes. Certains sortent des sentiers hérités, comme les Amhal, pour sattaquer à des créneaux qui rapportent plus. Dautres renforcent leur business, comme les Akhenouch, les Bensalah, les Raji Ce mouvement nest quà ses débuts. Dautres dauphins attendent leur tour, qui ne tardera pas, pour reprendre en main le patrimoine de la famille.
65. Les coffres des banques sont pleins
Si on comptabilise les fonds propres et lexcédent bancaire, on dépasse les 40 milliards de dirhams dargent disponible au Maroc. Il est là, prêt à lemploi. Et cette manne financière nous donne deux raisons despérer. Primo, notre système bancaire se porte bien. Nous sommes loin du scénario argentin ou de celui de la banque Khalifa en Algérie. Secundo, les investisseurs potentiels nont pas lexcuse du manque dargent. Le problème, cest que pour débloquer ces fonds, le système bancaire impose des conditions draconiennes. Trop, au point où létat sen est ému. La banque centrale exerce actuellement des pressions sur le secteur bancaire pour quil lâche du lest. Mais pour que les banquiers comprennent quil y a plus à empocher que des misérables agios et autres gains sur les dates de valeur, il leur faut intégrer la culture du risque. Ce nest pas encore gagné.
66. Les produits du terroir sont revalorisés
Saviez-vous que le caroubier marocain cartonne à létranger, que le cactus est en passe de détrôner lArgan ou que de vulgaires bottes de persil ou de thym marocain sont vendues à létranger sous lélégante étiquette de "plantes aromatiques et médicinales" ? Après avoir longtemps privilégié les cultures de sécurité alimentaire (blé, orge, etc.), le Maroc amorce un virage en revalorisant ses produits du terroir. Dans la région de Tiznit-Sidi Ifni, par exemple, des coopératives agricoles cultivent plusieurs milliers dhectares de cactus pour en faire de la confiture et des fruits confits. Elles espèrent même en tirer de lhuile, qui est vendue à 12.000 dirhams le litre sur le marché international de la cosmétique. Où vont se nicher les richesses
67. Le prêt-à-porter marocain débarque
Depuis quelques années, le Maroc ne se contente plus dimporter du prêt-à-porter. Il en fabrique. Même si les franchises des marques étrangères ont encore beaucoup de succès auprès des consommateurs, nos stylistes essaient de créer des vêtements 100 % marocains. Cest ainsi que sont nées des marques comme Océane ou Marwa, qui tentent de se faire une place sur le marché local. Les vêtements quils proposent sont de bonne qualité, à des prix assez abordables, et ont séduit nombre de consommateurs, qui shabillent à la mode tout en faisant acte de patriotisme. Le phénomène est embryonnaire, mais il est à encourager. Dautant plus que cela peut être une parade à la menace chinoise qui pèse sur le secteur textile.
68. Le 100% marocain fait recette
Saviez-vous que le ghassoul marocain fait fureur à létranger ? Bien des Marocains, pourtant, ont troqué ce savon noir traditionnel contre du banal shampoing. Mais cela ne diminue en rien lattrait du 100% marocain, qui revient en force sur le marché mondial. Notre caftan national a ainsi intégré le circuit de la haute couture internationale, et nos huiles dolive ont conquis lAmérique. Le salon marocain, lui, trouve preneur jusquau Canada. Lartisanat en général simpose de plus en plus dans le design très in des métropoles occidentales mais aussi à Casablanca. Comme quoi, il suffit dun peu de marketing pour mettre en valeur des trésors quon pensait désuets et qui promettent de rapporter, si on sy intéresse massivement, des montagnes de cash.
69. La certification qualité progresse
Qui dit certification, dit qualité. Certaines entreprises marocaines sy mettent à contrecur, car les marchés à lexport lexigent. Dautres le font par conviction, et celles-là sont de plus en plus nombreuses. La norme ISO 9001 est devenue un must de la communication institutionnelle des entreprises. In fine, tout le monde y gagne : lentreprise établit une feuille de route, des procédures et pose les bases dun management moderne pour plus de croissance. Les salariés, de leur côté, évoluent dans un cadre plus transparent où les rapports avec leur hiérarchie deviennent plus fluides, car plus codifiés. Le consommateur, lui, est le roi. Avec la multiplication des contrôles, la qualité des produits devient, enfin, une priorité. La certification peut être vue comme une mode au Maroc mais elle est plus que bienvenue.
70. Marrakech boome
Cest un autre genre, mais Marrakech est désormais aussi en vogue, chez les Jet Setteurs, que la côte dAzur. Sur les 6 dernières années, pas moins de 650 riads y ont été rachetés, restaurés, convertis en maisons dhôtes ou en résidences de vacances. La capacité hôtelière de la ville a presque doublé ce qui nempêche pas les hôtels darriver à saturation durant les week-ends. Autre signe : le prix du terrain est passé du simple au double en lespace de deux ans, et les restaurants et autres clubs y poussent comme des champignons. Toujours plus grands et plus branchés. Le festival international du film de Marrakech a fini de poser la nouvelle image "strass et paillettes" de la ville rouge. Et pour couronner le tout, le célèbre festival de jazz de Montreux se délocalisera en 2006 à Marrakech. Bravo !