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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Patrons. La PME dans le jeu du pouvoir

Hassan Chami, président
de la CGEM (DR)
La fédération de la PME s'est libérée de la CGEM. Des mauvaises langues
avancent la théorie du complot contre Chami. D'autres parlent d'une tentative de scission. Les uns et les autres jurent que la main de Rabat y est pour beaucoup.



La fédération de la PME s'externalise. Son assemblée générale extraordinaire l'a décidé à une majorité écrasante vendredi 9 septembre à Casablanca. Cela ne veut nullement dire que la fédération quitte la confédération patronale. L'externalisation
est d'ailleurs prévue par les statuts du patronat. Toute organisation arrivée à maturité peut voler de ses propres ailes. Celle coiffant les PME l'a fait, celle du tourisme le fera incessamment. Il n'empêche que, selon des sources requérant l'anonymat, le dossier de la PME, surtout dans la phase de l'externalisation, a pris une dimension politique. "D'une opération tout à fait anodine et ordinaire dans la vie associative, l'externalisation de la fédération de la PME a été présentée (ou interprétée) comme une rupture de ban", décortique un proche de Hassan Chami, patron des patrons. Pourquoi une telle interprétation ?

Les suites de la sortie de Chami ?
Le jour même de l'assemblée extraordinaire qui devait entériner l'externalisation, la fédération a bénéficié de deux signaux politiques. Le Premier ministre a dépêché l'une de ses conseillères, Ghita Bergach, chargée des relations avec les entreprises (nouvellement recrutée) pour assister à l'assemblée. Mieux encore. Le même jour, le patron de la fédération reçoit l'accord du Palais lui signifiant le haut patronage du roi pour l'organisation des assises de la PME prévues en novembre prochain. "Dans l'état actuel des événements, les deux signaux ne peuvent avoir qu'une seule signification : désormais la fédération de la PME sera un outil de déstabilisation de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM)". Le verdict de cet industriel s'appuie sur le sort qu'a subi Hassan Chami suite à ses déclarations pointant du doigt le système de gouvernance. La réplique (rapide) de Mustapha Sahel, ministre de l'Intérieur, a mis en doute la représentativité de la confédération patronale et son incapacité à défendre la PME. Le silence (calculé ou forcé) de Driss Jettou a mis Hassan Chami dans une situation délicate. "Ce climat malsain ne laisse pas de doute que la fédération de la PME sera l'alternative", continue notre industriel. Hammad Kessal, président de la fédération de la PME (FPME) balaie ces arguments en rappelant que l'externalisation faisait partie de son plan électoral de 2003. "Nous avons respecté toutes les procédures prévues par les statuts et le règlement interne de la CGEM. Et c'est cette dernière qui a géré les contacts avec les membres de la fédération et qui a reçu les pouvoir de vote. La politisation est une fiction qui n'a pas de fondement", estime-t-il. Kessal reconnaît que la PME bénéficie actuellement d'un intérêt particulier de la part du pouvoir central. "Tous les discours royaux et celui du trône en particulier reviennent sur la question de la PME. La conjoncture est favorable tant au niveau national qu'international, car la PME est considérée comme l'anti-choc à la crise", poursuit le patron de la FPME. à cela s'ajoute, selon Kessal, le sentiment de marginalisation suite à l'adoption des nouveaux statuts de la CGEM. "Le statut a renforcé les grandes entreprises, laissant ainsi entendre la naissance d'une confédération de grands groupes", souligne-t-il. La fédération de la Pme se devait donc de réagir. Surtout qu'une grande partie des adhérents de la FPME croient fermement que la CGEM ne sera plus capable de défendre leurs intérêts. Pour preuve ils rappellent le dossier des primes d'assurances : "la fédération des assurances a négocié des mesures qui pénalisent les entreprises, même les grandes, et ce sans tenir compte des contraintes des adhérents de la confédération patronale. Cela démontre que quand les intérêts des grands sont en jeu, la Pme doit subir", expliquent Hammad Kessal.

Y aura-t-il un divorce définitif ?
Les défenseurs de la théorie du complot se projettent dans l'avenir pour prédire, à long ou à moyen terme, la création d'une confédération des PME. Il s'agit de dupliquer le système français, où il existe une structure pour les grands et parallèlement une autre pour les moyens et les petits. "La tentation existe ou est présumée, mais ce système ne marchera pas au Maroc", confie un proche de la CGEM. La même source explique que l'échec sera dû au fait que les entreprises au Maroc, surtout les moins grandes, comptent beaucoup sur le réseau relationnel pour survivre. En gros, c'est le système clanique qui prévaut. "à moins que la fédération des Pme ait les reins solides, sa tentative de faire cavalier seul échouera à l'instar des autres expériences comme la Maison des Jeunes Entrepreneurs ou autre", conclut un habitué des arcanes patronaux. Hammad Kessal écarte d'abord toute possibilité de scission. "Cela n'empêche que prédire l'échec de la création dune grande confédération de la PME se base sur une analyse statique". Il est vrai que pendant les années 70 et 80, une PME était souvent la création d'un proche (le fils, le gendre, le neveu…) d'un grand patron. Les grands soutenaient les petits qui gravitaient dans leur sillage en entretenant leurs carnets de commandes par obligation familiale. "Actuellement, je n'ai pas besoin d'être un proche du patron de l'ONA pour déposer ma marchandise sur les rayons de Marjane. Cela veut dire que le système de distribution a chamboulé la donne. D'autres paramètres achèveront cette mutation. Et dans une logique dynamique, la PME ne comptera, dans cinq ou dix ans, que sur son savoir-faire", soutient Hammad Kessal. En tout cas, toute tentative de séparation doit d'abord être négociée avec le prochain patron de la CGEM. Les élections auront lieu en juin 2006. Il est unanimement admis que le prochain patron des patrons sera un proche des faucons de Rabat. C'est dire que le sort de la Fédération de la PME se jouera dans la capitale du royaume. Et ce, que Kessal le veuille ou non.

 
 
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