Automobile. Le roi des collectionneurs
|
Omar Bekkari a une Mercédès
300 SL Raodster et son fils,
la même en miniature, autrefois
jouet de Mohammed VI
(OMAR BEKKARI)
|
Passionné d'automobile, le commandant de bord Omar Bekkari possède plus de 100 voitures de collection. Seul le roi (le vrai) en a plus que lui au Maroc.
Le Maroc s'est taillé une solide réputation de collectionneur de voitures. Les spécialistes sont unanimes. "C'est le pays africain possédant le plus grand parc automobile de collection". Cette richesse, il la doit à l'héritage colonial, à la présence de bases américaines au lendemain de la seconde guerre mondiale et au statut international de la ville de Tanger, où résidaient des fortunes mondiales.
|
|
Et puis Hassan II jouissait d'une réputation internationale dans ce milieu. "Il détenait plus de deux cent voitures aussi rares les unes que les autres", insiste ce proche du Palais qui, au passage, regrette que "depuis sa mort, ça a été délaissé".
Si aujourd'hui le Palais garde jalousement sa collection à l'abri des objectifs, la plupart des rares collectionneurs du pays ne dérogent pas à cette règle et vivent discrètement leur passion. Au grand dam du public. Heureusement que d'autres y remédient. Omar Bekkari est de ceux là. Et ce n'est pas le moindre.
Ce pilote de la Royal Air Maroc est le plus important collectionneur privé du pays. Et il n'est pas prêt à garder pour lui tout seul son trésor. "Ces voitures sont faites pour être vues par le maximum de monde, il faut bien qu'elles vivent elles aussi". Celui que monsieur et madame tout le monde peuvent croiser à n'importe quel carrefour de Casablanca, au volant d'une Rolls du début du siècle dernier ou d'une Ferrari des années 60 a son repaire à Bouskoura. à l'intérieur d'une assez grande propriété abandonnée par la famille, une centaine d'épaves jonchent un sol poussiéreux, attendant leur tour pour être restaurées et prendre la route. "J'arrive tant bien que mal à remettre à neuf deux ou trois voitures par an". Pour y arriver, il emploie 5 personnes à temps plein, dont un tapissier, un mécanicien, un tôlier
Et c'est la même équipe qui le suit depuis plus de vingt ans. Quant à la grange qui s'élève au fond de cette propriété, c'est une vraie caverne d'Ali Baba, plus d'une trentaine de voitures, toutes en parfait état, une Chevrolet Corvette 1955, une Dodge de 1937, une Rolls de 1926, une Mustang, des Mercedes des années 40 et 50
une collection surprenante.
L'aventure du commandant Bekkari prend son envol lorsqu'il achète sa première voiture. En 1974, tout juste recruté par la RAM, le jeune pilote tombe par hasard sur une C4 qu'il achète sur le champ. "Je n'ai pas pu résister. D'ailleurs les gens rigolaient tellement en me voyant circuler dans cette vieille guimbarde, mais je me sentais dans mon élément". Ce cadeau qu'il s'offrira lui coûtera l'intégralité de son premier salaire, la bagatelle de 3000 dirhams. "Une somme considérable pour l'époque". Mais il faut remonter plus loin pour comprendre cette passion pour les voitures. "Son enfance y a été pour beaucoup, raconte son frère, Mohamed, lui-même pilote à la RAM. Il faut savoir que les trois fils Bekkari ont tous choisi la même voie. Kamal l'aîné était aux commandes du Boeing royal lors du putsch de 1972. à cette époque, notre père était un grand amateur de voitures. On en a vu défiler à la maison. On s'amusait même à répertorier les marques, le soir avant de s'endormir".
Cette passion l'amène pendant une dizaine d'années à sillonner le pays. . D'ailleurs, il a fait toutes ses emplettes au Maroc et c'est en parcourant le territoire marocain, et souvent les endroits les plus isolés et les plus insignifiants, notamment les fermes et les champs, qu'il a déniché une grande partie de sa collection.
Le cas de la ville de Tanger est édifiant. Son internationalisation lui permettait de détenir un parc automobile impressionnant. Omar a pu y dénicher de nombreuses pièces rares.
Parmi elles, une Ford Thunderbird de 1956 ayant appartenu à Ben Arafa et qui aurait été vendue aux enchères suite à la saisie de ses biens. La Rolls-Royce 1926 de la milliardaire américaine Barbara Hutton ou la magnifique Packard Clipper de 1947 de feu le Maréchal Améziane.
Parmi les autres voitures ayant appartenu à des dignitaires marocains, La Facel Véga Excellence Série 2 de 1961 dont le propriétaire n'était nul autre que Mohammed V. "Lorsque le mécanicien français de ce dernier partit en retraite, Hassan II la lui offrit. Des années plus tard, je l'ai achetée des mains de son fils". Autre pièce rare dans la collection de Omar, provenant de la famille royale, la Mercedes 300 SL. Elle appartenait dans le temps au couple Fouad Filali et la princesse Lalla Meryem.
L'acquisition de certaines voitures est digne d'un scénario hollywoodien, tant elles sont invraisemblables. C'est le cas de la Jaguar XK 120 qui "appartenait à un ancien pilote de l'armée de l'air qui l'a abandonnée en 1970, en déménageant à l'étranger. Quinze ans plus tard, il revient pour intégrer la RAM et m'apprend par hasard l'existence de cette voiture.. J'ai l'ai récupérée difficilement à la base militaire de Meknès. Elle était dans un sale état et puis le pilote n'avait pas ses papiers. Grâce à la plaque minéralogique, j'ai retrouvé l'adresse du véritable propriétaire, mais il avait déménagé et les nouveaux occupants n'en n'avaient jamais entendu parler". Quelques années plus tard, Omar décide de repasser à la même adresse. Le hasard a voulu que ce jour-là le frère du propriétaire de la Jaguar se soit arrêté devant la maison de son enfance. "Je n'en revenais pas. Je le retrouvais ainsi dans un bar de Casablanca. J'appris qu'il l'avait vendue 1500 dirhams, mais qu'il n'avait jamais touché l'argent. Je lui ai offert la même somme et il m'a remis la carte grise".
Si, à première vue, Omar paraît vivre en parfaite harmonie parmi ses bijoux, de l'avis de ses proches, c'est loin d'être facile d'entretenir une passion de ce gabarit. Les coûts sont exorbitants. Près de 80000 dirhams par mois. "Il est le plus souvent dans le rouge". Quelques occasions se présentent de temps en temps, quand il loue ses voitures pour des tournages de films ou des spots publicitaires, mais sans plus.
Pourquoi ne pas vendre alors ou spéculer? Il y a quelques années, alors qu'il roulait à bord de sa Ferrari sur l'autoroute, un prince saoudien l'avait arrêté. "Your price ici my price". La réponse de Omar à l'intéressé en dit long sur ce passionné pas comme les autres. "Si on vous demandait de vendre un de vos enfants, que répondriez-vous ?" |