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(AIC PRESS)
Essor culturel

71. La créativité musicale explose
Hoba Hoba Spirit, H-Kayne, Darga, Barry, Fnaïre, Dayzine... tous ces groupes musicaux n’existaient pas il y a cinq ans. Aujourd’hui, plus aucun festival ne peut se passer d’eux. Ceux-là, et d’autres, ne cessent de chanter le Maroc et de fusionner avec bonheur et passion tous les genres qui "font bouger" : rock, rap, funk, reggae, raï… Les barrières sautent et les jeunes Marocains dansent sur des paroles qu’ils comprennent et qui les concernent (enfin !). Le Boulevard des
Jeunes Musiciens a été le révélateur de cette lame de fond qui est en train de transformer le paysage musical marocain. Chaque année, ce festival casablancais rassemble des dizaines de milliers de jeunes et révèle de nombreux talents venus des quatre coins du royaume. Enthousiasmant !

72. Les festivals gratuits se multiplient
Le festival de Casablanca et le festival Transatlantique de Doukkala, derniers nés dans le paysage des manifestations artistiques marocaines, confirment la tendance : le Maroc est devenu, après un long vide culturel, un pays de festivals où prévaut ce grand principe démocratique : la gratuité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 160.000 spectateurs au concert de Bilal lors du festival de Casablanca, 450.000 festivaliers cette année à Essaouira… Au-delà de la musique accessible à tous, le festival gratuit devient un vecteur de développement pour des régions longtemps délaissées. Essaouira, grâce au festival gnaoua, est devenue une destination très prisée, et le business des riads y est désormais florissant. Chaouen, Safi et Fès ont également misé sur le tourisme culturel. On y arrivera, à ces 10 millions de touristes en 2012 !
73. La darija sort du ghetto
La darija, notre parler de tous les jours, est la véritable langue maternelle des Marocains. Mais elle ne s’affiche que depuis peu dans les arts et la vie publique. Ce changement est loin de faire l’unanimité, parce qu’il remet en cause des positions académiques et écorche le mythe de l’unité arabe. Principaux vecteurs de la renaissance, le théâtre et la nouvelle musique marocaine (lire "la créativité musicale explose") qui ne s’exprime qu’en darija. "Le marocain" se régénère aussi par le biais des sms. Et sur Internet, on chatte principalement en darija. Mieux : les darijophones inventent une nouvelle graphie : le 3 pour le âyn (comme naânaâ), le 7 pour le ha (comme Hamid) et le 9 pour le qaf (comme qamar). à l’usage, c’est beaucoup plus pratique !

74. Le bilinguisme est mieux accepté
Même si la Constitution ne fait aucune mention du bilinguisme, la langue française a conservé un usage privilégié au Maroc. Considérée comme la langue "des bourgeois", voire "des traîtres à la nation" pendant les années 60, l’utilisation du français avait été férocement combattue par une arabisation souvent incohérente, mais toujours à marche forcée. Depuis les années 90, la "cohabitation linguistique" semble céder à un réel pragmatisme. Le français est aujourd’hui la seule langue lue, écrite et parlée qui a gardé des positions importantes dans l'éducation, la politique, l'administration et les médias. Et le Maroc continue de participer aux sommets mondiaux de la francophonie. Le plus important : dans la rue, on ne vous regarde plus de travers quand vous parlez français.

75. Le cinéma national est en plein essor
"Mille mois", "à Casablanca, les anges ne volent pas", "Les fibres de l’âme", "Les yeux secs"… En moins de deux ans, le cinéma marocain a produit plus de bons films qu’en quatre décennies. Et cela, grâce au réveil des pouvoirs publics (plus d’argent investi par le Centre Cinématographique Marocain), à l’enthousiasme d’un public très demandeur et, surtout, au talent certain d’une nouvelle génération de cinéastes enfin affranchis, désinhibés… adultes, quoi. Une preuve ? Le tout dernier, "Marock", de la toute jeune Leila Marrakchi, qui réinvente les charmes oubliés d’un premier film : casting épatant, fraîcheur, liberté de ton… et professionnalisme. On en redemande.

76. La philo revient à l’université
En 1981, l’état marocain a décidé d’abandonner les départements de philosophie (et aussi de sociologie et de psychologie, d’ailleurs) à l’université, au nom d’on ne sait quelle vision rétrograde de l’islam. Mais la philo est de retour dans les amphis. Elle est ainsi enseignée depuis 4 ans à l’université de Marrakech, et depuis un an aux universités de Casablanca, Mohammedia, Kénitra et Meknès. Discrètement, certes. à dose homéopathique même, puisque, comparé aux autres, les nouveaux départements de philo ne touchent pas, toutes facultés confondues, plus de 3000 étudiants. Mais, comme le disent les enseignants et doyens derrière l’initiative, "depuis le 16 mai, l’Etat a pris conscience que la raison et l’esprit critique devraient regagner du terrain". Pas trop tôt…

77. Les artistes se prennent en main
On n’est jamais mieux servi que par soi-même. C’est manifestement la devise de la nouvelle génération de musiciens marocains. Hoba Hoba Spirit et Darga, deux groupes-phares de la nouvelle vague, se sont ainsi affranchis des labels de production existants et ont opté pour l’autofinancement. D’autres, comme Rif Gnawa, ont été chercher des producteurs outre-mer. Fnaïre, les plus audacieux, ont réussi le challenge de lancer leur studio d’enregistrement et leur propre boîte de production. Et ça produit ! Tous ont un album dans les bacs et Fnaïre et Hoba Hoba en sont à leur deuxième. à suivre, Barry, puis Dayzine, dont les premiers albums sont attendus en 2006. De quoi réchauffer le cœur d’un public qui se reconnaît (enfin) dans une musique et des paroles qui lui ressemblent.

78. Les publicitaires sont créatifs
La création (et le business) publicitaires ont connu un bond sans précédent depuis que le "duel des titans" Maroc Télécom vs. Méditélecom a été lancé. Ce sont aujourd’hui les deux plus gros annonceurs du pays, et l’obtention par Méditel de la seconde licence du fixe ne fera qu’accroître la tendance. Parallèlement, un marché de la post-production est en train de se mettre en place. La pub spectaculaire de Siera, qui voit les immeubles du Bd Zerktouni se transformer en téléviseurs et le Twin Center en double congélateur, ou encore celle des forfaits à vie Méditel, qui montre Casa dans 50 ans (avec des taxis rouges devenus volants), sont l’œuvre intégrale de Sigma technologies, une boîte purement marocaine. Le monde des pubards ne s’y trompe pas : des prix internationaux sont régulièrement décernés à nos créatifs.

79. Le théâtre sort de l’ombre
Longtemps écrasées par le petit écran, les planches se refont une place sous les projecteurs. Un nouveau festival à Marrakech, la régularité assurée au festival national de Meknès, une pièce par mois produite par 2M, autant par la TVM, 15 troupes subventionnées par l’état en 2005… Les chiffres démontrent que le théâtre marocain est en plein boom. S’y ajoutent deux phénomènes nouveaux : la (toute récente) Fondation des Arts Vivants s’engage pour donner plus de visibilité à l’art de la scène et de plus en plus de comédiens songent à monter leur propre one man show – un exercice très prisé par le public. Hassan El Fad n’en est pas à son premier essai, Mohamed Khiari a sauté le pas et Abdessamad Miftah El kheir est sur le point de le faire.

80. L’industrie du téléfilm se porte bien
Depuis bientôt trois ans, 2M produit une moyenne de 18 téléfilms par an. En plus de constituer une clause dans le cahier des charges de la chaîne, cette expérience a permis la découverte de talents dans la réalisation et dans l’écriture de scénarios pour la télévision (la chaîne compte aujourd’hui deux réalisateurs de téléfilms en interne). Côté RTM, on a produit sept téléfilms au titre de l’année 2004. La qualité n’est pas nécessairement au rendez-vous, mais le public marocain a tellement besoin de miroirs que ça marche. Signe incontestable de succès : les téléfilms marocains commencent à être piratés !

81. Les festivals font revivre les sites historiques
Qui prêtait encore attention au vieux phare d’El Hank ? Depuis qu’il a été "habillé" par l’artiste peintre Aboulouakar à l’occasion du festival de Casablanca, il est (au sens propre comme au figuré) sous les projecteurs. Après avoir redonné de la vigueur à la médina des Oudayas, le festival Jazz aux Oudayas s’est tenu cette année dans la forteresse historique de Chellah, nettoyée et restaurée pour l’occasion. à Fès, Bab El Makina accueille chaque année plusieurs concerts du Festival des Musiques Sacrées. L’antique cité romaine de Volubilis retrouve aussi de sa splendeur passée, avec le festival de Oualili. Et à Marrakech, le palais Badiî revit chaque année à l’occasion du festival des arts populaires. Pour le plaisir des yeux, en plus de celui des oreilles.
 
 
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