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Par Khalid Tritki
Loisirs. Le business de L'été
Glaces, cosmétiques, restauration, mariages
la période estivale a sa propre économie. Les professionnels du segment investissent lourdement pour attirer une clientèle assoiffée de nouveautés.
L'été, cest beaucoup dargent en jeu. Difficile davancer un chiffre sur les dépenses des ménages et le business pendant la période estivale. Les statistiques sont généralement articulées en trimestre ou en semestre ou encore en total annuel. Faire ressortir la part de lété de cette couche épaisse de chiffres |
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relève du presque impossible (laissons une petite chance aux statisticiens). Aussi, le seul moyen pour mesurer lordre de grandeur de largent dépensé par les estivants, est-il de suivre ces derniers à la trace. Prenons donc un guide, appelons-le Karim, issu dun quartier résidentiel, disposant dun revenu moyen (moins de 5000 dirhams), bon vivant et ne rechignant pas sur la dépense.
La journée de Karim commence assez tard, congé annuel oblige. Dès le réveil, Karim séquipe pour prendre la route de la plage la plus huppée de Casablanca. Son paquetage est basique : un parasol, le maillot, une serviette, un petit sac à dos et bien entendu, sa paire de lunettes de soleil branchée. Le tout acheté trois fois rien à Derb Omar ou à Derb Ghallef, les concurrents les plus efficaces des grandes surfaces et des magasins très in de la métropole. Karim avoue avoir fait une affaire en économisant sur ses équipements estivaux. La paire de lunettes à 200 dirhams, une imitation très fidèle des fameuses RayBan, a été dégotée dans une échoppe perdue à Derb Ghellef. La même, mais avec une signature en vrai, coûte pas moins de 1300 dirhams chez un opticien attitré du Maârif. Pour ce dernier, lété se prépare en mars. "Nous demandons à nos fournisseurs de nous proposer des montures à la mode portant les griffes des grandes marques". Presque 30% des approvisionnements tournent autour des lunettes de protection solaire. Pour chaque client disposant dune paire de lunettes de correction, il faut prévoir une autre paire de protection solaire. Pour faire simple, pour trois dirhams de chiffre daffaires, un dirham est drainé par lactivité estivale. Ce qui revient à dire que le tiers du chiffre daffaires annuel se fait pendant lété. Les pics des ventes des produits dété sont notables dans les grandes surfaces, à une différence près : ces articles ne détrônent pas les produits alimentaires. Selon un responsable des achats pour le réseau Marjane, les rayons dédiés à lété prennent de plus en plus de couleurs à lapproche des vacances. "Nous suivons les tendances de la saisons en offrant des équipements variés allant des maillots de bains aux jeux pour enfants en passant par les meubles de maison", confie-t-il. En effet, un tour dans une grande surface renseigne sur les habitudes des dépenses des clients. Piscine gonflable (à partir de 400 dirhams selon la dimension), parasols, ballons, serviettes, tentes, glacières
tout y est. Les spécialistes de létalage forcent leur imagination pour créer le besoin dachat. Le pic de vente sur ce segment est réel, mais pas aussi spectaculaire que dans dautres créneaux. Découvrons-les avec notre guide.
Les plages privées font recette
Le sac sur le dos, Karim fonce droit vers Aïn Diab, la corniche casablancaise. La place renaît en été. Les plages payantes font rage. Les snacks et les bars également. Karim décide de passer la journée au Tahiti Beach Club (TBC), une plage privée relookée et réaménagée récemment. Pour la coquette somme de 20 millions de dirhams, Saâd Benkirane, le promoteur de TBC, table sur un nouveau positionnement. Et comme personne ninvestit autant dargent à perte, surtout si une partie est avancée par les banques, lentrepreneur compte sur la période estivale pour faire découvrir aux clients les nouveaux atouts du club. Karim est loin de faire cette analyse financière et commerciale. Son souci est de bronzer tranquille. Et pour pouvoir le faire, il doit débourser 100 dirhams pour accéder au club. Ce nest que le ticket dentrée aux bassins et à la plage du club. Une fois à lintérieur, il faut avoir les poches pleines et les nerfs solides. Restauration (trois cartes), leçon de surf (équipement compris)
La formule des plages privées repose sur un produit dappel. La plage et les piscines pendant la période estivale, spa, piscine chauffée et gym pendant lhiver. Mais ce ne sont que des produits dappel, sorte dappât qui incite à franchir le seuil de la demeure. à lintérieur, le visiteur découvre dautres produits, des services variés et sa dépense prévisionnelle passe facilement du simple au double. Plusieurs clubs adoptent la formule de labonnement. Généralement, cette carte est une offre basique qui ouvre les portes du club, mais ne dispense pas des dépenses additionnelles. Un abonnement commence à partir de 4000 dirhams par an et par personne. Certains clubs poussent (leur folie) jusquà 30.000 dirhams par an et par personne, soit plus de 15 fois le Smig, pour donner droit au prestige de faire partie dun club très fermé. à tel point quil faut, en plus de la cotisation annuelle, le cautionnement de trois membres du club. Sun Beach Club exige ce parrainage qui nexclut pas de figurer dans une liste dattente pendant des mois. Karim, notre guide, na ni le chéquier adéquat ni un parrain pour soutenir sa candidature, et encore moins la patience dattendre. Il préfère la formule journalière. Sa journée dans le club se limite donc à se bronzer, à croquer un déjeuner soft qui lui arrache quand même 110 dirhams. Il a certes, une forte envie de sessayer au jet ski, mais lenvie dépasse ses moyens. à titre indicatif, la location d'un Jet Ski, dont certains clubs ont fait un vrai business, coûte pas moins de 700 dirhams de l'heure (ou 200 dirhams les 15 minutes). Cest un phénomène de la nouvelle ère au Maroc. Des associations sportives ont vu le jour pour promouvoir ce sport, surtout avec lobjectif de le démocratiser, mais leur quotidien sannonce difficile. Lexemple du club dAgadir est parlant. Contre une contribution modique, des enfants peuvent apprendre à slalomer sur les vagues. Les grands, eux, doivent apporter leur équipement. à moins de disposer dun Jet ski en propriété, soit un achat de plus de 80.000 dirhams pour une gamme de loisir, les accros de ce sport doivent se contenter de la location. Les fans de la compétition doivent dépenser jusquà 130.000 dirhams en équipement. Et à ce prix, la démocratisation devient impossible. Le club dAgadir en sait quelque chose. Sa situation est difficile, surtout que les professionnels de la location de jet skis font pression pour lui interdire la location de matériel. Chose qui le condamnera à la fermeture. à moins que les autorités locales ne le prennent en charge.
Produits de beauté et glace en croissance
Au coucher du soleil, Karim renonce à son rêve de jetskieur et plie bagage. Après une douche et quelques préparatifs où les produits cosmétiques entrent en scène. Gel, eau de toilette, parfum
la demande sur ces produits augmente en été. Chez les femmes, précise ce spécialiste de la cosmétique, les produits de protection et de traitement de la peau plombent les bourses. Les importateurs se frottent les mains à lapproche de lété. Que ce soit pour homme ou pour femme, les enseignes de la cosmétique font du chiffre pendant cette période, mais ne le révèlent pas. Ils se contentent de marteler que "la qualité est le cheval de bataille du créneau", que "la diversité de loffre est déterminante", que "les prix ne jouent pas trop sur la décision dachat"
La beauté na pas de prix, effectivement. Les bons petits plaisirs non plus. Karim en a un justement. Il a lhabitude de savourer une glace avant dentamer son périple nocturne. Notre guide fait partie de cette majorité qui sinscrit dans une tendance classique. Celle qui limite la consommation des glaces exclusivement à la période estivale. Ce qui fait dire à Sghir Bougrine, le promoteur de lenseigne Venezia Ice, que "la consommation des glaces ne dépasse pas un litre par habitant au Maroc, soit quatre fois moins quen Tunisie". Il reconnaît, en revanche que le segment est florissant. La croissance de la branche dépasse en effet la moyenne de lindustrie agroalimentaire. Si cette dernière se limite à un score timide (moins de 5% en valeur ajoutée), le segment des glaces peut facilement atteindre les 15 à 20%. Ce qui explique que les enseignes se multiplient et que limportation se renforce. Une distinction simpose pourtant. La branche des glaces et
sorbets se divise en deux segments. Celui dit traditionnel et lindustrie proprement dite. Les glaciers classiques parient sur le merchandising et des investissements lourds dans les points de vente. Bougrin avoue avoir investi plus de 10 millions de dirhams pour le point de vente du Maârif. Depuis le commencement de son activité, il a déboursé pas moins de 30 millions de dirhams. Linvestissement concerne linstallation dune unité de production, dun laboratoire pour le développement et le contrôle et dans la logistique. "Notre objectif est de développer dautre points de vente et déquilibrer notre chiffre daffaire pour que la fourniture des métiers de bouche représente la moitié de notre activité", précise-t-il. Le cheval de bataille de cette gamme est la diversité des parfums et la sécurité alimentaire. Pour convaincre son marché de gros, le promoteur est en phase finale de certification Iso HACCP, une norme qui simpose comme une référence sérieuse dans le secteur. Karim na donc rien à craindre pour sa santé. Il termine sa glace paisiblement avant de troquer sa condition d'estivant contre celle de fêtard. |
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Credo. Été by night
La période estivale transforme le rythme de vie de la communauté. Les bars, pubs et boîtes de nuit sen félicitent. "Cest chaque jour le week-end", se réjouit un gérant de pub à Casablanca. Et il nest pas le seul. Les traiteurs se frottent les mains. La période estivale connaît une fièvre de mariages. La tendance veut que les familles des mariés sous-traitent chez des traiteurs. Les prix à ce niveau varient selon la gamme, la composition du pack et surtout le prestige de la signature. Al Oustad (maître) Rahal est le plus connu dans la gamme supérieure. En bas de léchelle, les prix vont de 2000 à 3000 DH par table servie. à appliquer au nombre dinvités et donc de tables et à ajouter aux amuse-gueules, boissons...
La facture salourdit en fonction des caprices des mères des mariés. |
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