Série : TelQuel entame un tour d'horizon des groupes phares de la nouvelle scène marocaine.
Quelle est leur histoire ? Leur quotidien ? Leur parcours ? Découvrons les héros d'une nouvelle génération.
Darga, life is live
Darga, c'est 10 cactus très agités qui bousculent les styles musicaux. Sur scène, les joyeux trublions ont le mot et le pas pour enflammer le public. Piquant.
Nabil, Abdelmalek, Pedro et Oubize sont attablés dans un café de Gauthier où ils se retrouvent souvent. à eux quatre, ils squattent une table, mais les affaires auraient pu être encore meilleures pour le cafetier si Darga était venu au complet. En effet, Darga, groupe à géométrie variable depuis sa création en 2001, s'est étoffé au fil des concerts pour culminer à 10 membres à l'heure actuelle : "On s'est adjoint une section cuivre pour enrichir notre musique" explique Nabil, |
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le chanteur du groupe et technicien en ascenseurs. Darga ressemble à s'y méprendre à une auberge espagnole où chacun apporte sa touche personnelle et sa culture musicale. Abdelmalek, le bassiste, une teinte funk et ska, Nabil, le vocaliste et Pedro le guitariste, une touche de raï, que viennent enrichir les influences respectives des autres membres du groupe : "Nous sommes un carrefour de styles, mais le fond commun des membres du groupe est le reggae et la musique gnaouie" rajoute Nabil. "L'inconvénient, c'est qu'on est obligé de diviser le cachet par 10, ça fait moins de thunes pour chacun" plaisante Abdelmalek, bassiste du groupe et illustrateur de presse. "Personne ne vit de sa musique de toute façon" surenchérit Pedro, guitariste et technico-commercial dans une boîte. En effet, Darga n'est pas épargné par les maux qui touchent tous les groupes de la scène alternative marocaine. Darga écoule difficilement son premier album, faute de circuits de distribution, ne passe pas à la télé ni à la radio. Ils ne leur reste que les concerts. "Et encore, ce n'est qu'une activité saisonnière d'été" explique Abdelmalek. Mais au-delà de l'aspect financier, accessoire à leurs yeux, se produire sur scène est un plaisir sans cesse renouvelé pour Darga. C'est face au public qu'ils donnent leur pleine mesure avec un souci de la balance, avant les concerts, qui frise l'obsession: "Quand vous avez autant de musiciens sur scène, vous devez travailler deux fois plus pour rendre exactement votre musique" explique Nabil. Pourtant, pour Darga, tout a commencé avec une naïveté qui les étonne aujourd'hui, avec le recul né au fil de l'expérience accumulée au fil de la soixantaine de concerts qu'ils ont déjà donné à travers le Maroc.
Et si on montait sur scène ?
La base du groupe s'est formée à l'école des Beaux-Arts de Casablanca où étudiait, entre autres, Abdelmalek. Au fil des rencontres et des affinités musicales, Darga s'étoffe peu à peu mais sans aucun plan de carrière. Nabil ouvre le bal des confidences: "On assistait au Boulevard des jeunes musiciens en tant que spectateurs. Voir des Marocains jouer sur scène nous a encouragés, on s'est dit pourquoi pas nous ? Notre rêve était de jouer là bas, mais rien d'autre à vrai dire". Suite à ce passage, ils sont programmés au festival Gnaoua d'Essaouira. "On avait à peine 3 morceaux de prêts. Or pour Essaouira, il nous fallait de la matière pour une heure de concert minimum. On s'est tapé des journées de folie à raison de 10 heures de répétition par jour ponctuées de moments de découragement où on a failli tout abandonner". rajoute-t-il. Le grand jour arrive, non sans une certaine appréhension pour les membres de Darga. "C'était notre premier test grandeur nature. Nous étions impressionnés par la masse du public mais aussi par les personnes en coulisses. Il y avait toutes nos idoles comme Bakbou. Je suis monté sur scène les jambes flageolantes" se souvient Oubize, joueur de Hajhouje et étudiant en design graphique. "J'ai passé le concert à me concentrer sur les têtes que je connaissais dans le public. Et notamment Momo (l'un des organisateurs du Boulevard des jeunes musiciens) qui nous soutenait de la voix" rajoute Nabil. Abdelmalek achève d'enfoncer le clou : "Je regardais la mer et les mouettes pour tromper ma peur sur scène". La défloration scénique fut brutale, mais portera ses fruits. Darga se forge une solide réputation de bêtes de scènes, bien que les conditions de leurs concerts ne soient pas toujours adéquates. Le concert le plus folklorique restant pour eux Safi en 2002. "L'organisation n'avait prévu aucun ampli pour la basse et la guitare. Il n'y avait même pas de batterie. On a du tout loué. Tawfik, notre batteur à l'époque, était très costaud. Le type qui nous avait loué la batterie a passé tout le concert sur scène, à côté de lui, en lui répétant à intervalles réguliers: Tkayesse ah sahbi, tu vas me trouer la batterie" raconte en riant Abdelmalek. Darga trace sa route, se bonifie au fil des concerts avec comme point culminant, leur retour à Essaouira en 2005 en clôture du festival, programmé en première partie de Youssou N'dour. "Hélas, ce jour là, nous n'étions qu'a 60% de nos possibilités. La balance ne s'était pas passée dans les meilleures conditions. Qui plus est, Youssou N'dour avait demandé à ce que la batterie de son groupe ne soit pas déplacée. Adil ( le batteur de Darga) s'est retrouvé excentré par rapport à nous. On ne le voyait plus. Or sur scène, nous communiquons avec les yeux" explique Pedro.
Une voix, un vote
La complicité qui unit les membres du groupe sur scène et dans la vie évite tout conflit d'ego : "on fonctionne en démocratie. Chacun a voix au chapitre, apporte ses compositions personnelles. Ils nous arrive même de voter quand le choix entre plusieurs refrains se présente" explique en riant Abdelmalek.. Lors de l'enregistrement de leur album, ils appliquent ce principe tout en découvrant les affres de la prise de son sans la chaleur du public ni la joie de jouer face à lui. "En studio, t'es seul derrière la vitre. Tous les autres membres du groupe te regardent en attendant leur tour. T'a vraiment l'impression d'être dans la peau du mec dans le coma à qui rend visite sa famille" explique en riant Nabil. à quoi se rajoute le stress de la prise ratée qui rallonge les délais d'enregistrement et l'argent à débourser pour la location du studio. "On a préféré produire nous même notre premier album qui nous est revenu à 50.000 DH. Platinium voulait nous faire signer un contrat de 5 ans pour trois albums, mais n'avait pas grand-chose à nous proposer en retour" explique Pedro. C'est lui qui a composé "Abdelkrim Khattabi", morceau qui figurera dans leur prochain opus annoncé pour fin 2006. "Abdelkrim Khattabi est un grand homme de l'histoire marocaine, mais totalement inconnu chez les jeunes Marocains. Tous ceux qui se baladent avec un tee-shirt du Che ignorent que Khattabi était son inspirateur en tant qu'inventeur de la guérilla" explique-t-il. "On ne prône pas la révolution pour autant. On essaye juste de délivrer un message positif. Le négativisme ambiant est sans doute dû à l'absence de modèles auquel peuvent s'identifier les Marocains" explique Abdelmalek. Darga, qui s'y frotte s'y pique. |