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Par Khalid Tritki
Economie globale. Quoi de neuf, Messieurs les experts ?
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Jean-Paul Fitoussi, secrétaire
général de l'Association
internationale des sciences économiques (DR)
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Le congrès de l'Association Internationale des Sciences de l'Economie vient de s'achever, à Marrakech. Il apporte des réponses à quantité de problèmes économiques globaux. Ce qui manque, c'est le courage politique pour les appliquer.
LAssociation Internationale des Sciences de l'economie (Aise) a tenu son 14ème congrès à Marrakech, du 29 août au 2 septembre. Fathallah Oualalou a tout fait pour que cette édition se tienne au Maroc. Il a réussi son coup. Il a également conseillé à son collègue Habib Al Malki, en charge de l'éducation |
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nationale, d'associer cette prestigieuse instance à la réforme universitaire, ce qui est, en soi, une très bonne chose. Surtout que l'association comprend des prix Nobel et a pour but de regrouper les recherches scientifiques les plus récentes et les plus réputées dans le domaine économique. Son point fort réside dans la maîtrise des méthodes de recherche et surtout l'association de certaines disciplines, comme la psychologie ou encore les mathématiques, à l'économie. Son rôle ne s'arrête pas là. Ses membres, constituant la crème de la matière grise économique mondiale, représentent une force de proposition. "Nous apportons des réponses sur des aspects précis de la problématique économique et nous essayons de sensibiliser les gouvernement à intégrer les résultats de nos recherches dans le processus de décision", confie Jean-Paul Fitoussi.
En fait, il ne faut pas s'attendre à une révolution empirique. Nous sommes loin de remettre en question les pères de la pensée économique (Adam Smith, Ricardo, Keynes ou Marx). La recherche porte surtout sur les méthodes et apporte des réponses par segments. Il peut s'agir de l'immigration, de l'utilisation de la politique monétaire comme levier économique, ou tout simplement de l'explication d'un phénomène comme la Chine. Les enseignements à en tirer sont souvent d'une portée indéniable. Ainsi, le 14ème congrès a prévu des panels sur la transition économique des pays de l'Est, surtout ceux qui ont rejoint les rangs de l'Union Européenne. Au-delà des réformes entreprises dans ces pays, le chercheur fait ressortir la corrélation qui existe entre le degré de démocratisation et les performances économiques. Dans le cas des pays de l'Est, la corrélation est forte. Mais elle est moins évidente pour expliquer la performance de la Chine. Le régime chinois est loin d'être la référence en matière de droits de l'homme ou de tout autre aspect qui détermine le degré de démocratisation. Ses performances économiques sont pourtant ahurissantes. Le géant de l'Asie a multiplié son produit intérieur brut par neuf en 20 ans. De moins de 1.000 milliards de dollars, il est passé à plus de 6.000 milliards de dollars en 2004. De quoi clouer le bec à toutes les démocraties du monde. Mais attention, Yingyi Qian, de l'université de Californie, relativise ce constat, car selon lui, un doute demeure sur le devenir de la Chine. L'enseignement à retenir est que les investissements qui sont actuellement concentrés sur la Chine, le sont pour des raisons de gain à court terme. Les multinationales s'y installent parce qu'elles sont appâtées par le marché chinois et par son potentiel de production. L'investissement amorti, la décision de quitter la Chine sera facile à prendre. Dans un pays démocratique, les investissements se font à long terme et reposent sur la pérennité politique du pays hôte.
Education et croissance
D'autres recherches, surtout celle de Philippe Aghion, de l'université de Harvard, établissent une corrélation entre l'investissement dans l'enseignement supérieur et la croissance. Selon lui, plus on pousse les dirigeants à améliorer la qualité de l'enseignement supérieur, plus la croissance économique gagne des points. En revanche dans le cas d'un pays émergent, il prône le contraire. "Pour un pays comme le Maroc, il est plus porteur d'investir dans l'enseignement primaire et secondaire. C'est un paramètre très important, qui attire les investisseurs étrangers. Cela s'est vérifié en Irlande et au Portugal", précise-t-il. Encore faut-il avoir les ressources pour y parvenir. Le professeur de Harvard estime que les pays en voie de développement ont intérêt à se focaliser sur l'amélioration de l'épargne. "Il faut avoir les moyens de sa politique", insiste t-il. Les privatisations peuvent constituer une manne pour un moment. Pas pour toujours. D'où l'idée de penser à d'autres formes de taxation. "Les pistes existent, comme la taxation des grands monopoles privés ou de la richesse", conseille Philippe Aghion. Et c'est là où bloque l'ensemble des pays en voie de développement. "Très souvent les politiques jettent la pierre aux économistes, prétendant que ces derniers n'apportent pas des réponses aux problèmes de la société. L'absence de solution découle du blocage des décisions politiques", renchérit JP. Fitoussi. L'économie de rente, très répandue dans des pays comme le Maroc, repose sur des lobbys forts. Ces derniers forment des barrages étanches bloquant les décisions douloureuses pour leurs intérêts. "Les solutions existent, elles sont simples et il suffit de les appliquer".
Déficit budgétaire et croissance
La même simplicité découle de l'observation du comportement de l'économie américaine. Selon Fitoussi, il y a une idée dominante : seul le libéralisme économique peut faire face à la mondialisation. "Les Américains qui exportent cette idée, ne l'appliquent pas chez eux", glisse-t -il. Les dragons de l'Asie ont suivi l'exemple américain et cela a marché. Il y a eu de la casse pendant une épisode de leur histoire, mais la croissance est maintenue. Le déficit budgétaire n'est pas une fin en soi. Les Américains le pratiquent de manière exagérée, au même titre que l'outil monétaire pour soutenir le dollar. Tous les pays peuvent faire de même à des degrés différents. L'enjeu réside dans la compétence des gouvernants à bien orienter les ressources émanant du déficit. |
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Taux de change. Notre tabou économique
Le panel consacré au Maroc a été entamé par un rappel exhaustif des réformes entreprises depuis dix ans. Mais ce qui animé le débat est la discussion sur la politique de change du royaume. Brahim Hamdouch, professeur à l'Institut National des Statistiques et de l'Economie Appliquée (INSEA) a mis le doigt sur un point douloureux. Selon lui, il est temps d'abandonner la politique du taux de change fixe reposant sur la pondération selon un panier de devises. Il propose une politique de change intermédiaire. Le dirham sera ainsi mi-flottant mi-fixe. Cela permettra une flexibilité dans la politique de change. Les représentants du Trésor ainsi que ceux de la banque centrale, n'ont pas apprécié cette intervention. Leurs critiques étaient aussi pertinentes que la proposition de Hamdouch. Entre les deux positions, c'est le débat qui gagne sur une question qui envenime les relations entre autorité de régulation et les milieux des affaires. |
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