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Internet. Farid le cyber-diable
Mauritanie. Chronique d'un putsch
Chronique. Musique et hold up mental
Reportage. Imilchil, au delà de la carte postale
Automobile. Le roi des collectionneurs
N° 189
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Internet. Farid le cyber-diable
Mauritanie. Chronique d'un putsch
Chronique. Musique et hold up mental
Reportage. Imilchil, au delà de la carte postale
Automobile. Le roi des collectionneurs

Par Chadwane Bensalmia

Internet. Farid le cyber-diable

Driss Benzekri, président
de l'IER, à l'ouverture des
auditions publiques (AIC PRESS)
Microsoft, CNN, ABC, Chrysler, American Express… Tous ces mastodontes auraient été mis à genoux par un Marocain de 18 ans. Farid Essebar, auteur présumé du virus Zotob, est évoqué tantôt comme génie, tantôt comme une victime. La vértité ? On en serait encore très loin.


"Farid ? Ah oui, je vois qui c'est. Ici, on le connaît sous le surnom de Erroussi. Il s'est fait avoir, le pauvre. C'est un mec très gentil, vous savez. Mais je ne sais pas grand-chose sur lui". Ils sont nombreux à ne s'être intéressés à Farid Essebar qu'après son arrestation. Nombreux à se contenter de répéter ce que la police et la presse lui ont attribué : la création du virus Zotob qui a détruit les systèmes d'exploitation d'une demi douzaine de grosses firmes américaines et a valu à Microsoft des dizaines de milions de dollars de pertes durant cet été 2005. Mais tous savent qu'il est incarcéré depuis à la prison
Zaki de Rabat et que le moindre mot sur l'affaire pourrait les y conduire à leur tour. Dans le sinistre quartier r'bati dit "Amal zéro" (tout un programme), les adeptes de la cybermania ne sont pas près de s'en remettre. Et le seul fait de prononcer le nom de Farid Essebar suffit à faire avaler sa langue à chacun. Doublement prisonniers de la peur de subir le même sort et d'une stupéfaction qui ne les quitte plus depuis ce matin où Farid a été arrêté, les jeunes du quartier ont fait vœu de silence. Seuls quelques co-passionnés du "net plus ultra" s'aventurent encore à en parler, non sans faire promettre à leur interlocuteur que leur nom ne sera jamais évoqué. Le quartier n'en est pourtant pas à sa première affaire. Depuis environ 5 ans, les arrestations pour piratage se succèdent. Le plus souvent pour des histoires d'achat d'articles par Internet avec des cartes bleues piratées et des montants ne dépassant pas les quelques milliers de dirhams. Des arrestations qui se soldent par une signature au bas d'une page où les "teanage hackers" s'engagent à délaisser le piratage. Cette fois-ci cependant, l'affaire est trop grosse pour être rangée dans le lot des petites dérives adolescentes. Et Farid suscite à la fois la fascination et la peur. Une fascination inspirée par les dizaines de millions de dollars de pertes que le virus Zotob a infligé à Microsoft. Et une peur de se faire prendre, parce que chacun ici a flirté avec le piratage. Mais dans un cas comme dans l'autre, Farid est devenu "un personnage hors du commun".
Dans le "Peace cyber café", siège de son passe-temps favori, on en parle comme d'un fantôme "je l'ai souvent croisé ici. C'est un gars peu bavard. Il n'a presque pas d'amis. Et puis, ça fait pas longtemps qu'il est au Maroc. Quatre ans au maximum" raconte un habitué. Farid, discret, s'installait souvent à la même place, devant un poste isolé au fin fond de la salle, durant ses après-midi libres ou tard le soir, pour une nuit blanche à tarif réduit. De ces innombrables heures, on retient ses longues discussions sur le Mirk avec ses amis d'enfance en Russie. On ne connaît cependant rien de ce qui se disait entre eux, puisqu'ils parlaient russe. Ce garçon à qui on n'a jamais connu d'inimitiés, ni de bagarres comme il y en a beaucoup dans cette misérable périphérie de Rabat, est décrit comme le parfait "gentil garçon". Enfant d'un mariage mixte entre une Russe et un Marocain, il a vécu jusqu'à ses 14 ans en Russie avec sa mère, après que cette dernière eut divorcé de son père. Et puis, un jour, il est retourné au pays.
Le père, un ancien homme d'affaires aux finances aisées, a tout perdu au lendemain d'une saisie. Il s'est installé ensuite dans la maison familiale. Farid a dû y vivre alors, avec son père abattu par son infortune, son grand père vieillissant et son oncle. Du reste, il venait de réussir sa première année de lycée à Abdelkrim El Khattabi. Un adolescent à la vie peu enviable, certes mais c'est souvent le cas dans cette partie de la ville, à la seule différence que notre "Diablo" a la tête d'un "gawri". Comme ses congénères d'ici-bas, il s'est réfugié dans sa passion cybernétique pour échapper à la grisaille de son quotidien. Comme eux encore, il lui arrivait de se vanter de quelques exploits, mais rien de vraiment méchant. Mais de là à l'imaginer en cyber-criminel, on en rit presque dans le milieu. On se pose alors naturellement la question : a-t-il vraiment créé le Zotob ? "Bien sûr que non. Y a qu'à discuter avec la communauté du Mirc pour s'en assurer", confie, méfiant un des rares amis qu'il a dans le quartier. Zotob, en plus d'être le nom du virus, s'avère avoir été le nick name d'un Russe, un autre fidèle du Mirc. Ce serait lui l'auteur du script. Et encore lui qui l'a fait parvenir à Farid. à en croire ses fréquentations, Farid ne serait finalement qu'un intermédiaire, victime de sa propre naïveté et d'une fougue adolescente. "En supposant même qu'il l'ait fait, personne n'aurait pu remonter jusqu'à lui. Quelqu'un a cafté. J'en suis sûr. D'abord, il n'a pas pu le propager à partir de chez lui puisqu'il n'a installé Internet dans son domicile qu'une semaine avant son arrestation alors que le virus sévissait depuis un moment déjà. Deuxièmement, il est vrai que Farid s'est vanté de sa connaissance du virus après que l'attaque eut été lancée, mais c'est resté dans la petite communauté. Vis-a-vis des flics, ç'aurait pu être n'importe lequel d'entre nous. Pourtant, c'est Farid qu'on est venu arrêter directement. Et en plus, on l'accuse de l'avoir conçu !" martèle avec certitude un autre hacker. Des mots qu'on n'ira certainement pas répéter devant la police. Trop de peur, quelques antécédents, une sombre affaire où un jeune pirate répondant au prénom de Imad a laissé la vie, il y a quelques semaines. Et puis, la conviction que la justice ne regarde jamais du côté des quartiers marginaux.
Au sein de la famille Essebar, aussi, la méfiance est à son apogée. On ne pipe pas mot. Mais encore, on court demander au voisinage d'en faire autant. Une tâche endossée par une tante téméraire de Farid, en attendant l'arrivée de la mère. "Il faut les comprendre. Les journaux en ont fait un monstre d'emblée. On n'a pas cherché à comprendre ce qui s'est réellement passé. Même la police s'est montrée plus indulgente" justifie un autre de ses amis. En effet, depuis son arrestation, Farid n'a pas porté les menottes une seule fois, sauf pour être présenté devant le procureur. "Mais même la police n'y peut rien. C'est le FBI. Mirikane" lance-t-on, convaincu que le sort de ce compagnon de cybermania est scellé, avant de poursuivre, avec une conclusion digne des séries américaines "si seulement, notre police faisait comme chez les mirikane. L'engager. Enfin, si c'est vraiment lui l'auteur du Zotob et de ses dérivés!"



Evolution. Zotob fait des petits

Depuis la première attaque du vers Zotob qui a infecté les systèmes d'exploitation de CNN, ABC, The New York Times, Daimler Chrysler et de l'American Express, une vingtaine d'autres virus ont vu le jour et continuent à sévir dans la famille Microsoft. Après Windows 2000, c'est désormais le XP qui se voit menacé. Ces dérivés parmi lesquels figurent de nombreuses versions du ver Mytob et le Mydoom-BG porteraient en outre tous la signature de Diablo, alias Farid Essebar, le jeune Marocain suspecté d'être le concepteur du Zotob. Et malgré les efforts de la firme américaine, "l'épidémie" n'en est pas encore à ses derniers victimes Les seules variantes du Mytob ont occupé six des dix premières places du top ten, avec 54 % du total des virus signalés. Affaire à suivre.

 
 
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