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Analyse. Et si le Maroc n'était pas en transition ?
Reportage. Comment j'ai été refoulé d'Algérie
Hommage. âlem, diplomate et patriote
Gad El Maleh. "Je mens trois fois par jour"
Darga, life is live
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Analyse. Et si le Maroc n'était pas en transition ?
Reportage. Comment j'ai été refoulé d'Algérie
Hommage. âlem, diplomate et patriote
Gad El Maleh. "Je mens trois fois par jour"
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Par Abdellatif El Azizi

Hommage. âlem, diplomate et patriote

Dey reçu par Jacques Chirac,
alors maire de Paris. (DR)
Dey Ould Sidi Baba était Mauritanien, il a choisi d'être Marocain. Il a gravi tous les échelons jusqu'à la présidence du Parlement. Son inimitié avec Driss Basri est légendaire. Retour sur le parcours d'un homme politique à part.


Dey Ould Sidi Baba avait consacré sa vie à sillonner l'Afrique pour le compte du Maroc. Avec sa disparition en 1992, une page est tournée. Celle de la saga étonnante de ces Mauritaniens d'origine, devenus plus Marocains que les autres et qui ont porté à ce pays un amour sans condition, une passion poussée jusqu'à la déchirure. Dey Ould Sidi Baba, en compagnie de Fal Ould Omeir, Horma Ould Babana et
Mokhtar Ould Bah, et une dizaine d'autres Mauritaniens, avait rejoint le Maroc en 1958. Accueillis en héros, ces hommes qui plaidaient pour un grand Maroc uni, ont aimé ce pays au point d'en épouser les causes. "Dey fut un rare exemple, disait Hassan II. Non seulement parce qu'il a choisi le Maroc en abandonnant tout ce qu'il aurait pu avoir ailleurs, mais aussi parce qu'en intégrant le royaume, il a conservé la même conduite des années durant. En cela, Dey a forcé le respect de tous qu'il s'agisse de ses amis ou de ses adversaires politiques. C'était en vérité un homme d'une grande intégrité intellectuelle et matérielle et qui n'avait d'autre souci que la recherche de la vertu".
Il n'était pas dans les habitudes de Hassan II de faire l'apologie de ses sujets quelles que soient leurs qualités, pourtant à la mort de Dey Ould Sidi Baba, le monarque avait tenu à présenter ses condoléances à sa famille en rendant un hommage brillant au personnage. C'était en automne 1992, Dey Ould sidi Baba venait juste de s'éteindre.
Dès le départ, l'homme, rompu à la culture politique, est promu à de hautes responsabilités au sein de l'administration marocaine. Le Maroc de l'indépendance ne faisait pas de différence entre les fils du terroir et les "frères Maghrébins" surtout quand ces derniers faisaient allégeance sans condition à la monarchie. Ses premières armes, il les fourbira aux Affaires étrangères. Après sa nomination au poste de Conseiller au Ministère des Affaires étrangères en 1959, le personnage prend l'initiative d'y créer la direction de la Division Afrique. Dès 1963, il est nommé ambassadeur délégué permanent aux Nations unies et représentant du Maroc au conseil de sécurité des Nations Unies.
Fin diplomate, Dey ne tardera pas à être propulsé aux plus hautes responsabilités au sein de l'ONU. En 1963, il est nommé président de la commission chargée par le conseil de sécurité d'enquêter sur les incidents des frontières entre le Vietnam et le Cambodge. Une bonne connaissance des problèmes africains lui vaudra de faire partie des experts chargés par le Conseil de sécurité d'approfondir les recherches sur le problème de l'apartheid en Afrique du Sud. Nommé vice-président de l'assemblée générale des Nations Unies en 1966, Dey avait notamment réussi, dans les coulisses, à approcher et tenter d'amadouer un certain Abdelaziz Bouteflika, qui dirigeait alors la délégation algérienne aux sessions régulières et spéciales de l'Assemblée générale depuis 1963. "Même Bouteflika avait fini par succomber au charme de ce diplomate, toujours tiré à quatre épingles et qui savait trouver les mots pour détendre l'atmosphère oo pour aborder un sujet brûlant" rappelle cet ex diplomate algérien qui précise que Dey essayait déjà à l'époque de gagner les Algériens à la position marocaine sur le Sahara. C'est pour cela, comme le rappelle un de ses anciens compagnons que Dey citait souvent le cadi mauritanien Sidi Ahmed Lamine Chenguiti, qui a consacré une grande partie de son œuvre à plaider pour la marocanité de la "Mauritanie". Ce dernier a notamment écrit dans son Kitab El Wassit, que "les liens de la Bayâ qui unissent le Chenguit à l'Empire chérifien datent du règne de la dynastie des Almoravides".
Juste après la marche verte, il est chargé par Hassan II de donner un coup de main à Ahmed Osman pour fonder le RNI (Rassemblement National des Indépendants). Il fera ainsi de la politique sans trop se mouiller. De son passage au RNI, il gagnera dans cette affaire le perchoir, en tant que président de l'Assemblée Nationale et un siège de député de 1984 jusqu'en 1992. .
Du cabinet royal à la présidence du Parlement, en passant par une longue carrière de diplomate, Dey avait assurément le sens du consensus.
"Pas le consensus mou, celui des compromis faciles, mais une force de caractère doublée d'une grande sagesse, qui faisait que Dey trouvait toujours les mots qu'il fallait pour calmer une personne, dénouer un conflit ou faire patienter un impulsif" se remémore cet ex-député ; D'ailleurs, la plupart des hommes politiques interrogés reconnaissent qu'entre Driss Basri et Dey Ould Sid Baba, le courant n'est jamais vraiment passé.
Même à l'époque où l'homme s'occupait des destinées de l'éducation nationale ou bien deux ans plus tard, de celles du département des Affaires islamiques, il n'a jamais voulu s'acoquiner avec l'homme fort de Settat.
Plus qu'un conflit de personnes, il y avait entre les deux hommes une conception des affaires publiques radicalement opposée. Un ancien fonctionnaire de l'intérieur rappelle que "le département de l'éducation nationale piloté par Dey Ould Sidi Baba en 1973 échappait au contrôle du puissant ministère de l'intérieur, non seulement parce ce département faisait partie à l'époque de la chasse gardée du Palais, mais surtout parce que Dey avait assez d'intelligence pour opposer un refus ferme à l'ingérence du ministère de l'intérieur, sans porter ombrage au puissant Driss Basri".
Quand Hassan II lui remet les clés du ministère des Habous et des Affaires islamiques en 1974, c'est à un véritable érudit doublé d'un âlem qu'est confiée la lourde tâche de gérer les contradictions de la chose religieuse au Maroc.
Bien avant l'heure, le personnage s'était mis en tête de rénover la pratique religieuse dans les lieux de culte pour que les prêches du vendredi soient un moyen efficace de diffusion des valeurs de tolérance et d'ouverture et des principes moraux de solidarité. "Sur le plan de la formation des imams, il pensait que les imams avaient besoin de disposer d'une large marge de manoeuvre dans leurs prêches pour sauvegarder les valeurs islamiques, préserver la croyance et assurer l'exercice, dans les meilleures conditions, du culte religieux" rappelle ce fonctionnaire des Habous qui venait juste d'intégrer le ministère à cette époque. En réalité, l'homme était d'une grande piété et ne souffrait pas de vivre dans la contradiction avec ses principes religieux. Né dans la ville d'Attar, Dey Ould Sidi baba avait hérité des Chenguittis, le sens de la mystique et les rigueurs de la morale.
Mais peut-on être proche de la Cour sans être un courtisan ? Pari difficile, voire impossible. "Dey avait néanmoins réussi à s'en sortir, il avait un talent d'équilibriste certain, puisqu'il avait réussi à tisser avec l'entourage royal une relation durable sans verser dans l'obséquiosité et la servilité. Une constance qu'appréciait particulièrement Hassan II chez cet homme" rappelle ce connaisseur des arcanes du Palais. Une position que lui enviaient d'ailleurs beaucoup de courtisans : "Quelqu'un avait un jour soufflé à Hassan II que dans les rencontres avec les diplomates occidentaux Dey ne faisait même pas l'effort de porter un toast en leur honneur. Interpellé, Dey qui avait préparé un certificat médical qui lui interdisait la consommation d'alcool le présenta à Hassan II, évitant ainsi de polémiquer sur cette question" se souvient ce Mauritanien.
Sur les liens très forts qui liaient le personnage à la famille royale, une source proche du Palais livre cette confidence inédite et étonnante "La mère de Dey Ould Sidi Baba était une Alaouie !"
Sur le plan personnel, ceux qui l'ont connu gardent de lui l'image d'une personne disponible, jamais irritée et le cœur toujours sur la main . "Malgré un emploi du temps toujours extrêmement chargé, il trouvait toujours un moment de tendresse à accorder à ses enfants. Il exigeait qu'on ait la meilleure éducation et nous a permis de suivre les plus prestigieux cursus universitaires. Nous lui serons éternellement reconnaissants. C'était un grand homme et un bon père de famille. Un père aimant et protecteur" s'émeut son fils Issam.
"On lui reprocherait une seule chose, une discrétion telle que l'on n'était jamais vraiment sûr de ce qu'il pensait de vous" rappelle l'un de ses anciens collaborateurs.

 
 
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