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Analyse. Et si le Maroc n'était pas en transition ?
Reportage. Comment j'ai été refoulé d'Algérie
Hommage. âlem, diplomate et patriote
Gad El Maleh. "Je mens trois fois par jour"
Darga, life is live
N° 192
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Analyse. Et si le Maroc n'était pas en transition ?
Reportage. Comment j'ai été refoulé d'Algérie
Hommage. âlem, diplomate et patriote
Gad El Maleh. "Je mens trois fois par jour"
Darga, life is live

Propos recueillis par Chadwane Bensalmia

Interview décalage.
Gad El Maleh. "Je mens trois fois par jour"

(AIC PRESS)
Derrière le Gad imposant de la scène, il y a un autre homme. Un gars fragile, sensible, parfois incohérent, mais définitivement émouvant. Indiscrétions.


"Il a plu sur mon vélo", ça t'évoque quelque chose ?
Holà ! ça remonte à loin tout ça. J'étais dans une soirée un peu mondaine. à un moment, la discussion a tourné autour du dernier roman que chacun avait lu. Et étant donné mon manque de culture livresque, j'ai inventé ce titre. Et puis ça a fait l'objet d'une discussion entre plusieurs mythomanes qui avaient soi-disant lu le livre. Il y en a
un qui le trouvait très bon. Et l'autre qui le trouvait violent… J'ai essayé une deuxième fois avec "les yeux brouillés", mais ça avait moins bien marché. Je crois que les mecs s'étaient rencardés ou alors ils avaient eu le temps de se passer le mot sur mon manque de culture (rires).

Pourquoi tu ne lis pas ?
Parce que ça ne m'intéresse pas. C'est ennuyeux. Je n'y arrive pas. Je n'ai pas la patience d'attendre les pages. De commencer par un premier mot, puis de tourner les pages une par une jusqu'au dernier. C'est archaïque comme système, je trouve. Il faudrait peut-être inventer un nouveau système de lecture pour les mecs comme moi. Un truc qui te fait rentrer les bouquins dans la tête d'un coup.

Et tu te cultives comment, alors ?
Par les rencontres, les voyages. J'ai cessé de penser que la culture vient de la littérature. Et j'ai appris à faire la différence entre la connaissance et la culture. Pouvoir citer les noms d'auteurs de romans ou encore connaître les noms des capitales du monde entier, ce n'est jamais que de la performance cérébrale.

Tu as fréquenté Ghandi, à ce que je vois…
Le boulevard ? Ouais (rires).

Sérieusement, Ghandi a été le premier à avancer son "non besoin de lire" pour connaître la vie.
Il faut avoir lu sur Ghandi pour savoir que c'est sa théorie, et comme je ne lis pas… (rires)

Combien de fois tu mens par jour ?
Ouh là ! En ce moment pas mal.

Un chiffre ?
Un minimum de trois fois, je crois. Faut croire que j'ai des périodes de grand rush en matière de mensonge, aussi. Mais c'est des petits mensonges. De pieux mensonges. Des fois pour ménager l'autre, pour faire du bien à l'autre je peux mentir, mais jamais dans l'intention de nuire.

Le pire mensonge que tu aies jamais sorti ?
D'avoir raconté à une fille, en pensant la séduire, que j'étais dentiste.

C'est un peu débile comme mensonge, non ? Un dentiste, séduisant ?
Quand tu as 18 ans et que tu es chargé d'un héritage familialo-culturel qui fait croire qu'il n'y a que les avocats, les médecins et les dentistes qui ont du prestige, tu n'as pas le choix. Tu dis que tu es en fac dentaire. Alors, elle m'envoyait des lettres à l'intention du Dr Gad El Maleh à Montréal. Dix ans plus tard, je l'ai recroisée. Elle m'a demandé comment j'ai fait pour commencer dentiste et atterrir à l'affiche de l'Olympia, alors je lui ai dit la vérité. Et ça l'a touchée. Mais j'avoue que c'est plus simple de pardonner à quelqu'un qui se produit à l'Olympia (rires)

Tu connais la théorie de Darwin ?
De l'évolution ?

Oui, tu y crois ?
Non, non. Je crois à la version classique : un homme, une femme, le jardin, la pomme. Ne mange pas la pomme. Oui, je la mange. Pourquoi tu l'as mangée ? Ils étaient super beaux. Et puis il y a des failles dans la théorie de Darwin. Des sauts de milliers d'années dans l'évolution. Alors non, j'y crois pas.

Pourquoi tu as peur des chiens ?
Ce n'est pas tout à fait de la peur. Je ne les aime pas. Je n'ai pas d'affection pour eux. D'ailleurs, il y a eu une photo marrante qui est parue dans Voici ou Public, où on me voit avec 5 ou 6 chiens. Elle avait été prise au cours d'un tournage. Je crois que ma non affection pour les chiens remonte à mon enfance à Casa. J'en ai parlé avec beaucoup de mecs qui ont grandi au Maroc et j'ai découvert qu'ils avaient aussi un blocage par rapport aux animaux. Je crois que c'est un dénominateur commun à nous tous. Et puis, durant notre enfance, on apprenait surtout à les maltraiter. C'est ce que j'ai fait, d'ailleurs. Les chats, les chiens…

Il n'y a pas un seul animal pour lequel tu pourrais avoir de l'affection ?
Un poisson alors, dans son bocal.

Et comment tu lui témoignerais ton affection ? Tu ne peux pas le caresser.
Si si, tu peux caresser un poisson. Tu peux même le promener à la mer

Avec une laisse ?
Une laisse pour lui et une bouteille d'oxygène pour moi. Il y a autre chose aussi, j'ai été mordu par un chien quand j'étais petit. Je devrais voir quelqu'un ? (rires).

Un psy ? T'en a déjà vu ?
Oui.

Et tu lui as toujours dit la vérité ?
à vrai dire, je lui ai menti quelquefois pour voir comment il allait réagir, mais j'ai toujours fini par lui dire la vérité. Et ce qui l'a intéressé à chaque fois, c'est de savoir pourquoi j'avais menti. Il était plus fort que moi. Aujourd'hui, quand j'ai le temps, je vais encore le voir.

Tu n'as pas le temps de voir ton psy ?
Non. Je n'ai plus le temps pour moi, du tout. Je m'en rends compte de plus en plus. Je suis tout le temps en train d'essayer de ne pas "rien faire". Ce qui se traduit par le travail.

Tu vas mourir jeune, à ce rythme…
Ouais, mais si ça pouvait attendre la fin des représentations à Casa, ce serait pas mal. Dans l'avion du retour. Un crash et je suis le seul survivant ! C'est de la mégalomanie.

Et si l'avion se crashait dans le désert ? Pas âme qui vive…
Je deviens la star du désert.

Tu ne peux pas être une star, y a personne. Niet, que des serpents
et du sable.

Je les écrase pour faire du snack haché. (rires) Ah là, j'ai été plus rapide que moi-même. Je suis content.

Tu t'aimes ?
Oui. Enfin, pas toujours. Je pense que j'ai un ego important comme beaucoup d'artistes, mais je me remets en question. Je ne pense pas que je suis le centre de la planète.

Que doit faire une femme pour te séduire ?
Avoir de l'humour avant tout. Je parle de séduire amoureusement. Une certaine sensibilité et intelligence dans son regard sur les choses. Si je suis complice avec une femme sur l'humour, ça peut être très dangereux. D'ailleurs, toutes les histoires importantes que j'ai eues sont nées de compréhension profonde et du regard sur les autres.

Et un homme ?
Amoureusement ? Non. Je ne pense pas pouvoir être séduit par un homme. Je reste un hétéro effarouché. Mais je peux avoir un élan d'affection énorme pour des hommes. Je peux être séduit par la sensibilité et la vulnérabilité d'un homme. J'aime les hommes de pouvoir qui font comme si ce n'était pas grand chose. Malheureusement, il y a des mecs qui ne se rendent même pas compte qu'ils trimballent quelque chose de prétentieux, de repoussant.

Tu es voyeur ?
Ouais. Vraiment. J'aime ça.

C'est quel genre de voyeurisme ? Tberguig ou observation ?
Les deux. Je suis voyeur observateur, malgré moi. Et je ne sais pas pourquoi. Il y a des choses comme ça qu'on ne peut pas expliquer. Je pourrais partir dans une réponse formatée d'interview. Je pourrais te dire "Moi, j'ai besoin de me nourrir du quotidien pour écrire mes spectacles", mais je trouve que c'est mécanique. Je veux être sincère alors, je te dirai que je ne sais pas pourquoi j'observe et surtout, je ne me rends pas compte que j'observe la plupart du temps.

Il paraît que tu aimes Lorie, tu n'as pas honte ?
Lorie ? Lorie cantonais ? Ouais. Et, non, je n'ai pas honte. J'aime bien aimer les gens qui sont facilement démontables par tout le monde. Le genre très commercial. Je trouve intéressant de rechercher ce qu'il y a de bon chez ces personnes. J'ai été voir un show de Lorie sur scène pour faire plaisir à ma nièce. Je n'avais jamais vu un spectacle comme ça avec autant de show. Une superproduction à l'américaine. Les mômes étaient en extase. Alors quand j'ai entendu tout le monde dire, Lorie c'est de la merde, c'est des chansons pour minettes, j'ai dit non.
Pourquoi gâcher le plaisir à tous ces mômes ?

Cela dit, quand tu es à la maison tranquille, ça t'arrive d'avoir envie d'écouter un morceau de Lorie ?
Non. Et ce n'est pas mon univers d'écriture musicale. Mais je pense qu'il ne faut jamais juger les vainqueurs. Jamais juger les personnes qui réussissent et qui avancent. Les travailleurs.

Je dis ça parce qu'à côté tu fais la caricature de la star'ac, eurovision & Co. C'est antinomique !
Non, ce n'est pas antinomique. C'est particulier.

Et tu la ferais toi, la Star 'Ac, en tant que candidat ?
Non, non. Si on me dit de faire une chanson avec un chanteur, un duo ou quelque chose dans le genre pour se marrer, oui, je veux bien. Mais ça s'arrête là. Cela dit, je ne pense pas que la star'Ac soit le pire dans le genre télé réalité. Je me dis qu'au moins là, il y a un projet d'avenir pour ces jeunes…

Tu sais qu'il y a une prof de langue française à la fac d'Aïn Chock qui a intégré Chouchou et Mme Tazi dans son cours ?
Oui et j'ai appris aussi que ça avait créé une polémique autour de l'homosexualité. Ce qui n'est pas plus mal, finalement. C'est même rassurant, je trouve.

Tu irais voir ces étudiants en cours ?
Pourquoi pas ? Mais je crois que ce serait une démarche égocentrique. Je crois que je serais terriblement gêné. Je te parle de mon inculture, et puis venir comme ça devant ces étudiants… Bien sûr, ça me flatte. C'est la réaction première de tout artiste. Mais ce qui m'a intéressé le plus dans cette démarche, c'est de comprendre comment ça peut décomplexer l'autre par rapport à la langue française, comment on peut perdre ce complexe pour avancer.

Justement, en parlant de l'autre, parlons de ton spectacle. Avec "décalage" ou "la vie normale", tu nous as habitué à des personnages construits, complets avec des histoires. Dans "l'autre c'est moi", ça ressemblait plutôt à une succession de débuts de sketchs non achevés…
J'avais envie de changer totalement. Peut-être que je reviendrai vers la première formule pour un prochain spectacle. Mais là, j'avais vraiment envie de faire autre chose. D'abord, c'est très moderne, le stand up. Et puis, je ne pense pas que le stand up soit né au états-Unis, mais dans la halqa. Cela dit, je comprends que ça peut être déstabilisant pour le public.

Et il est passé où le Mr Tazi que tu avais promis, dans ton interview sur Femmes du Maroc ? Finalement, ça n'a duré que quelques secondes.
C'est vrai que j'en avais parlé. Et je pensais vraiment que j'allais en faire un personnage, mais je n'ai pas été jusqu'au bout. Je l'ai juste amorcé. Peut-être que je suis paresseux ? Ceci dit, ça ne me gêne pas de passer du coq à l'âne, d'interpeller le public sur un truc, puis de virevolter vers autre chose.

Tu te souviens de la dernière fois que t'as eu la crise du "sketch blanc" ?
En fait, je ne sais pas parce que je ne me mets jamais à table pour écrire. Je n'écris que si j'ai quelque chose à écrire. Par contre, une fois que j'ai toutes mes pistes d'idées, là je me mets à faire un travail d'écolier. Il y en a qui se disent "j'écris tous les matins de telle heure à telle heure, quoi qu'il arrive". J'en suis incapable. Et puis je n'écris pas sur du papier blanc, mais bleu. Comme ça, j'ai pas le problème de la page blanche.

Est-ce que la personne qui t'a inspiré pour Coco s'est fâchée en se reconnaissant dans sa caricature ?
Non, cette personne est tellement dans son trip que maintenant elle s'en vante. Le mec, il dit à tout le monde "Tu sais que coco c'est moi !". En général, toutes les personnes zappent le côté critique de ce que je fais. Elles sont juste flattées. Elles ne se rendent pas compte.

Tu connais le mot le plus long de la langue française ?
Je vais en dire un et tu vas me dire non, ce n'est plus celui-là.

Essaie toujours…
Anticonstitutionnellement ?

Non, ce n'est plus celui-là.
Et c'est quoi ?

Je ne sais pas, il faudra le chercher…
(Eclats de rire).

C'est pour quand ton premier album ?
Ça vient, ça vient. Disons dans un an. J'ai déjà commencé à écrire.

De vrais textes ?
Oui. Des textes sérieux.

Et ça ressemblerait à quoi musicalement ?
à De Palmas, peut-être…

Tu peux me donner le titre d'une chanson que tu n'as pas encore écrite ?
Non, je vais tricher. Je peux te sortir le titre d'une chanson qui est déjà écrite

C'est selon ta conscience…
Je réfléchis un peu. Le défi serait un titre qui constituerait une piste d'écriture. Voyons alors "croire en deux". Est ce que l'analogie est captable ? ça t'évoque quoi ?

Deux, deux personnes
Mais est-ce que ça te renvoie aussi à croire en Dieu ?

Non, c'est pas très clair.
Alors, c'est pas ça.

Puisqu'on est dans l'inspiration, je connais un mec. Un Sénégalais qui est tombé amoureux de la cigarette à cause de toi. T'aurais quelque chose à lui dire ?
Qu'il s'allume une bonne cigarette en écoutant Positiv Black Soul et qu'il ait une pensée pour moi.

Tu as un préféré parmi les humoristes marocains ?
Je n'en connais pas assez pour choisir un préféré. Mais j'aime beaucoup Hassan El Fad. Il me séduit artistiquement. Quand il est dans la peau d'un personnage, je peux te dire qu'il rentre dans un délire fabuleux. Il est surprenant.

Et dans l'absolu, qui c'est qui fait rire Gad ?
Charlie Chaplin, mais pas parce qu'il est Marocain (rires).

Tu serais qui si tu n'étais pas toi ?
L'autre. Et là, je reviens sur une histoire que j'aime beaucoup. Celle du gars qui est dans la rue. Puis il y a ces mecs qui l'attrapent dans la rue et qui lui disent "nta mâana oulla mâa loukhrine ?" ( t'es avec nous ou avec les autres ?)… Alors le pauvre gars répond, je suis avec vous. Et là, les mecs lui répondent eh bien nous, c'est les autres...




Spectacle. L'autre, c'est pas tout à fait Gad

Cela faisait 3 ans, 11 mois et 24 jours que the big Gad n'était pas monté sur une scène casablancaise. Bien sûr, il y a eu quelques plats de résistance, cinématographiques en l'occurrence avec "Chouchou", ou encore "A + pollux" (sur un registre mélodramatique et qui au passage gagne vraiment à être vu), mais ces œuvres ne pouvaient pas suffire. Le public attendait, avait besoin de le voir sur scène. Alors, ce public court, s'arrache les billets au marché noir et selon le marché "premier arrivé premier servi". Puis, ce même public arrive dans la salle, ultra excité par le bonheur qui l'attend pendant deux heures. Impatient de faire connaissance avec les nouveaux personnages du "maître de la dérision". Et pof, Il se retrouve avec autre chose. Cette fois-ci, Gad a choisi de changer de registre et de passer à la stand up comedy. "L'autre c'est moi", une sorte de succession de "débuts de sketchs", qui rappelle Jamel - dont le public est plus jeune, plus adolescent -avec des personnages éphémères qui durent quelques secondes à chaque fois. Et puis, ça parle de ski, de grands magasins à la sortie des villes et d'autres trucs franco-français. Entre temps, évidemment, Gad tente d'adapter tout cela au pays. Il marocanise un peu le schmilblick. Il délire sur les mecs bourrés à la sortie des boîtes, sur les bagarres, il effleure le personnage de Mr Tazi (époux de l'illustre Mme Tazi). Il interpelle le public. Il invite une personne sur scène pour lui faire subir les affres des projecteurs et "lui offrir son quart d'heure de gloire". Les rires fusent ici et là, dans la salle. Naturellement, parce que Gad sait faire rire son public. Puis les deux heures passent, vite, très vite. Et le public quitte la salle, en restant sur sa faim, un peu frustré parce qu'il a perdu ses repères. Gad a changé de genre comique… pas pour longtemps, on espère.

 
 
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