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N° 189
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Dans chaque équipe, il faut un méchant, un fan de grosses voitures un peu macho

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem souhaite profiter des présentes colonnes pour adresser une lettre ouverte à Noureddine Naybet, qui a décidé de prendre sa retraite internationale. Voici donc la lettre en question, qui n’engage, évidemment, que le Guercifi :
"Cher Naybet, 
Je vais commencer par vous raconter une anecdote. En 1992, alors que j’avais 18 ans, je suis allé chez le coiffeur, à Guercif-City. Je suis tombé sur un homme très fin qui m’a proposé le choix entre trois modèles de coupe de cheveux. La coupe classique, la coupe taliane, et la couippat Naybet. évidemment, j’ai choisi la troisème, qui n’était en fait qu’une version locale du modèle adopté par Frank Rijkaard. J’avais l’air d’un champignon atomique, mais j’étais heureux. Cette petite histoire est là pour vous faire comprendre à quel point vous m’êtes cher. Aujourd’hui, à cause d’une sombre histoire que je ne veux même pas connaître, vous voulez nous abandonner. Je vous le dis tout de suite : ce n’est pas possible. L’équipe nationale a besoin de vous. Dans chaque équipe, il faut un méchant, un fan de grosses voitures un peu macho pour rappeler que le foot est un sport de combat, une version acceptable de la guerre des gangs (ce dernier passage, je l’air recopié d’un site Internet).
C’est vrai, vous n’êtes plus aussi rapide qu’avant. Mais notre équipe, si elle ne manque pas de talent, manque de grandes
gueules. Des types qu’on craint un peu, tout en essayant d’être leur ami. Même les arbitres, ils vous aiment bien. On s’en rend compte quand vous loupez un tackle, et que vous faites une grosse faute. Au lieu de nier le coup franc, comme font les gamins d’aujourd’hui, vous rigolez avec l’arbitre, avant de relever l’attaquant. Exactement comme Baresi en fin de carrière. L’air de dire : "j’ai juste fait mon boulot, rien de personnel, je ne mérite quand même pas un carton, non ?". Et, du coup, l’arbitre rigole lui aussi et il met pas de carton. Normal, ça fait tellement logntemps que vous vous connaissez, vous et l’arbitre. En plus, cette histoire d’aller gagner en Tunisie me semble très mal partie. Surtout sans vous. Parce qu’il faut être clair : vous êtes le seul joueur marocain qui ait réussi une carrière internationale digne de ce nom. Sans être le plus doué, vous avez réussi à vous imposer en Espagne, à construire un palmarès. Combien peuvent présenter un tel CV ? Alors, bien sûr, il faut bien arrêter un jour, de préférence avant qu’il ne soit trop tard. Mais là, il est trop tôt. La sortie n’est pas digne de la carrière. On vous a souvent attaqué sur votre côté mauvais garçon, rebelle aux consignes, indiscipliné. Moi, ça me fait rigoler. Comment peut-on jouer des années en liga avec un tel profil ? Peut-être en tombant sur des entraîneurs plus fins que le nôtre, qui laissent les joueurs expérimentés se prendre en charge tout seuls.
Le pire, dans cette affaire, c’est que vous êtes désormais le bouc émissaire idéal. Si on ne se qualifie pas sans vous, on vous accusera de désertion. Si on se qualifie sans – In Chaaa Allah – on dira que Zaki avait raison de se passer de vous. Moi, tout ce que je sais, c’est que vous êtes un joueur qui a trimé pour l’équipe nationale, et qui lui a donné plus qu’il n’a reçu. Que votre dentition anarchique décomplexe beaucoup de gens chez nous. Que vous avez longtemps constitué un modèle de réussite que seuls les beznassa pouvaient proposer jusque-là. Que l’équipe nationale est meilleure avec vous que sans vous, surtout pour aller lutter contre des Tunisiens, probablement renforcés par deux Brésiliens et un arbitre. Pour toutes ces raisons, il faut revenir".

 
 
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