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N° 187
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Hassan Hamdani

Concert. En attendant Elissa

Elissa (DR)
Après El Bernoussi, Elissa est allé allumer les festivaliers d’El Hank lors de l’ultime concert de clôture du festival de Casablanca. La chanteuse libanaise a commencé avec une heure de retard, une habitude tenace chez la star qui avait décidé de faire sa diva à peine descendue de l’avion. Elle avait prévenu d’entrée les organisateurs du festival qu' elle n’accorderait aucune interview. Inutile donc de lui chercher des poux dans la tête. Le public venu en masse attendait le bon vouloir d’Elissa, tandis que son orchestre avait pour tâche de tromper l’impatience du public. Les musiciens d’Elissa enchaînaient les musiques d’attente dans l’indifférence générale, le public écoutait tout ceci d’une oreille distraite, comme lorsqu'une standardiste vous met en
attente avec pour seul compagnon d’infortune "La lettre à Elise". Le public pléthorique et très hétéroclite de l’espace VIP agitait ses petits fanions pepsi-cola, sponsor d’Elissa, alors que Coca Cola distribuait des boissons à l’extérieur. À côté de ce combat entre marchands de sodas, les petits marchands ambulants se concurrençaient aussi. C’était à qui vendrait le plus de sandwichs à la tête de mouton ou aux tripes. Quand Elissa daigna monter sur scène, la bataille rangée pour accéder à l’espace VIP faisait déjà rage depuis une bonne heure. Le combat VIP d’un jour vs. forces auxiliaires tourna vite à l’avantage de ces derniers devant des GUS indifférents à l’agitation générale, trop occupés qu’ils étaient à baffer un jeune derrière leur 4X4 flambant neufs. Sinon question musique, rien à signaler.


7ème art. Sensualité extrême (orientale)

Wong Kar Wai, après le précédent In the Mood for love, signe un petit bijou de cinéma cantonais sur les thèmes de la nostalgie, du désespoir, de la séduction et de la souffrance amoureuse. Hong Kong, 1966. Chow Mo Wan, las d’écrire des romans érotiques dans une chambre d’hôtel, se lance dans une vaste fresque de science-fiction. 2046, c’est le numéro de la chambre de Su Li Zhen. Dans l’histoire, elle est occupée par Bai Ping (Gong li), jeune prostituée qui tombe amoureuse de Chow, héros désabusé mais sans cynisme, perdu dans une quête mélancolique sans fin. Dans le train qui le mène vers 2046, lieu-époque où rien ne change, il décide de rebrousser chemin. Il déroule alors ses souvenirs avec les (nombreuses) femmes qu’il a connues. La réalisation est esthétiquement proche de la perfection : les couleurs électriques rouges et bleues des scènes futuristes du train qui mène vers 2046 tranchent avec les tons chauds et riches du récit. À voir et revoir.


Film. Con el Che

Etudiant en médecine en 1952, Ernesto Guevara, accompagné de son ami Alberto Granado, entame un long périple à travers l’Amérique latine à bord de la cahotante Poderosa, sa moto. Grâce à un scénario d’une hyper fidélité assumée, le film qu’en a tiré Walter Salles, tout comme les personnages, ne se prend pas au sérieux. Tant mieux. Le Mexicain Gael Garcia Bernal, remarquable de justesse dans le rôle du jeune Ernesto, émeut dans la scène de la léproserie en Amazonie. Prémonitoire, cet épisode – le plus détaillé du film – montre un Che fragile mais volontaire. Salué par la critique, ce road-movie humaniste a été projeté dans le cadre du festival de Casa.


Festival. Imilchil au sommet

La troisième édition du Festival des cimes d’Imilchil se déroulera du 25 au 27 août, soutenu par un "berbériste" bon teint : Hassan Aourid. La programmation de cette année fait la part belle aux troupes traditionnelles de la région comme les Ahidous des Aït Hdidou, mais s’ouvre également à d’autres formes artistiques amazighes comme les Ahwach de Taroudant, les Imttawen du Rif et les Aït Matten Tinjdad. Les artistes internationaux ne se seront pas en reste, puisque la soprano Françoise Atlan ouvrira les festivités avec des chants arabo-andalous et judéo-espagnols. L’Espagne sera d’ailleurs présente en force avec le folklore populaire de Malaga. Imilchil oblige, une cérémonie de mariage se déroulera au bord du célèbre lac d’Isli rempli selon la légende par les larmes des célèbres Roméo et Juliette locaux : Tislit et Isli.


Gnaoua. New generation

La musique gnaouie est en pleine renaissance. Fort de l’aura du Festival gnaoua des musiques du monde, un nouvel évènement prend son envol : du 18 au 21 août, le Festival des jeunes talents gnaoua mettra en scène la crème des mâalems new age, dont le plus remarqué jouera au prochain Festival gnaoua 2006. à leurs côtés, des représentants de la nouvelle vague de fusion maghrébine - Dayzine, Darga, Tarik Batma, Blue Mogador, Jbara- feront vibrer le public le temps d’une vingtaine de concerts entre la place My Hassan et Dar Souiri. Cette rencontre, seconde du nom, se tiendra sous les auspices de la ville d’Essaouira, et proposera des ateliers musicaux emmenés par Rhani Krija ou encore le maître Alikane. La relève est assurée !


Sortie. Mr et Mrs Smith

Après Mémoire dans la peau en 2002, Doug Liman revient avec un nouveau thriller "romantique, Mr. et Mrs. Smith, où les personnages principaux : Brad Pitt et Angelina Jolie sont mariés pour le meilleur et surtout pour le pire. Sous leurs fausses apparences de couple ordinaire, Mr. et Mrs. Smith se cachent mutuellement leur métier de tueurs à gage qu’ils pratiquent depuis cinq ans (voir six, ceux qui verront le film comprendront). Si ce n’était ce petit secret, Mr et Mrs Smith mènent une vie paisible jusqu’au jour où ils se retrouvent en compétition sur le même "contrat". Comme quoi une scène de ménage au fusil mitrailleur c’est bien plus fun qu’avec la vaisselle de maman. Actuellement sur vos écrans au Mégarama.


Festival. Pot-pourri à Oualili

Le festival international de Volubilis se tiendra du 3 au 8 août prochain dans l’ancienne cité romaine de Volubilis et à Moulay Driss Zerhoun. Au programme de cette manifestation, du théâtre avec Conflit de la troupe Jerada, Hadit ou Maghzel de Fadaa Liouaa, Les montres et Bouidida de la troupe de Fès. Côté cinéma, peu de nouveautés, mais l’occasion de revoir Elle est diabétique, hypertendue et elle refuse de crever de Hakim Noury, Yacout de Jamal Belmajdoub, Femmes et Femmes de Saâd Chraibi, Un voyage de trop de Aziz Salmi ou Jugement d’une femme de Hassan Benjelloun. En soirée, le festival s’ouvrira à la musique avec des concerts de Malhoun et d’Amdah wa Samaa, sans oublier la troupe Lahkim. Un festival sans surprises en somme, ministère de la Culture oblige.


Musique classique. Do ré mi hors les murs

Casa bouge même en août. Le Ricciotti ensemble, un orchestre symphonique hollandais, donnera une série de concerts à Casablanca dans le cadre des 400 ans de relations entre le Maroc et les Pays Bas. La formation musicale batave a pour principe de jouer hors des salles de concert guindées afin de populariser la musique classique. Elle a déjà fait crisser ses violons dans des lieux aussi "prolétaires" que des usines. Le Ricciotti ensemble sera le 1er août sur la place Rachidi à 21 h. Le 7 août à 11 h sur la plage Lalla Meryem pour un concert spécial enfants, à 15 h au centre social de Tit Mellil et à 20h30 au complexe culturel Moulay Rachid.


Art pour tous. La caravane passe…

La caravane des arts pose armes et bagages pour la première fois à Essaouira du 12 au 17 août, avec pour thème les arts de la rue. Organisée par l’association Akal, la Caravane des Arts est une manifestation entièrement gratuite et accessible à tous. Au programme, chameliers déguisés en personnages de théâtre, poètes jongleurs, théâtre de l’ombre, cirque, spectacles de feu, musique, danse, carnaval, expositions et performances, conférences… et beaucoup d’autres surprises que vous découvrirez en vous y rendant. Une attention particulière sera portée aux jeunes, au travers d’ateliers de théâtre, d’art plastique, de contes et de poésie.


Moudawana

Ce que n’a pas fait le secrétariat d’état de Yasmina Baddou, les Américains s’en sont chargés. Ils publieront prochainement une série de BD en darija et en français afin de vulgariser la nouvelle Moudawana. à l’origine du projet, "Leadership féminin", une association de développement relevant du département d’état américain.


Le petit prince en "amazigh"

Lahbib Fouad, chercheur à l’Institut Royal de la culture amazighe, vient de traduire en berbère Le petit prince de Saint-Exupéry. L’exercice fut ardu, puisque de nombreux termes et notions n’avaient pas leur équivalent en "amazigh" comme "moteur", "avion", "réverbère", "boa", "cravate", "astéroide", "orgueil" ou "absurdité".


Spirit of Fèz

Faouzi Skalli et consorts viennent de créer la fondation "Spirit of Fez". Cette nouvelle institution, qui sera opérationnelle en septembre, a pour objectif l’organisation d’un forum mondial et annuel de la culture à l’instar de celui de Barcelone. Un moyen de promouvoir l’image de la ville dans le monde.



(Mauvaise) Humeur : Omo dial Tide

Par Hassan Hamdani

L'artiste doit-il faire de la pub ? Cette question a été posée par un quotidien de la place à plusieurs artistes marocains. Un réalisateur a déclaré, péremptoire : "il ne faut pas faire de la publicité parce que ce n’est pas de l’art", oublieux du fait que même le spot Ice-Cola est plus bandant que la majorité des films qu'il a commis au nom de l’art. Une chanteuse a affirmé quant à elle : "la collaboration d’un artiste à la pub ne doit pas dépasser sa spécialité". Cette réponse ambiguë ouvrait la porte à toutes les supputations. Accepterait-t-elle un jour de chanter les mérites d’Always Ultra ? Et si oui, avec ou sans ailes ? C’est définitivement non, pas question d’être confondu avec une hôtesse de l’air. Le panel d’artistes interrogés rejette l’idée de vanter un jour des "produits dépréciatifs" ou "bas de gamme". C’est contre l’éthique et les valeurs d’un artiste. Quid de l’éthique artistique et de ses valeurs ? Aucun n’a songé à les définir, ce sont des mots valises qu’ils déménagent d’interview en interview, souvent à défaut d’autres bagages. Devant tant de paroles convenues, on en viendrait presque à admirer cet éternel jeune premier du cinéma marocain qui, en blouse blanche, vante les mérites scientifiques d’une lessive. En froissant son image de beau ténébreux mystérieux, il a osé s’asseoir sur ce florilège de mots creux...




Le livre

Comme le précise l’auteur, Alfred-Louis de Prémare, historien des textes et des idées, ce livre (Aux Origines du Coran) ne s’adresse pas à ceux et celles qui n’ont jamais pris un Mushaf entre les mains. Il ne s’adresse pas non plus aux connaisseurs de l’érudition musulmane. Il a le mérite de la vulgarisation aux profits des esprits curieux. Que leur apprend-il ? L’origine des mythes qui peuplent le texte coranique, sa structure littéraire, les différents tabous qui entourent sa genèse, ce qu’en disent les musulmans en se référant au Coran lui-même, ce que nous apprennent les sciences modernes à son sujet. En 130 pages, la synthèse est édifiante.

Alfred-Louis de Prémare : Aux origines du Coran ; Ed. Cérès, Edif 2000 & Le Fennec

 
 
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