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Pages coordonnées par Hassan Hamdani

Gad El Maleh à casa. L’autre, c’est toi. Et toi, c’est nous

J moins 9, avant la première représentation de la toute dernière explosion humoristico-schizophrène de Gad El Maleh, "l’autre c’est moi". Et déjà, la salle du Mégarama affiche complet. Mais bon, on ne s’en étonnera pas outre-mesure. Gad est le seul artiste à pouvoir faire salle comble en septembre. Plus encore, l’intégralité des billets a été vendue en deux jours et beaucoup revendus au marché noir, au double de leur valeur. Mais ce ne sont pas les 821 places quotidiennes qui vont nous arracher des cris de stupéfaction lorsqu’on sait que le petit monstre a joué à guichets fermés à l’Olympia un mois durant. De quoi nous clouer le bec. Du reste, qu’est-ce qui fait qu’on aime inconditionnellement Gad ? Certainement cette délicieuse et
hilarante manière qu’il a de nous décomplexer par rapport à nos problèmes identitaires, lui-même ayant le cul entre deux chaises. Non, quatre. Puisqu’il est Marocain, juif, Canadien et Français. On l’aime aussi sans doute parce que tous les mecs aimeraient être Gad et que toutes les femmes aimeraient avoir Gad comme mec. Le fantasme de tous, quoi ! Mais le plus juste serait de dire qu’il est les deux. Une alchimie explosive. Et à tous les malheureux qui n’ont pas réussi à avoir le précieux sésame pour le voir sur scène, là où il donne toute sa mesure, reste à espérer qu’une représentation supplémentaire sera programmée pour le 26 septembre. Ou au pire, ils pourront toujours se rabattre sur Derb Ghallef – pardon la propriété intelectuelle – qui a réussi à pirater à cette date deux sketchs de "l’autre, c’est moi". Pour une fois, vive la rentrée !


Cinéma. À court et à cri

Tanger vibrera au rythme du court-métrage du 10 au 16 septembre. Des réalisateurs venus de 19 pays méditerranéens présenteront dans la ville du détroit leurs œuvres lors d’une compétition très sympathique où les auteurs et le public parlent cinéma toute la journée, sans protocole ni tralala marrakchi. Ce n’est pas la moindre des qualités de ce festival où, cependant, le meilleur peut côtoyer le pire. L’année dernière, pour des contraintes de "représentativité méditerranéenne", un jeune talent syrien (la soixantaine bien sonnée) a fait subir au public 15 minutes durant un massacre de pigeons censé représenter symboliquement la lutte du peuple palestinien contre le méchant ogre sioniste. Cette année, la sélection semble avoir été plus drastique et le niveau rehaussé. En ouverture du festival, et hors compétition, plusieurs jeunes réalisateurs marocains présenteront leurs œuvres. C’est l’occasion de découvrir de nouvelles têtes que l’on espère bien faites.


Enseignement. Gad (bis) à la fac

Gad El Maleh est devenu sujet de cours. Fatiha Karkara, enseignante à la faculté de littérature française de Aïn Chock, a inscrit à son programme de français langue étrangère deux sketchs de l’humoriste : Madame Tazi et Chouchou. Selon Fatiha Karkari, Madame Tazi et ses fautes de français sont un excellent moyen de décomplexer les étudiants vis-à-vis de la langue de Molière. Quant à Chouchou, la première séance de cours a donné lieu à un débat houleux sur l’homosexualité durant lequel certains étudiants ont perdu leur français pour intervenir en darija. Malgré ces quelques réactions négatives, Fatiha Karkari compte renouveler
l’expérience cette année.


Hip Hop. Le bal des déracinés

"Entre racines et ailes… corps et âmes". Le titre est un peu lourd et le thème, grave. C’est pourtant une performance tout en apesanteur que signe ici le collectif de danseurs Salama, remarqués dès mai 2003 avec leur première création, "Aladin à Casa". Gestes puissants, mais ciselés au couteau, cris de fureur et élans de fraternité, regards d’espoir et contorsions de désespoir, les sept break-dancers incarnent cette jeunesse qui rêve d’un envol brûlant vers l’Eldorado occidental. D’un meilleur cru que le premier opus – l’expérience, sûrement – cette chorégraphie de Rédouane Jamaï laisse l’art et la créativité relayer somptueusement l’acrobatie. Chapeau bas également aux quatre danseuses de la troupe, très habitées. Impressionnant. Le 14 septembre à 20h30 au complexe culturel Moulay Rachid à Casablanca.


Musique. Barry’s not sleepin’

Voilà un moment qu’on attend, qu’on patiente, qu’on se console avec quelques avant-goûts. C’est bientôt fini, tout ça. La dernière ligne droite avant la sortie du tout premier album de Barry, "Sleepin’ systema"... Il faut croire que notre homme n’a pourtant pas somnolé entre-temps. En studio depuis deux semaines, le chanteur et musicien fusion a pratiquement bouclé son album. Dix morceaux basculant entre reggae, ragga, gnaoua, funk, chaâbi ou encore rock, entièrement écrits et composés par himself. Et cerise sur le gâteau, une reprise qu’on ne lui reprochera pas -bien au contraire - de "Ya l’kehla ya bent Eddaser" en hommage à l’immortel Houcine Slaoui. L’album produit par Sigma Technologies sera sur le marché à la fin 2005. Amen !


Théâtre. Saddiki bâtit

Tayeb Seddiki construit le premier théâtre privé du Maroc. Il est bâti en lieu et place du célèbre chapiteau Mogador. Le dramaturge marocain collecte à l’heure actuelle les fonds nécessaires à l’achèvement de ce nouvel espace culturel. L’édifice devrait comprendre une salle de spectacle couverte, un théâtre de plein air dédié aux enfants, un café théâtre, des loges pour les artistes, des ateliers et un studio d’enregistrement. Tayeb Seddiki voit grand puisqu’il compte ouvrir également un musée du théâtre marocain où seront exposés les décors et costumes de Masrah Ennas. Le dramaturge avait déjà annoncé en 1998 un projet de bibliobus sillonnant les quartiers populaires qui n’a jamais vu le jour. Espérons qu’il en sera autrement cette fois.


Festival. Les Andaousies d’Essaouira

C'est maroco-espagnol, méditerrannéen, latino-américain et ça se passe dans une ville gnaouie, Essaouira. Ça, c’est du métissage culturel. Mesdames et messieurs, rendez-vous du 15 au 17 septembre à la cité des vents pour la troisième édition du Festival de Andalousies Atlantiques. Au programme, une ouverture en hommage au plus grand des chanteurs judéo-marocains, Salim Halali. (Pour les profanes, il est l’auteur de Dour Biha ya chibani, Mehheni zine, Sidi Hbibi, et de tant d’autres chefs d’oeuvre du répertoire). Côté concerts, il y en aura pour tous les goûts. Musique andalouse, indienne, gharnati, flamenco, fado, salsa ou mieux encore, la fusion de tous ces genres dans des concerts acoustisques. Et à ne pas rater, la parade-défilé le 16 , de la Halle à la place des grains. Bon spectacle !


Télévision. Tracks piste notre scène

"Rock the Casbah !". C’est par ce clin d’œil aux Clach (repris par le rebelle Rachid Taha) que Tracks, l’émission phare de la culture alternative, a nommé son reportage sur le Boulevard des Jeunes Musiciens. La scène alternative marocaine sera honorée sur le petit écran au même titre qu’un Liam Gallager ou que les break dancers de LA. Marquée par l’affaire des "satanistes", l’équipe de Tracks a rencontré, lors du 7ème BJM en juin dernier, les métalleux de Reborn, mais aussi H-Kayne, Hoba Hoba Spirit et les Mystik Moods pour parler de cette génération en prise avec la schizophrénie nationale. Plans vertigineux et paroles vitriolées assurées ! Tracks, jeudi 15 septembre, Arte.


Concert. Rencontres musicales

Suspendu suite au décès de son initiateur Xavier Mathyssens, spécialiste de jazz et initiateur du projet, les Rencontres musicales de Casablanca sont relancées cette année grâce au succès public de la résidence de création de novembre 2004 à l’IF de Casablanca. Des musiciens de jazz et d’electro y ont côtoyé des vidéastes et des artistes marocains comme Mjid Bekkas ou Abdellah Chicha. Au programme de la 3ème édition, Amdouma Quartet et Majda Yahyaoui le 15 septembre à 20h30. Eric Capone et des musiciens marocains le 16 septembre à 20h30 ; Mjid Bekkas et Joaquim Khun le 17 septembre à 20h30. Lieu des concerts : Théâtre 121 de l’IF de Casablanca.


Tournage

Alain Robbe-Grillet, précurseur du nouveau roman, tournera à Marrakech de septembre à novembre un film inspiré du livre de Jensen "Gradiva". Un archéologue tombe amoureux d’une fille représentée sur un bas-relief de Pompéï. Marrakech remplacera Pompéi et une esquisse de Delacroix se substituera à la sculpture antique.


Malek à Platinium

Malek le chanteur vient d’être nommé directeur artistique de Platinium Music. L’auteur-compositeur n’en est pas à son coup d’essai. Il avait déjà une expérience de producteur au sein de sa boîte Maya Productions. à noter que Platinium Music sortira dès la semaine prochaine le nouvel album de H-Kayne, HK 1426.


Asli à Alexandrie

Mohamed Asli est membre du jury du 21 ème festival de cinéma d’Alexandrie, après avoir remporté le grand prix avec "à Casablanca, les anges ne volent pas" lors de l’édition précédente. Espérons que "Tarfaya, porte de la mer" de Daoud Aoulad Syad et "Les fibres de l’âme" de Hakim Belabbes recevront le même accueil.



Humeur : Virus

Par Hassan Hamdani

Pour s’amuser, un gamin marocain a bidouillé un virus informatique, presque tout seul, assis dans un cyber minable à 5 dirhams de l’heure. Il a même poussé le vice jusqu’à lui donner un nom impossible à prononcer en famille : Zotob. Zotob a fait perdre des centaines de millions de dollars à plusieurs grandes sociétés mondiales.
à peine quelques zéros après la virgule dans les comptes de ces sociétés, mais la blague du potache a été jugée de mauvais goût. On sentait même un reproche d’ingratitude dans la mine renfrognée de quelques dirigeants de multinationales informatiques. Comme une envie de taper sur les doigts d’un enfant pas assez reconnaissant. Ils venaient apprendre très gentiment aux Marocains à utiliser des traitements de texte grâce à des programmes sponsorisés… et totalement désintéressés. Et voilà qu’un petit gars crache dans la soupe. Le petit bidouilleur informatique avait décidé, avec trois fois rien, de fabriquer des saloperies qui détruisent tout sur leur passage. Les Américains découvraient ainsi une composante essentielle de notre humour national : le rire dial l'bennaya. Ils sont restés hermétiques à son côté trash et le FBI s’est empressé de mettre ses experts sur le coup. Arrêté, le petit génie informatique dépose à l’heure actuelle devant un policier qui saisit ses propos sur le summum du parc informatique de certains commissariats : la machine à écrire. De quoi faire méditer sur la fracture numérique.




Le livre

Youssef Ouahboun nous invite à une exposition de situations où l’artiste scrute et étale le regard que porte sa société sur lui, et à défaut, sur ses tableaux. Mais avant d’en venir au jugement qui rejette son droit à peindre un "Christ noir", le lecteur est invité à son Panthéon, dans lequel Francis Bacon occupe une place de choix, mais aussi au désespoir qui le ronge dans sa vie quotidienne, monotone. L’auteur a l’art de trouver des variations. Tantôt la peinture est présente via le sentiment qu’inspire la couleur, tantôt via le mur vide d’une galerie hanté par les mondanités. Au demeurant, les textes sont peuplés de personnages qui traversent le champ de vision du narrateur, tels des fantômes.

Y. Wahboun : Il faut assassiner la peinture ; Ed. Aïni Bennaï (60 dh)

 
 
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