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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Hassan Hamdani

Tanger. La fête du court métrage

Mouna Fettou, membre du jury
Certains visages sont pâles aux yeux bleus, d'autres sont ensoleillés aux yeux noirs… Tanger a accueilli, dans un vrai et pur moment de cinéma, tous les types méditerranéens du 10 au 16 septembre derniers, à l'occasion de la troisième édition du Festival du court métrage méditerranéen. Les cinémas albanais, grec et turc ont surpris par les messages suggérés, les cinémas du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) ont rassuré et les cinémas espagnols et italiens ont séduit par leur technique de haut niveau. Dans l'ensemble, la salle du cinéma Roxy a projeté 43 courts métrages en compétition venus de 19 pays de la Méditerranée à la compétition officielle (dont trois
marocains), et 56 autres courts marocains hors compétition. Un vrai record pour ce "temple" du cinéma. Répondant "œil pour œil" à l'hommage qui lui a été rendu par Nour-Eddine Sail, directeur général du CCM, lors de la cérémonie d'ouverture, Mohamed Achaâri voulait cette édition de "confirmation". Elle le fut. La prise en charge uniquement en demi-pension a eu le don de fâcher quelques acteurs et réalisateurs marocains. Mais, les quatre dîners offerts ont été, en l'absence des stars et paillettes, de véritables parties (plutôt bonnes) de catering. Cependant, la présentation des œuvres a manqué d'un volet marketing: dossier de presse, affichettes, attachés de presse pour vendre les réalisateurs. Cette lacune a donné la fausse impression, dans le cas des courts métrages marocains, de films produits juste pour "avoir la carte professionnelle". Les débats n'ont pas été brillants, mais cela, l'organisation n'y peut rien...


Exposition. à la dérive

Après l'Institut du Monde Arabe, Farid Belkahia expose à la galerie Bab Rouah à Rabat sa "dérive des continents", une série de 12 mappemondes "désorientées". Sur chacune des œuvres, les repères habituels ne sont pas à leur place, les continents se télescopent. Farid Belkahia les a tracés sur des peaux à l'aide de pigments naturels. La technique n'est pas nouvelle chez l'artiste, le seul changement réside dans la dimension de la toile : les peaux de vaches ont remplacé les traditionnelles peaux de mouton. On serait presque tenté de parler du "Belkahia Touch", comme on décrirait un procédé qui se répète. Si ce n'est que l'artiste n'a jamais usé de l'artifice de la tradition modernisée. Les signes culturels-tatouages au henné- et le cuir ne sont pas là pour faire couleur locale. Pour Belkahia, peindre sur du cuir c'est écrire sur-et avec-une mémoire déjà inscrite dans la peau. Jusqu'au 30 octobre à la galerie Bab Rouah à Rabat.


Album. Touria chante Al Andalous

4 ans après son album "Andaloussiat", Touria Hadraoui persiste et signe un nouvel opus où elle explore et fait revivre le patrimoine musical andalou à travers sept morceaux puisés dans l'héritage musical marocain. Dans "Insirafat andaloussia", Touria souligne, d'une voix douce, l'art de l'écoute et de la méditation qui caractérise ce genre musical. Touria Hadraoui y a cependant introduit sa touche personnelle grâce au piano et au violoncelle, deux instruments qui viennent relever le classicisme andalou. Ecoutez-là, c'est l'occasion de découvrir une autre facette du talent de Touria Hadraoui, plus connue du public pour ses ksaids de malhoun.


Bande dessinée. Histoires de mon quartier

Dans le cadre d'un atelier de scénario organisé par l'IF de Casablanca en mai et juin dernier, Abdelaziz Mouride, auteur de la célèbre bande dessinée "On achève bien les rats", a encadré une vingtaine de jeunes de 10 à 15 ans de Sidi El Bernoussi à Casablanca. "Très vite, nous avons abandonné l'option contes, car les thèmes qui revenaient lors des discussions avec les jeunes étaient la violence et la pauvreté", explique Mouride. Les protagonistes ont donc scénarisé et dessiné en 4 pages des morceaux de leurs vécus ou des histoires marquantes de leur derb. Fruit, entre autres, de cet atelier : l'histoire en bulles d'un chef de bande du quartier ; et son pendant, la success-story de Youssef Sefri, gosse de Sidi El Bernoussi, devenu footballeur professionnel. "Légendes de ma ville" à l'IF de Casablanca du 22 septembre au 5 novembre.


Darija. Manuel pour étrangers

Il s’appelle Labass, est destiné aux étrangers, qui ne parlent pas arabe marocain. Ce manuel, édité par l’institut marocain, Center for Cross cultural learning, et coordonné par Abdelaziz Agnaoun, est le résultat d’années d’enseignement de la darija, en continu. Conçu à partir d’une mise en situation pratique, ce manuel permet de codifier la langue marocaine, de déterminer les règles de conjugaison et de grammaire, et, enfin, d’enrichir le lexique de l’apprenant. On remarquera que les textes ne sont pas voyellisés, par contre la richesse des thèmes et la diversité des icônes donne aux leçons une grande lisibilité. En attendant que la darija fasse son entrée à l’école marocaine, ce support pédagogique peut donner envie.


Anniversaire. Ciné côté sud

Le Fond Sud Cinéma fête ses 20 ans. Pour marquer le coup, les Instituts français du Maroc diffusent une sélection de 9 longs métrages soutenus par ce dispositif d'aide au 7ème art mis en place par la France. L'IF de Marrakech plonge cette semaine au cœur de l'Afrique avec "Lettre d'amour zoulou" du sud-africain Ramdan Suleman et "Hyènes" du sénégalais Djibril Diop. Beaucoup des films soutenus ont été récompensés comme "Les silences du palais" de la tunisienne Moufida Tlatli, caméra d'or à Cannes en 1994, ou "West Beyrouth" du libanais Ziad Doueïri. IF de Marrakech : "Lettre d'amour zoulou" le 21 septembre à 19 h00 ; "Hyènes" le 24 septembre à 17h00. IF de Casablanca : "West Beyrouth" le 24 septembre à 17 h00 et "Les silences du palais" à 20h00.


Rencontre. Passe ton bac d'abord !

Hervé Hamon dresse un état des lieux de l'éducation nationale française dans son dernier ouvrage: "Tant qu'il y aura des élèves". Ex-professeur de philosophie et auteur de grandes enquêtes journalistiques avec son compère Patrick Rothman, Hervé Hamon y constate que l'éducation nationale française continue de reproduire les inégalités sociales. "L'école au risque de la démocratie", rencontre animée par Hervé Hamon, pourra être l'occasion d'un débat sur notre propre système éducatif qui, en matière de reproduction sociale, a exacerbé l'héritage scolaire français, sans former comme son modèle de citoyens à part entière (v. TelQuel n° 190). Le 23 septembre à 19 h 00 à la Médiathèque de l'IF de Casa.


Palestine. L’art à la rescousse

Depuis sa création, l’Association Solidarité Maroc-Palestine (l’ASMP) a décidé de se démarquer du champ idéologique en menant des actions concrètes permettant de collecter des fonds. Ainsi, suite à la tournée de la troupe Assaël de Ramallah en juin 2005, l’ASMP organise le mardi 20 septembre à 16h (Hotel Farah, Casablanca) puis le samedi 24 septembre à 16h (Hotel Farah, Rabat) une vente-exposition de produits artisanaux et habits traditionnels palestiniens. Co-organisée par l’association de l’Union des femmes palestiniennes, la rencontre comportera par ailleurs de l’animation et de la musique. Tickets de soutien sur place : 200 DH et réservation au 076768725.


CD. Soultan sous vide

Une silhouette de surfeur, un regard mélancolique, un "special thanks" à Mohammed VI "pour laisser un humble citoyen se faire entendre"… On pouvait s'attendre au pire. Disons que Tolérance, le fruit des vagues à l'âme de ce Soussi est loin d'être désagréable, mais loin de surprendre aussi. Influencé par la vague R'n'bisante de l'époque, Ahmed Soultan dépose des paroles déjà entendues sur des mélodies rythmées comme des battements de cœur, sur fond de douce rébellion. Le timbre est soigné et la qualité musicale pointe ça et là, notamment à travers les featurings de ses potes (Afrodiziac...). À écouter pour découvrir. La tolérance avant tout.


Hommage

L'Institut du Monde Arabe rendra hommage à Jamel Eddine Bencheïkh à la mi-octobre. Enseignant, chercheur, traducteur, romancier et poète, l'homme avait plusieurs cordes à son arc. Décédé cette année, Bencheikh avait notamment publié une traduction des Mille et Une Nuits qui fait référence.


Le Maroc, invité d'honneur

Le cinéma marocain en vedette au prochain festival de Création et de Découverte de Bruxelles. Rien d'officiel encore, mais Salvatore Leocata, l'un des organisateurs, a d'ores et déjà invité Nourredine Saïl, Mouna Fettou Nabyl Ayouch et Rachid Ouali au cours du dernier festival du court-métrage de Tanger.


En préparation

Faouzi Benssaidi et Daoud Aoulad Sayed sont au festival de San Sebastian (Espagne) à la recherche de soutien pour leurs prochains films. Faouzi Bensaïdi boucle à l'heure actuelle le budget de "www, What à Wonderful World" et Daoud Aoulad Sayed celui d'"En attendant Pasolini".



Humeur : Sacré Gus !

Par Hassan Hamdani

Au Maroc, la police a toujours été très proche du citoyen. Assez près pour lui faire les poches, lui souffler à l’oreille quand la fermer, quand crier sa joie, ou lui taper sur la gueule à l’occasion. Le citoyen appréciait moyennement cette vision musclée de la proximité. Mais grâce au nouveau concept d’autorité, Sancho et Pancho sont devenus obsolètes. Désormais, la proximité c’est une assistance sociale à laquelle on peut confier ses petits soucis de voisinage : vol à l’arraché, invasion de barbus, grissage au sabre, viol collectif. Elle sillonne les rues en tenue de plombier, est imberbe, a une taille de mannequin et s’appelle GUS. Gus est proche des gens car c’est un enfant du peuple habitué aux rapports francs, directs, mais néanmoins amicaux. Ainsi, Gus connaît 54 façons différentes de manquer de respect à votre mère. Gus s’arrête comme n’importe quel promeneur devant un accident. Et tend le cou pour mieux voir le sang, partageant les plaisirs simples de ses concitoyens. Les jeunes ont même découvert en Gus un chic type en qui ils se reconnaissent. Gus a les mêmes aspirations que nombre d’ente eux : se la péter en 4x4, draguer les filles, porter une casquette série limitée. Gus ne fait pas encore de sport de djeun’s, mais ce n’est pas faute de s’entraîner dur. Dans la pub télé, Gus gare déjà son 4X4 comme un vrai surfeur. N’importe où sur la plage.




Le livre

Professeur de philosophie et auteur d’un brillant essai sur la relation entre l’histoire et la modernité au Maroc, Abdeslam Haïmer vient de se découvrir une âme de romancier. A travers Les chauve-souris de Bab Mansour (Khatatif Bab Mansour), l’auteur nous plonge dans le Maroc colonial. Il raconte l’histoire de Jilali, auquel un colon officier accorde un nom de gaouri pour l’avoir sous son aile sans lui faire courir de risque. Obligé de dissimuler sa vraie identité, Jilali découvre l’humanisme de Marie désabusée par les manœuvres du résident général et de ses relais. Entre passion et résistance, l’auteur parvient à distiller des sentiments contenus et des rythmes enfouis au fond de l’être. Avec un narrateur qui se met en évidence, le récit avance à tâtons. Mais le plaisir y est.

A. Haïmer : Khatatif Bab Mansour, Ed. Afrique Orient

 
 
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