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Par Driss Bennani, avec Armandine Penna
Haschich. faut-il brûler les récoltes ?
"Larache sans cannabis", c'est le nom de code donné à l'opération pilote qui a rasé plus de 3.600 hectares, cet été. Résultats : une zone paupérisée, une vague promesse de reconversion dont personne ne maîtrise les contours, et une population au bord de l'explosion.
Ce petit douar du pré-Rif n'a jamais aussi bien porté son nom. Accroché quelque part entre Ouezzane et Ksar El Kébir, Mizane Al Harara (c'est le nom du douar, littéralement, thermomètre) renseigne sur la température de toute la région : bouillante. Le souk hebdomadaire qui s'y tient n'attire pas grand monde aujourd'hui. C'est |
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pourtant l'un des plus grands et des plus réguliers dans cette région montagnarde et difficile. Les fruits et légumes exposés depuis les premières heures de la matinée ne trouvent toujours pas preneur. Il est pourtant midi passé. Les quelques marchands qui ont fait le déplacement nargueront encore un peu les habitants du douar, rassemblés en face, puis s'en iront. Bredouilles. "Moi au moins, je peux dire que j'ai fait mon souk". L'homme qui lance cette boutade tient entre les mains un paquet de levure pour le pain. C'est tout ce qu'il pourra ramener à sa famille aujourd'hui. Et encore, il devra s'estimer heureux. La vingtaine d'hommes qui l'entourent n'ont plus "fait de souk" depuis plus de trois mois. Ou plutôt, depuis "al hamla" (la campagne).
Ici, le mot fait encore peur. Il renvoie à ces 60 jours qui ont ébranlé la région toute entière et qui l'ont plongée dans une léthargie sans précédent. Dirigée par le gouverneur de Larache en personne, Maa El Aïnaïne Ben Khellihenna, al hamla a fini par détruire plus de 3600 hectares de cannabis. La première source de revenu dans la région. Cela s'est passé entre le 26 juin et le 17 juillet derniers.
Le vide par le feu
La campagne a été précédée par des appels dits de sensibilisation dans les souks et dans les mosquées. "Les imams nous disaient que la culture du cannabis était interdite. Dans les souks, les moqadems et les chioukh nous incitaient à renoncer à cette culture illicite. Nous avons pensé que c'était encore une ruse de la part des gendarmes et des moqadems pour nous soutirer de l'argent", explique un paysan. Autant dire qu'ici, personne n'a vu le coup venir. Le 26 juin, les cultivateurs les plus proches du périmètre urbain seront les premiers surpris par l'ampleur de la force mobilisée. 93 tracteurs, des centaines d'ouvriers, deux jeeps de gendarmes et deux camions de militaires. La province a mis les bouchées doubles. "Nous avions une mission et nous nous y sommes préparés comme il faut. Tout s'est passé dans la légalité la plus absolue, en présence d'une commission technique et de deux procureurs du roi. Il n y a pas eu de passe-droit". En 60 jours, le gouverneur a littéralement fait raser toutes les terres cultivant du cannabis relevant de son administration. "C'était ahurissant. Les gendarmes et les militaires rentraient jusque dans les potagers de nos maisons, menaçaient de détruire des stocks si nous en avions. Le décor m'a rappelé la guerre du Vietnam", raconte Ahmed, cultivateur. Pendant plus de deux semaines, ce cinquantenaire a dû se réfugier dans la montagne, laissant derrière lui, femme et enfants. Pendant les trois premiers jours, la lutte s'est faite par avion (des produits chimiques censés détruire les plantes étaient largués par des Canadairs), puis de gros engins de travaux publics ont investi les champs (détruisant tout sur leur passage). Dans les régions difficiles d'accès, la lutte se faisait à l'arraché. Plus de 100 ouvriers de la promotion nationale ont été mobilisés pour cette opération. Et comble de l'ironie, c'était aux cultivateurs de les nourrir. "Le caïd faisait le tour du douar pour exiger du pain et de la nourriture pour les ouvriers. Il exigeait de nous de nourrir ceux qui, sous nos yeux, détruisaient notre unique source de revenu, qui nous dépossédaient légalement. Si ce n'est pas de la hogra", affirme Hicham, 20 ans. Les plantes arrachées étaient ensuite brûlées, sur le champ. Au bout de 60 jours, les larges étendues de cannabis étaient remplacées par des sillons interminables de terre retournée.
Quelques jours plus tard, des incendies fréquents se sont déclarés dans la région. En tout, 1000 hectares de forêts sont partis en fumée cet été. Des actes criminels selon les autorités de la ville. "Certains cultivateurs ont voulu se venger en brûlant la forêt. Leur objectif était de disperser les efforts des équipes mobilisées pour la lutte anti-cannabis, et de se créer de nouveaux espaces de culture en pleine forêt". Les arguments officiels tiennent la route, d'autant plus que plusieurs forêts de la région échappent au contrôle des eaux et forêts. Les habitants ne manquent pas d'arguments non plus. "Ce sont les saisonniers habitués à venir travailler dans la récolte du kif qui ont mis le feu à la forêt. Ils étaient frustrés, après de longs voyages, de voir qu'il n y avait plus de kif, et donc plus de travail ici". L'enquête en cours (si elle est menée correctement) permettra d'y voir plus clair. Toujours est-il que Larache a réussi l'essentiel. Elle n'attend plus qu'un date sur l'agenda du Premier ministre pour être déclarée "première zone du nord sans cannabis".
Zone sinistrée
Toujours est-il qu'en attendant de la déclarer officiellement zone sans cannabis, la région de Larache - Ksar El Kébir est aujourd'hui une zone sinistrée. En temps normal, la région attire plusieurs centaines de journaliers qui viennent de tout le Maroc. Ils y travaillent entre deux et trois mois dans la récolte et le séchage puis la transformation du cannabis. Une parcelle de moins d'un hectare peut employer jusqu'à 7 ouvriers à plein temps. Aujourd'hui, des douars de la région, se dégage une tristesse désolante. Cette saison, ils comptaient enfin rattraper le retard de ces deux dernières années de sécheresse. Ils se retrouvent aujourd'hui sans rien. Pour justifier sa campagne, le gouverneur de Larache explique qu'aujourd'hui au moins, "les habitants ont retrouvé la paix et la dignité". C'est exactement le genre de déclaration qui fait perdre leur calme aux cultivateurs. "De quelle dignité parle-t-il ? Avant, je me débrouillais comme je pouvais, mais j'assurais toujours de la nourriture à mes enfants. Maintenant, je n'ai pas un dirham sur moi, je n'ai pas mis les pieds au souk depuis plus de deux mois. Quelle dignité me reste-t-il à présent ?", se demande Abdessalam, père de quatre enfants. En plus, dans ces contrées éloignées du Rif, la culture du cannabis n'est pas forcément considérée comme une tare sociale. C'est au contraire, une niâma pour laquelle on remercie le ciel. "C'est grâce à cette herbe que j'ai eu mon premier blouson d'hiver acheté à 100 DH et que j'ai payé ses premières espadrilles à mon fils à 50 DH. Cette plante nous sauve de la pauvreté", conclue un paysan de Bni Zgar, 700 hectares ont été détruits.
Trois mois après la destruction des récoltes, ne voyant aucune compensation venir, de nombreux paysans ont quitté leurs terres pour s'installer dans les villes avoisinantes. Inutile de revenir sur leurs conditions de vie, leur possible embrigadement idéologique, etc. De nombreux paysans ont également cessé d'envoyer leurs enfants à l'école, ne pouvant subvenir aux frais de la rentrée scolaire. En fait, la campagne de lutte a fini, trois mois plus tard, par paralyser l'économie de toute la région. Les souks sont vides et les terres mises aux enchères ne trouvent plus preneur. Les dizaines de milliers d'hommes qui vivent ici passent désormais leur temps sur des terrasses de café où ils ne peuvent même plus rien consommer. Criblés de dettes, ils risquent quasiment tous des poursuites judiciaires. "Ici, on consomme toute l'année et on paye lors de la période de récoltes. Des commerçants se retrouvent avec des crédits accordés qui dépassent les 300.000 dirhams", explique un habitant local.
Migration forcée, pauvreté et oisiveté, trois mois après le début de la campagne, les habitants ne voient toujours rien venir. Forcément, la grogne monte dans ces montagnes rebelles du pré-Rif. "Nous n'avons pas d'infrastructures, nous sommes livrés à nous-mêmes et avec tout cela on se débrouille, on ne demande rien à personne. De quel droit viennent-ils nous empêcher de faire ça aujourd'hui ? Durant la saison des pluies, on ne voit pas le goudron pendant deux ou trois mois. Nous sommes isolés de tout et là, la première fois quand on se souvient de nous, c'est pour détruire nos terres, sans aucune compensation", clame un paysan.
Excédé, son compagnon renchérit : "Avant, nous cultivions une herbe, loin des regards. On fumait notre petit joint et on ne demandait rien à personne. Aujourd'hui, je suis capable de tout. (Puis s'adressant à moi) Franchement, vous ne seriez pas venu avec un guide que nous connaissons, vous ne seriez pas redescendu avec tous vos affaires. Il ne faut pas m'en vouloir pour ça. Mes gosses n'ont plus rien à manger", affirme, les yeux dans les yeux, un quadra moustachu et désespéré.
Volonté nationale
Comment en est-on arrivé à tout cela, maintenant ? Dans la province de Larache, les ragots populaires veulent que ce soit le nouveau gouverneur, nommé il y a un peu plus d'une année, qui a tout initié. "Il a été sur le terrain chaque jour de 5 heures du matin à minuit. Il conduisait lui-même son Land Rover, il prenait l'opération très à cur", racontent les paysans. Niet, infirme ce dernier. "Les gouverneurs ne prennent pas d'initiatives sur ce genre de dossiers, ils appliquent des instructions". En fait, les deux informations ne sont pas tout à fait erronées. Un haut cadre de l'Agence du développement du nord dévoile l'existence d'une "volonté nationale" d'en finir avec le cannabis. Le haut responsable choisit bien ses mots puisqu'il ne parle pas de stratégie (avec des moyens et des objectifs délimités dans le temps). Du coup, pour le moment, cette volonté reste assez vague et plutôt qu'une opération pilote, la campagne de Larache ressemble plus à un ballon d'essai. En plus, le timing est bien choisi. En raison de la sécheresse, de nombreuses plantations de kif n'ont rien donné cette année. "Si la pluie était tombée, il aurait fallu une année pour venir à bout de tout le cannabis de la région". Pourquoi Larache, dans ce cas ? à en croire Maa El Aïnaïne Khellihenna, le gouverneur, "C'est une première étape avant d'attaquer les autres régions productrices du cannabis. On a choisi de commencer par Larache à cause de sa récente contamination par ces cultures". Selon les documents officiels de la province, "cette culture aurait été introduite dans la région il y a moins de 10 ans", et ne se serait donc pas encore installée dans les us et coutumes comme à Ketama ou Chefchaouen. Faux, répondent les habitants, preuves à l'appui. Des correspondances datant de 1960, adressées au cabinet royal, démontrent qu'à cette époque, "les habitants réclamaient déjà des cultures alternatives qui leur épargneraient le racket des gendarmes et des agents d'autorité". Plus rock and roll, l'histoire de ce village de musiciens (joujouka) où se seraient installés les Rolling Stones pendant quelques semaines en raison de la disponibilité de bonne herbe. "Il serait plus correct de parler d'explosion du kif dans les années 90, à cause notamment de l'accroissement de la demande extérieure. Mais en tant que culture, le cannabis a toujours existé ici, comme dans tout le Rif d'ailleurs", nuance un militant associatif local.
En fait, Larache, c'est surtout une zone facile. Idéale pour un ballon d'essai. Elle ne fournit que 12% de la production nationale. Et encore, le kif est ici de moins bonne qualité qu'à Kettama par exemple. Généralement, la production locale sert de réserve de secours quand la région de Chefchaouen a du mal à honorer les grosses commandes de narco-trafiquants locaux ou internationaux.
Du Hasch presque officiel
Une zone facile certes, mais intéressante à analyser. Ici, des plantations de cannabis de plus de deux hectares se trouvent à moins de 300 mètres de la route nationale reliant Chefchaouen à Ouezzane. Des terres fertiles, où le cannabis a été massivement implanté au milieu des années 90. Comment est-ce que cela a pu échapper à la vigilance des forces de l'ordre ? "Nous souffrons d'un manque d'effectifs important, explique le gouverneur de Larache. La zone de Souk Koula (350 Km2, presque autant que Gaza) ne dispose que d'un seul khalifa qui n'a même pas de moyen de transport". L'argument semble convaincant, mais il est systématiquement démonté par les paysans. "Des gendarmes et des élus nous ont encouragé à nous mettre au cannabis. Ils nous disaient : regardez tout l'argent que vos voisins de Chefchaouen se font. Lancez-vous, nous sommes avec vous". Pourquoi auraient-ils fait cela ? "Le cannabis est une source de racket importante pour les gendarmes, et une carte électorale infaillible pour les élus locaux", explique un journaliste à Ksar El Kébir. En plus, seulement 5% des terres appartiennent aux habitants dans ces régions montagneuses. 95% n'ont pas de titres et appartiennent aux Joumouâ ou aux Habous. Les terres sont donc louées aux cultivateurs à l'année par les Nadarat al Awqaf (délégations du ministères des Habous et des affaires islamiques). Le prix de ces terres s'est envolé depuis l'introduction massive du cannabis dans la région. Une superficie qui se louait à 100 Dhs avant 1995 se loue à 8000 Dhs aujourd'hui. C'est 80 fois le prix. Aucune autre culture que le cannabis ne peut justifier des prix de location aussi élevés. Comment l'expliquer ? "Nous avons récemment mené une enquête dans la région. Les résultats démontrent que nous contrôlons 6% des terres seulement. Elles sont mises aux enchères et vont aux plus offrants. Ceci dit, un engagement signé par les locataires leur interdit la pratique de cultures prohibées", tient à préciser Khalil Dinia, directeur des Habous. Problème, un Nader des Awqaf peut difficilement se rendre dans des régions, souvent accessibles à dos de mulet seulement pour faire le contrôle. L'envolée des prix ne leur a-t-elle pas semblé bizarre pour autant ? Silence radio, d'autant plus que des terres de Joumouâ et des Eaux et forêts sont également concernées.
L'illusion de la reconversion
Et l'état dans tout cela ? Qu'a -t-il prévu avant d'envoyer ses militaires arracher des plantations dans le Rif ? Rien. à ce jour, les habitants n'ont reçu aucune compensation. Du côté officiel, on affirme en privé, "qu'il ne faut quand même pas exagérer. Ces gens pratiquaient une culture illégale, il fallait y mettre un terme". à la province de Larache, on évoque vaguement un plan de reconversion qui serait goupillé par l'Agence du Nord, la province de Larache, l'Agence de développement social et un soutien espéré des pays européens. Sauf que jusqu'à maintenant, rien de tout cela n'a encore démarré. Raison invoquée : "On ne sait pas trop s'il faut intégrer ce plan de reconversion dans le cadre de l'INDH ou pas". En attendant de savoir, des dizaines de milliers de personnes menacent de marcher sur les villes avoisinantes, n'auront bientôt plus rien à se mettre sous la dent et se disent capables du pire. Une véritable menace qu'on semble plutôt ignorer jusqu'à présent.
à l'écriture de ces lignes (la campagne a démarré le 26 juin), des experts mandatés par l'agence du nord "envisagent encore de se déplacer dans les jours qui viennent dans la région du pré-Rif, demander aux populations le genre de projets dans lesquels ils souhaiteraient s'inscrire". Selon ces mêmes experts, "on ne pouvait quand même pas penser à la place de ces gens. C'est à eux de nous suggérer des projets. Notre mission se limite à les soutenir et à les assister pour se prendre en main". à côté, on parle de développement durable, d'infrastructures nécessaires, etc. Mais ici dans la région, ce genre de promesses est uniquement fait pour ceux qui veulent bien y croire. "Mettons qu'on nous donne des arbres fruitiers, par exemple. Où est ce qu'on va les planter ? Nous ne sommes pas propriétaires de nos terres. Et combien de temps nous faudra-t-il attendre pour avoir les premières récoltes ?", se demande un paysan. Et l'élevage ? "Cela ne sert strictement à rien de faire de l'élevage dans une région où le vétérinaire ne pourra pas se rendre trois mois sur douze". Quelle solution alors ? "Qu'on abandonne totalement l'idée de l'élevage ou du développement agricole. Qu'on mette en place des usines, qu'on crée des emplois stables qui nous sortiraient de la misère" ou alors "que l'état nous rachète nos récoltes, puis qu'il en fasse ce que bon lui semble".
Ceci étant dit, il sera très difficile de convaincre ces paysans d'abandonner une culture qui fait la richesse de leurs voisins de Chefchaouen. Dans certaines régions, le décor vire carrément à l'anecdotique. à quelques mètres seulement des terres retournées de la province de Larache, des sacs de cannabis sèchent au soleil. Ils relèvent d'une autorité administrative différente qui tolère la culture du kif.
De quoi demain sera-t-il fait ? La question reste sans réponse. Le gouverneur de Larache est d'ailleurs le premier à insister sur "la nécessité de faire un suivi régulier de manière à empêcher le retour de ces cultures". Ce suivi résistera-t-il aux différents lobbys (même au niveau de l'état) à qui cette culture bénéficie ? Résistera-t-il à la nature même de la région et son histoire ? à la demande européenne sans cesse croissante ? à la désolation des populations ? Au poids des grands narco-traficants ? Le ballon d'essai s'avère être un véritable casse-tête.
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Portrait. Le gouverneur qui a osé
Haute stature, mine joviale et chevelure noire traversée d'une mèche blanche. Maa El Aïnaïne Ben Khellihenna, la cinquantaine passée, est un homme imposant et accueillant. Né au Sahara, avec le sang d'un grand chef sahraoui dans les veines, il est en 1973 l'un des membres fondateurs du Front Polisario, qu'il quitte dès 1975 parce qu'il refuse de partir en Algérie. Gynécologue, c'est au début des années 1980 qu'il commence sa carrière de gouverneur, d'abord nommé à Safi, puis à Taroudant, El Hajeb et finalement à Larache en juillet dernier. Aussitôt assis sur son nouveau siège, il s'attelle aux dossiers amoncelés sur son bureau : lutte contre le cannabis, suppression des bidonvilles et mise en place du tri des déchets. "Lui au moins, contrairement à ses prédécesseurs, on ne peut pas l'accuser de laxisme", lui reconnaissent des militants de Ksar El Kebir.
"Ces opérations ne sont pas de mon initiative, mais de celle du gouvernement", martèle-t-il comme pour se dédouaner. C'est vrai. C'est vrai aussi que sa région n'était pas la plus difficile à nettoyer. Il fallait pourtant oser. Avant le lancement de la destruction du kif, il s'est déplacé personnellement pour parler avec les élus. Pendant les 60 jours de l'opération, il était sur le terrain du matin au soir. Et s'il a fait quelques mécontents, il s'en moque sûrement. Il n'a pas d'électeurs à séduire. |
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Reconversion. Le rêve est permis
"Maintenant, il faut que ça dure", lâche le gouverneur Maa Al Aïnaïne Ben Khellihenna. Un programme de l'Agence pour la Promotion et le Développement économique des Provinces du Nord (ADPN) doit lancer des activités alternatives dans les 12 communes concernées. à ce jour, c'est une feuille blanche. "Nous ne voulons être que le facilitateurs des projets que les paysans vont monter", explique Mohammed Amal Guedira, directeur des opérations à l'APDN. Arbres fruitiers, ruches, tourisme rural, élevage
aux paysans d'investir. L'APDN a 60 millions de dirhams pour les aider, plus les fonds internationaux "attendus". "La concertation commence la semaine prochaine, les premiers petits projets d'ici quelques semaines", assure Targa, association de développement durable responsable de ce plan participatif. Il doit s'étaler sur 4 ans, avec en parallèle la construction d'infrastructures de bases (routes, hôpitaux
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"Sur ces terres, un hectare de kif rapporte en moyenne 50000 DH, un hectare de blé seulement 5000 à 6000", dit ce cultivateur. "Et en attendant que les arbres donnent des fruits, que mange-t-on ?", crie cet autre. "De toute façon, pas de dons", répondent les autorités.
Les cobayes souffrent donc pour que réussisse la première expérience du type. Car Larache est un laboratoire. "La reconversion a des chances de succès : contrairement aux précédentes expériences ponctuelles, nous agissons cette fois globalement, sur la base d'un diagnostic précis", déclare cet agenr de l'ADPN. Même s'il concède que la région de Larache (10 % des cultures de kif) est facile car "récemment contaminée". Le même modus operandi devrait ensuite être appliqué a la région de Taounate (12%) et enfin (surtout) à celle de Chefchaouen (62%). "L'objectif est une éradication totale du kif au Maroc, peut-être d'ici 10 ans". No comment. |
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Chefchaouen. Les protégés
Regardez bien la photo ci-contre. D'un côté de la rivière, des terres retournées où le cannabis a été détruit. De l'autre, sous les sacs en plastique blanc, du cannabis qui sèche tranquillement au soleil. La rivière est la frontière naturelle entre la province de Larache et celle de Chefchaouen, que les engins mobilisés par la province de Larache n'ont pas pu atteindre. "Ils ont des hommes qui défendent leurs intérêts", disent les cultivateurs de Larache de leurs voisins. "Ils", ce sont, dans l'esprit de ces paysans, les parlementaires et les élus de Chefchaouen. Dans ces régions du Rif, pour être élu, un candiat doit tenir une seule promesse électorale : garantir leur droit aux paysans de cultiver du cannabis. L'Agence pour la Promotion des Provinces du Nord annonce qu'elle va bientôt s'attaquer à la région de Chefchaouen. Problème, elle se heurtera à un véritable casse-tête juridique. Un Dahir de Mohammed V (1958) autorisant les populations de cette région à cultiver du cannabis. En plus, l'herbe verte y est -officiellement- considérée comme un legs social, ce qui la rend déjà plus légale. En attendant, la région fournit toujours plus de 60% de la production nationale. En toute quiétude. |
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Précédent. Quand le roi veut
En 1993, Hassan II prononçait un discours où il incitait les populations du Rif à abandonner la culture du cannabis, leur promettant en contre-partie, une aide importante qui proviendrait de l'union européenne. évidemment, même dans les contrées les plus éloignées, les souhaits du souverain ont été relayés par de fidèles caids et khalifas. Cette année là, de nombreux paysans, souvent sous le coup de la peur, ont renoncé à cultiver leurs terres. Ils ont attendu une année, puis ne voyant rien venir, se sont remis à cultiver leurs terres.
Aujourd'hui, des cultivateurs affirment qu'ils "ne renonceront à cette culture que si le roi les assure d'une alternative viable et concrète". L'INDH en est-elle une ? L'initiative nationale, arrivée à Meknès cette semaine, n'a visiblement pas encore atteint le Rif. Toujours est-il que le délai de grâce accordé à Mohammed VI (s'il venait à se prononcer sur la question) ne saurait être plus long que celui accordé à son père. "Ici, c'est à l'année qu'on vit. Sinon, on risque de mourir de faim. Et personne ne se souciera de notre sort", répète-t-on. |
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| Position. Legalise it !
Les responsables de l'Agence du Nord caressent un doux rêve qu'ils ne cachent plus : "Maroc sans cannabis en 2015". Grosso modo, voici ce que cela veut dire : créer de nouvelles sources de revenu pour plus de 800.000 personnes dans une région historiquement rebelle, géographiquement éloignée, sans infrastructures, livrée à elle-même et qui vit du cannabis depuis plus de quatre générations. Cela veut dire également tenir tête à des cartels de la drogue transnationaux, surarmés et habitués à se servir dans la région, souvent avec la bénédiction discrète de gros responsables et un petit coup de pouce physique de quelques militaires postés aux frontières. Cela veut dire que l'état se prive des services des véritables initiateurs du développement de tout le nord de ce paisible royaume (les beznassa) et d'une manne financière qu'une industrie touristique amateur peine à égaler. Mais cela veut surtout dire priver des millions de consommateurs européens d'une herbe qu'ils consomment désormais (après une longue lutte) en toute légalité. Ce serait tellement injuste. Détruire les champs du maillon le plus faible de la chaîne (les cultivateurs) n'a rien de courageux. C'est tout juste marocain. Face à tout cela, rêver de légalisation devient, pour le coup, plus réaliste. |
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