Si Zakaria veut jouer aux boules le dimanche, il doit en demander la permission à sa banque
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem est présentemment assis sur son dos, à peu près sous son bureau d'infomaticien bancaire. Bizarrement, il va bien. Il n'est pas débordé, son patron est en vacances, la champion's league a redémmaré et il s'est habitué à l'idée d'être éliminé par la Tunisie pour le Mondial. Ce relatif bien-être ne va pas durer - vous vous en doutez bien. C'est une note interne de la direction des ressources humaines de la banque qui va le faire basculer dans la mauvaise humeur. La note est titrée "engagement de non exercice d'activité secondaire". Voici le corps du texte : "Je soussigné... matricule... m'engage par la présente à n'exercer aucune activité lucrative ou non, quelle qu'en soit la nature, sans avoir requis et obtenu l'accord préalable de la direction des ressources humaines". Commençons par remercier cette banque de nous fournir sur un plateau un sujet aussi savoureux. Remercions, ensuite, notre beau système, pour persister dans l'absurde avec une telle régularité qu'il facilite considérablement le travail de nous autres, chroniqueurs. Et intérressonsnous à la note. Ce qu'exige l'employeur, c'est de demander l'autorisation de la DRH pour toute activité lucrative ou non. En d'autres termes, si Zakaria Boualem veut jouer aux boules le dimanche matin au parc de la Ligue Arabe, il doit gentiment en demander la permission à la banque. Il doit attendre gentiment la réponse, espérer qu'elle soit positive, puis - in cha Allah, s'inscrire au club de boules de |
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ses rêves. Même logique s'il veut prendre sa carte de membre abonné au Raja. évidemment, c'est intolérable. Ce qui l'est encore plus, c'est d'imaginer qu'il existe quelqu'un qui, dans le Maroc de 2005, s'imagine pouvoir réclamer pareille chose de ses employés. On veut bien reconnaître que les Marocains aient une tendance naturelle à la servilité, mais il y a des limites. Zakaria Boualem, devant cette insupportable intrusion dans sa vie privée, commence par envisager de faire comme tout le monde, c'est à dire de signer le papier débile sans faire d'histoire. Oui, oui, je m'engage, bien sûr, aucune activité, etc. Bref, il faut mentir. En vous demandant un truc débile, la DRH vous demande implicitement de mentir. Donc tout le monde ment, et tout le monde sait que tout le monde ment. Du coup, tout le monde est en faute. Et si la DRH décide demain matin de virer Zakaria Boualem parce que sa tête ne lui revient pas, il lui suffira de justifier sa décision en expliquant que Zakaria Boualem a fait une fausse déclaration : il joue aux boules le dimanche sans avoir demandé l'autorisation. Ouuuuh, le méchant ! La DRH de la banque, qui se prend visiblement pour le ministère de l'Intérieur sous Oufkir, a conçu un système pervers et brillant qui met tout le monde en faute, tout le monde hors-la-loi. Exactement comme dans le plus beau pays du monde, tout le monde a quelque chose à se reprocher : une bière, deux bières, une copine, un 121 kilomètre à l'heure sur l'autoroute, etc. Mais Zakaria Boualem se révolte. Il refuse de jouer le jeu, et décide d'emmerder la DRH de toutes ses forces.
À partir de demain, il enverra une note chaque matin à la DRH. Une demande pour exercer une activité, qu'elle soit lucrative ou non lucrative. Il veut les noyer sous les flots de leur propre débilité. En vrac, il compte demander l'autorisation de prendre des cours de cuisine, de jouer au foot, de faire du yoga, d'apprendre la derbouka, de prendre un ness ness avec Farid, de prendre un ness ness avec Hakim, de jouer à la Play station, de se mettre en short chez lui le dimanche. Il compte aussi leur transmettre pour validation l'emploi du temps de ses vacances, ses heures de sommeil. Pour autorisation. Vous nous prenez pour des cons, vous n'allez pas être déçus. |