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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Karim Boukhari

Cinquantenaire. Le Maroc fait sa campagne

(AFP)
Une quarantaine d’homme d’affaires et de patrons ont été conviés, en milieu de semaine, à un dîner officiel à Casablanca, à l’initiative de Mehdi Qotbi, lobbyiste de la cause du Maroc en France. Khalid Ouedghiri d’Attijariwafa Bank, Mustapha Bakkoury de la CDG (Caisse de Dépôt et de Gestion), Aziz Akhenouch d’Akwa, My Hafid El Alamy de Saham, Saida Lamrani de Saida Star Auto, Meryem Bensalah de Holmarcom… tous ont répondu présent pour une nouvelle campagne économico-politique destinée à soigner l’image du royaume à l’international, à l’occasion de la célébration, le 18 novembre, du 50ème anniversaire de l’Indépendance. "Ce mois de novembre sera
celui du Maroc en France", nous a notamment expliqué Qotbi, dont l’initiative, concertée avec la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, semble avoir obtenu un feu vert royal. Une "présentation du Maroc" est au programme, dès le 7 novembre, à l’Assemblée Nationale française. Sur le plan intérieur, la 50ème commémoration de l’indépendance devra mobiliser, d’après nos informations, les deux chaînes nationales, mais aussi le haut commissariat des anciens résistants et membres de l’Armée de Libération Nationale, l’académie royale, le gouvernement, etc. Tout ce beau monde est en train de préparer une série d’études (dont le très attendu "50 ans de développement humain au Maroc" chapeauté par le conseiller royal Meziane Belfqih), reportages, et autres séminaires pour revisiter l’histoire du royaume à l’occasion de ce 50ème anniversaire.


Ambassadeurs. Le flottement

La nomination de Abdeslam Baraka au poste d’ambassadeur en Arabie Saoudite, pourtant déjà arrêtée sur le papier depuis plusieurs semaines, serait sérieusement compromise. En effet, à l’annonce du retrait de Abdelmajid Semmar, actuellement en poste à Ryad, le roi Abdallah aurait envoyé une lettre officielle à Rabat pour exprimer, avec les formules protocolaires d’usage, son désaccord. Le même suspense semble prévaloir au Bahrein où le passage de témoin entre les deux ambassadeurs (le sortant Lyazid Kadiri, et "l’entrant" Noureddine Benomar) pourrait traîner, dans l’attente d’un consensus définitif. Par ailleurs, le très compétent Mohamed Saïd Berriane, qui sera beaucoup regretté à Alger, attend toujours de passer le témoin à Abdellah Belkziz.


Marrakech. Des anomalies au palais royal

L'un des suspects tombés entre les mains de la BNPJ au sujet de vols commis à l'intérieur du palais royal de Marrakech aurait décédé, en début de semaine, quelques heures seulement après avoir été conduit à l’hôpital. La police judiciaire menait une enquête auprès d’une vingtaine d’employés et de fournisseurs du palais royal de Marrakech. L'enquête concernait le vol d'équipements de cuisine et de produits alimentaires, ainsi que l'élaboration de factures douteuses portant sur des quantités importantes de denrées alimentaires, dont seulement une partie était livrée au palais. Contactée par TelQuel, la police de Rabat s'est refusée à tout commentaire.


Armée. Les retraités d’abord

La liste des départs à la retraite dans le corps des Forces Armées Royales, initialement prévue pour le 4 août, attendrait toujours d’être officialisée. Mais des bruits insistants courent, depuis quelques jours, sur l’identité des partants et des "restants". Il semble notamment acquis que les généraux Benslimane et Bennani, pourtant atteints par la limite d’âge, devront rempiler. D’autres noms seraient par contre sur le départ, comme c’est le cas, vraisemblablement, de Kamili, Sour Allah et Boucht, respectivement inspecteurs généraux du génie, des paras, et des forces auxiliaires à la zone sud.


Larache. Une tribu escroquée

Ce qui se passe pour la tribu des Beqqara est troublant. Dix neuf propriétaires de terres de Jomou’ (indivisibles) comparaissent lundi 12 septembre devant le tribunal de Larache pour "s’être interposés aux travaux de construction que mène le promoteur, Mohamed Deghoughi" sur leurs propres terres. Les Beqqara s’étaient révoltés début août contre cette mainmise "illégale" sur les 300 hectares "qui leur reviennent de droit". Mais dès que le juge Mohamed Regragui les a "prévenus contre toute réaction", les autorités locales sont intervenues, les ont bastonnés puis arrêtés. Pourtant, ils défendaient leur bien contre un abus toléré.


Maroc-Israël. Les efforts de Shalom

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Sylvan Shalom, qui a rencontré, la semaine dernière à Istanbul, son homologue pakistanais Khurshid Kasuri, a profité de l’occasion pour rappeler que des pourparlers sur l’ouverture de représentations diplomatiques avec d’autres pays, dont le Maroc, sont bien avancés. Les Israéliens comptent bien arracher un accord avec plusieurs pays arabes, le Maroc en tête, pour l’ouverture des ambassades ou, à défaut, de bureaux de liaison. Les pourparlers vont bon train avec le Maroc, La Tunisie, Le Bahreïn et Oman, tous ces pays ayant des contacts plus ou moins secrets avec Israël.


PJD. Que cherche Ramid ?

La dernière sortie médiatique de Mustapha Ramid ("le Journal hebdomadaire", du 3 septembre) a laissé perplexe ses propres "frères" du PJD. Il y affirme, revenant sur sa non-élection à la tête du groupe parlementaire en 2004, que "le secrétariat général du parti a anticipé la colère du pouvoir et ne l'a pas élu", s'en prend à Abdelilah Benkirane en menaçant de "dire certaines vérités", et conclut que "le PJD a perdu son âme". La réaction du président du groupe parlementaire, Abdallah Baha, ne s’est pas fait attendre. "Ramid n'a pas été évincé, rectifie Baha. Comme le stipule notre règlement interne, le groupe parlementaire a élu trois candidats. Ramid venait en tête. La liste était ensuite remise au vote du secrétariat national, le résultait me donnait vainqueur". Baha affirme également que le groupe parlementaire se rendra, dans la semaine, chez Ramid pour "discuter". Prochaine échéance, l'élection d'un nouveau président du groupe parlementaire du PJD lors de la rentrée législative. Et si Ramid avait choisi le timing de sa sortie pour briguer, tout simplement, le poste de président du groupe parlementaire PJD ?


Casa. L’automne sera chaud au port

Le wali de Casablanca, Mohamed Kabbaj, a donné un ultimatum aux camionneurs et autres transporteurs qui engorgent les abords du port, invités à quitter les lieux dans un délai qui ne s’étalerait pas au-delà du 30 septembre. Dès octobre, en effet, aucun camion ne sera toléré près du port et les personnes devant se rendre sur les quais devront porter un badge. Ce qui devrait causer un certain nombre de désordres administratifs puisque, d’après nos sources, nombreux sont les camionneurs qui opérent dans l’informel le plus absolu. Les directives de Kabbaj sont liées aux récents dérapages sécuritaires survenus aux abord du port de la ville blanche.


Lutte contre le Sida. La caravane passe…

L'ALCS (association de lutte contre le sida) vient de boucler sa deuxième caravane estivale, la 1ère en partenariat avec le secrétariat d’état à la jeunesse de Mohamed El Gahs, en plus du soutien du FNUAP. De la plage de Harhoura à Aglou, 40 km au sud de Tiznit, une quinzaine de villes et stations ont été visitées et près de 700 tests de dépistage pratiqués, le tout en trois semaines. Jusqu’au 31 décembre 2004, le Maroc comptait 1583 cas de sida maladie, un chiffre "à revoir à la hausse en 2005", dixit une source à l’ALCS, qui lutte contre la propagation de la maladie au Maroc, depuis 1988.


Cocaine. Le Maroc, ce pays de transit

Les autorités françaises et espagnoles ont réussi un joli coup de filet, la semaine dernière, en interceptant un voilier au large de l’archipel du Cap-vert avec à son bord trois tonnes de cocaïne. D’après une information parue sur le quotidien "Le Monde", le navire, qui battait pavillon norvégien en provenance de Cuba et semblait se diriger vers le Maroc où la drogue devait transiter pour alimenter les marchés français, espagnol et hollandais. Le Maroc, d’après les mêmes sources, serait devenu une destination privilégiée pour les cartels de la drogue désirant éviter les côtes espagnoles de plus en plus quadrillées.


Séminaire. Journalistes non grata

Surprise. Alors que la tenue, cette semaine à Rabat, du séminaire annuel de la prestigieuse OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) devait se faire avec la participation des médias, le ministère marocain des Affaires étrangères et de la Coopération a sorti de son chapeau un communiqué pour "porter à la connaissance des médias que les travaux du séminaire se dérouleront à huis clos". Circulez !


Hommage. Il y a 21 ans, Douraidi…

C'est le 27 août 1984 que décédait Moulay Aboubakr Douraidi (détenu avec le groupe de Marrakech en 1984) des suites d'une grève de la faim illimitée. Aujourd'hui, plusieurs activistes et militants des droits de l'homme comptent rendre hommage à l’un des moins connus des héros malgré eux des années de plomb marocaines. C’est avec un léger retard, en fin septembre, que le 21ème anniversaire de la disparition de Douraïdi sera commémoré à Casablanca. Aboubakr est le frère de My Ahmed Douraidi (lire
l'interrogatoire, p. 50).


3 questions à Bachir Ben Barka (Fils de Mehdi Ben Barka)

Quarante ans après l’assassinat de votre père, le colloque qui lui est consacré cette année fait la synthèse de plusieurs choses à la fois. Quelle est la logique qui le sous-tend ?

Le quarantième anniversaire est forcément particulier. Pour marquer le coup, on s’arrêtera sur le passage qui s’est opéré de la Tricontinentale à l’alter mondialisation. Ce qui revient à apprécier les formes de solidarité de 1965 à 2005 et les liens à réinventer. Par ailleurs, la rencontre permettra de faire le bilan des assassinats politiques orchestrés par les états, des complicités et des formes d’impunité qui les ont caractérisées.

Et où en est aujourd’hui la levée du secret défense par la France et le Maroc ?
Les juges ont certes annoncé une levée du secret défense. Le 29 octobre sera l’occasion de faire le point là-dessus et d'essayer de comprendre le fonctionnement des commissions rogatoires au sein de la justice, surtout qu’elles accusent du retard et qu’aucun juge n’a été désigné par l’état marocain.

L’IER constituerait-elle la clé de voûte ?
Nous attendons ses conclusions comme tout le monde. Nous n’avons plus de contact avec l’IER depuis des mois. Nous aurions souhaité être mis au courant des dernières nouvelles, s’il y en a. Surtout que l’instance avait annoncé, dès le départ qu'elle allait mettre l’affaire Ben Barka à la tête de ses priorités. A défaut, on reste dans l’expectative.



Billet. Pendez Abbès El Fassi (par Driss ksikes)

Qui ne connaît pas le diction marocain "Tahet Assam’â, a’lqou al Hejjam" ? Traduisez, "le minaret est tombé, pendez le barbier". Décodez : oublions le criminel et cherchons un bouc émissaire. L’origine de l’impunité dans le Maroc makhzénien trouve indiscutablement sa racine dans cette maxime. Tant que le responsable est trop visible et connu au sein de la communauté (un imam, autrefois, un ministre aujourd’hui), il vaut mieux l’épargner et concocter un stratagème pour mettre à l’index un illustre inconnu, à sa place. Le ministre en question est Abbès El Fassi. Son inoubliable affront aux Marocains dans l’affaire Annajat vient d’occasionner, cette semaine, un quatrième suicidé. On n’a plus envie, après cela, de voir ces victimes tomber comme des mouches, alors que le parrain de l’opération reste intouchable, dans son bureau de ministre d’état sans occupation précise. Pour que cesse ce massacre, il va falloir deux révolutions. La première consisterait à accepter de pendre l’imam lui-même, tout aussi puissant soit-il. Jusque là, les puissants mis en cause, le peuple se contentait de les évoquer dans les cafés, dans le but d’atteindre une catharsis libératrice. Dorénavant, l’astuce ne marche plus. Il y a mort d’homme. Donc, il devient nécessaire, pour éviter de tels drames, d’appeler à la barre le ministre sur lequel pèsent les soupçons. Ce qui nous amène à la deuxième révolution à entreprendre. Que la justice soit définitivement détachée de l’exécutif, que les juges aient toute la latitude de jauger par eux-mêmes l'opportunité d’une poursuite, même si cela devrait mener un ministre à la cellule. À ce moment là, seulement, les poursuites qui planent sur la tête de Abbès el Fassi comme une épée de Damoclès pourraient lui tomber dessus. Encore faut-il qu’un procureur intègre ait une pensée pour ces suicidés d’Annajat. Le rêve est permis.



Billet. Le roi en face (par Karim Boukhari)

Qui se souvient encore que Driss Benzekri, jusqu’en 2002, ne comptait pas exactement parmi les bien-aimés du système ? Mais comment en vouloir aux amnésiques que nous sommes, quand on voit qu’il s’est passé tellement de choses depuis 2002, dans la vie de cet homme comme dans le cours général du royaume ? Je vais vous raconter une histoire : en 2001, Benzekri conduisait une délégation de militants associatifs à la préfecture de police de Casablanca, dans le but d’en savoir plus sur le sort d’un homme, disparu depuis quelque temps. Le préfet refusa, bien entendu, de recevoir la délégation, mais il envoya un émissaire pour "négocier", pendant qu’un élément des services (présenté comme un "docteur" !) supervisait les opérations. "Nous refusons, dit calmement et fermement Benzekri, de quitter les lieux tant que nous ignorons le sort du disparu, et tant que nous ne savons pas si c’est la police ou les services qui ont procédé à son enlèvement". L’un des policiers glissa alors, dans un murmure à peine audible : "Celui-là, il ne lâchera pas même s’il a le roi en face !". Beaucoup de choses ont changé depuis cette jolie anecdote et Driss Benzekri, le 30 novembre prochain, aura le roi en face pour lui présenter, au nom de l’IER, le bilan des années hassaniennes, chapitre droits de l’homme. Que se passera-t-il dans la tête de Benzekri, ce jour-là, de quoi sera peuplée sa mémoire visuelle au moment de préparer son discours et, plus encore, au moment du face-à-face royal ? Sa main tremblera-t-elle comme celle de Lahlimi donnant lecture du résultat du recensement national ? Sa petite voix douce perdra-t-elle de sa fermeté ? Le résultat de ce face-à-face, en conclusion, nous donnera-t-il une raison, une bonne, de croire à ce Maroc
de demain ?



Vite !

Un collectif d’ONG conduit par l’espace associatif devra manifester, pacifiquement, le samedi 10 novembre, devant le siège des Nations-Unies à Rabat.
L’objectif étant de "rappeler aux Nations Unies (et au Maroc) les priorités des objectifs de développement du millénaire", le sit-in ressemble plutôt à une réponse à l’INDH lancée par le gouvernement marocain.

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L'association "Moulay Ali Chrif pour la solidarité à Marrakech" invite, nommément, des personnalités politiques de la région à s’expliquer sur l’origine de leur fortune. L’ONG, de création récente, compte organiser des sit-in et envoyer des requêtes à la cour des comptes, aux ministères de l’Intérieur et de la Justice, et au cabinet royal.

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Le vendredi 16 septembre, sera commémoré à la salle Touria Seqqat à Casablanca, l’un des résistants les plus discrets de sa génération. Fquih Mohamed Khalil, père du sociologue Jamal Khalil, a été un compagnon de route de Fquih Basri mais a choisi, au lendemain de l’indépendance, de se consacrer à sa vocation d’éducateur dans son école Al Atlas. Qu’il repose en paix.

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Nos taximen devront rouler iranien, à l’avenir. Le constructeur automobile iranien Khodro compte introduire, en effet, quelque 25.000 véhicules de son modèle Samand, l'automobile nationale. Les Iraniens, qui visent plus spécialement le secteur des taxis, comptent faire du Maroc une plate-forme pour conquérir, dans un deuxième temps, les marchés nord-africains.

 
 
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