Sujet
Actu Économie
Rencontre. Ces jeunes du PJD
Années de plomb. L'autre affaire Ben Barka
Football. Tunis, on arrive !
Fnaïre. Le rap taqlidi
N° 191
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Enquête. Au cœur de la cyberpolice
Reportage. Asni : La guerre de l'eau
Armée. Un logement, Majesté !
Barry fi bali
Hommage. Salim Halali : L'adieu à un libertin

Par Nadia Benqassem

Armée. Un logement, Majesté !

(MAP)
Depuis 1980, 41 officiers attendent un lot de terre qu'ils avaient acheté à Fès. Un projet d'esplanade et une casbah en ruine bloquent tout. Ils s'en sont remis au roi pour arbitrage.


Tous les officiers supérieurs des Forces Armées Royales ne sont pas à l'abri des vicissitudes administratives. Une quarantaine d'entre eux, pour la plupart aujourd'hui en retraite, ne peuvent jouir de la propriété de lots de terrains, régulièrement acquis depuis maintenant plus de 20 ans. Leur désespoir est tel qu'ils en sont arrivés à envoyer une lettre de protestation à leur chef suprême, le roi Mohammed VI. Retour en arrière :
Début 1980, naissance de l'OLM par décision royale. L'objet de cet Office des Logements Militaires aujourd'hui dénommé ALEM (Agence de Logements et d'équipements Militaires), est d'œuvrer à ce que chaque militaire puisse disposer d'un logement. Du simple métier de lotisseur, l'ALEM s'est progressivement transformée en véritable société de promotion immobilière. En 1983, quarante et un officiers appartenant à différents corps se portent acquéreurs de terrains à villas au lotissement Ait Skatto sis route d'Immouzer à Fès.
Conformément aux procédures, ces lots sont payés, enregistrés et inscrits à la conservation foncière. Mais la même année, la commune de Fès s'opposera à toute construction sur l'ensemble de ces lots, arguant que la totalité du terrain était désormais prévue zone verte sur le plan d'aménagement de la ville. Ces fameux plans d'aménagement étaient sortis des cartons du défunt et très controversé cabinet Pinseau. Il y était prévu une esplanade (espace vert) menant à la Kasbah Moulay El Hassan (Dar Dbibagh), jouxtant le lotissement Ait Skatto.
S'ensuivront pour les propriétaires une quinzaine d'années de désintérêt total des autorités de la ville pour leur problème. "Sachant que nous étions éloignés géographiquement de Fes, du fait de nos différentes affectations, les responsables successifs se sont totalement désintéressés du problème. Ce n'est qu'en 2000 après notre constitution en association que nous avons entamé les discussions", note le Colonel e.r Mohamed Tamar, président de l'association des propriétaires.
En 2002 et après d'incessantes réclamations et de multiples réunions entre les principaux concernés, à savoir la wilaya, la mairie, l'ALEM et l'association des propriétaires, une solution ne lésant aucune des parties semble en passe d'être trouvée. Ainsi, les officiers se verront proposer par l'ALEM un terrain de 1 ha, à 200m du site initial. à la différence des terrains initiaux dont la superficie variait de 200 à 700 m2, les nouveaux lots seront uniformément de 300m2. En revanche, ils pourront y construire trois niveaux, alors que les plans initiaux ne les autorisaient qu'à un seul étage. Cela leur octroie, certes, une valeur supérieure, mais avec tous les désagréments subis en 20 ans…
Deuxième coup de théâtre. Alors qu'ils étaient réunis à la wilaya pour finaliser le projet avec les autorités, le représentant du maire s'est levé en fin de séance pour signifier qu'il rejetait en bloc toute proposition. Que s'est-il passé ? "Les militaires ne veulent pas collaborer avec la ville. Il s'agit d'un monument à restaurer et pas seulement de lots à affecter", fait-on savoir à la mairie. Le fait que le nouveau lot ne soit pas trop éloigné de la casbah bloque à nouveau le dossier. Et pour le fameux maire, Hamid Chabat, c'est l'ALEM qui est la source de ce blocage.
Aujourd'hui, la fameuse Kasbah censée participer à l'embellissement de la ville est en ruine et les terrains environnants en friche. Même l'intérêt manifesté par le roi pour le site -celui-ci aurait appelé à sa réhabilitation lors d'une de ses promenades informelles à travers la ville- n'a pu venir à bout de cette inextricable affaire. Ayant peur de commettre une bourde, la municipalité préfère encore l'immobilisme et ne veut pas se résoudre à contrevenir au schéma directeur. Mais dans ce cas, renchérit le président de l'association : "Pourquoi la commune refuse t-elle de nous indemniser légalement en procédant à une expropriation en bonne et due forme" ? Le mystère reste entier.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés