L'Istiqlal malade de son syndicat
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Abderrazak Afilal,
patron de l'UGTM (AIC PRESS)
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En se maintenant à la tête de l'UGTM au terme d'un week-end qui restera dans les annales, Abderrazak Afilal a porté un coup à Abbes El Fassi dans son ambition de contrôler tout l'appareil de l'Istiqlal.
Abbes El Fassi m'a fait promettre, à moi comme à mes adversaires, de s'abstenir de tout commentaire public". Avant de s'en tenir à cette formule polie, Abderrazak Afilal, patron "restitué" de l'Union Générale des Travailleurs Marocains, un syndicat qu'il dirige depuis 40 ans, a vécu un week-end inoubliable. Le samedi 3 septembre, en effet, la police surveillait |
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de très près le siège central de l'UGTM, sur le boulevard Mohamed VI, à Casablanca. L'endroit avait été décrété, tout au long de la semaine, zone à très haut risque, depuis que Afilal et ses détracteurs s'étaient donné rendez-vous, le 4 septembre, pour en finir, à l'occasion du conseil général du syndicat. Pendant que le vieux leader (76 ans) et ses alliés rameutaient leurs troupes en promettant un lendemain d'enfer à leurs adversaires et que les forces d'ordre étaient en état d'alerte maximale, un coup de théâtre se produisait des kilomètres plus loin, près de la gare Casa-Port, à l'un des locaux historiques de la centrale syndicale. Vers 1h30 du matin de ce 4 septembre, un commando renforcé, armé de bâtons et de gourdins, investissait tranquillement ledit local, en forçant la serrure d'entrée, sans rencontrer la moindre résistance. à la tête du commando, Hamid Chabat, Mohamed Larbi Kebbaj, et Mohamed Titna Alaoui, trois parlementaires istiqlaliens, qui figurent, avec Benjelloun Andaloussi, parmi les principaux adversaires d'Afilal. Le dimanche, au petit matin, l'UGTM n'était plus une mais deux, respectivement au boulevard Mohamed VI et au port de Casablanca ! Du jamais vu, tant dans les annales politiques que syndicales. Heureusement, la situation allait s'éclaircir au fil des heures. Dans l'après-midi, en effet, et après avoir réaffirmé sa légitimité dûment plébiscitée, Afilal et son "armée" se sont déplacés au local de Casa Port où leurs adversaires ont été invités à se rendre, ce qui fut fait au bout de quelques négociations directes et autres coups de fil passés discrètement à la direction de l'Istiqlal à Rabat. Le pire, c'est-à-dire un bain de sang, a été évité d'extrême justesse.
C'est donc Abderrazak Afilal qui reste à la tête du syndicat. En attendant le prochain congrès de l'UGTM, reporté à Mars 2006. Le coup de force de Chabat et de ses amis n'aura servi à rien, si ce n'est à les mettre dans une position délicate (exclus de l'UGTM, embarrassés par rapport à leurs collègues du parti et du Parlement), sans oublier les autorités publiques échaudées par cette expérience pour le moins unique en son genre. à Rabat, on murmure dans les couloirs de la Primature, mais aussi de l'Intérieur, que "jamais un parti ou une centrale syndicale n'avaient pris le pouvoir par la force" et que le putsch de Chabat, s'il avait réussi, aurait constitué un dangereux précédent. "Nous sommes tous concernés, déclare ce cadre de l'Istiqlal qui a requis l'anonymat. Les partis politiques, les syndicats, mais aussi le pouvoir central à Rabat sont tous interpellés. Le nouveau règne aspire, certes, à rajeunir les instances dirigeantes de la classe politico-syndicale, mais pas à n'importe prix, ni n'importe comment". Même si l'information est à confirmer, il est probable que les autorités ont procédé, depuis quelques semaines, à un sondage indirect de toute les sections de l'UGTM, pour connaître qui, d'Afilal ou
de Chabat, contrôle les hommes et l'appareil syndical. La décision du Premier ministre Driss Jettou de recevoir Afilal, et non Chabat, dans le cadre du dialogue social, laisse penser que le résultat du "sondage" était nettement favorable au premier. Et c'est sans doute cela, au-delà des calculs de l'Istiqlal qui a décidé de la tournure finale des événements.
Pour le moment, le landerneau istiqlalien surveille l'actualité de sa centrale comme un lait sur le feu. Le parti fondé par Allal El Fassi sait que les soubresauts de l'UGTM pèseront de tout leurs poids sur le prochain congrès du parti, avant les élections 2007, et sur le sort même du S.G Abbes El Fassi. Il ne faut pas oublier que "Chabat et ses amis avaient déjà financé en grande partie le dernier congrès de la jeunesse istiqlalienne (ndlr ledit congrès a été tenu à Fès, ville dont Chabat est le maire), ils influèrent ainsi, même dans l'ombre, sur ses résolutions finales". Le coup d'état tenté à l'UGTM semble relever de la même logique, celle de reconfigurer les instances parallèles de l'Istiqlal, dans la perspective du prochain congrès où Abbes El Fassi jouera clairement sa tête. Car, et la clé de voûte est sans doute là, le S.G du parti s'est depuis longtemps résigné à abandonner l'espoir d'obtenir le soutien d'Afilal. Un Afilal à la tête de l'UGTM affaiblirait à sa manière les chances d'El Fassi de briguer un nouveau mandat à la tête de l'Istiqlal. "Chabat, nous exlique-t-on à l'Istiqlal, a des ambitions politiques, mais pour cela il doit constamment passer par El Fassi". Cela revient à dire que le S.G aurait clairement misé sur Chabat pour rayer Afilal de la carte politico-syndicale de l'Istiqlal. Et le calcul a failli être payant.
C'est vraisemblablement la surexposition médiatique de la guerre de l'UGTM, et ses risques de dérapage sécuritaire, sans oublier l'entrée en jeu des autorités publiques, qui ont faussé tous ces calculs. Alerté, Abbes El fassi avait fini par envoyer des lettres officielles aux deux parties en conflit, les invitant à ne pas en découdre lors du fameux rendez-vous du 4 septembre. Le cessez-le-feu édicté par El Fassi n'a pas été totalement respecté, puisque chaque partie a fait ce qu'elle avait à faire. Et le tout a failli se terminer par une effusion de sang sans précédent
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