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Par Karim Boukhari
Politique. À gauche, toute !
À quoi ressemble aujourdhui la gauche marocaine ? Et dans quelle mesure représente-t-elle le peuple de gauche du pays ? État des lieux à lhorizon des élections législatives de 2007.
Le dernier-né de la gauche sappelle le PSU, ou Parti socialiste unifié, résultat de la fusion entre un parti (la GSU) et une association (Fidélité à la démocratie). Le programme et la vocation du nouveau parti, en gros la promotion des valeurs de gauche dans le cadre dune monarchie parlementaire où le roi régnerait sans gouverner, nont guère posé de problème. Le débat, la contradiction sont venus de ce |
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quon peut appeler les détails techniques : On a beaucoup débattu, confirme Mohamed Hafid, lun des promoteurs du nouveau parti, sur la question des invitations [pour le congrès]. On était tous daccord pour ne pas inviter [au congrès] ceux que lon considère comme étant les partis de ladministration. Pas de débat, non plus, sur la présence des représentants du mouvement national, à leur tête lUSFP et le PPS. La question sest en revanche posée à propos des islamistes : fallait-il ou non les inviter ? Quatre forces étaient concernées par la question : le PJD, bien sûr, mais aussi Al-Adl Wal Ihsane, Al-Badil Al-Hadari et Al-Haraka Min Ajl Al-Oumma. Seuls ces deux derniers ont été invités, les amis de Saâdeddine Othmani et du Cheikh Yassine nayant pas fait lunanimité au sein du PSU.
Même si elle peut étonner, la présence du Badil Al-Hadari et de la Haraka Min Ajl Al-Oumma, petits courants islamistes, est un signe qui ne trompe pas. Les deux partis ont beau être des descendants directs de la défunte chabiba islamiya de funeste mémoire , ils se réclament pourtant dune certaine gauche. Mustapha Moâtassim, qui dirige le Badil, explique : Nous rejoignons la gauche dans sa lutte pour les droits de lhomme, la démocratie, etc. Ce sont des valeurs de gauche et nous, avec notre référentiel islamiste à la base, nous nous réclamons alors du centre-gauche. Mohamed Marouani, de la Haraka, nuance à peine : Nous sommes pour la réforme de la Constitution et, également, de la pratique politique. Même si nous ne sommes pas représentés au Parlement, nous nous considérons comme une force dopposition. Libre à vous de nous classer à gauche.
La Voie démocratique, ou Annahj Addimocrati, défend à peu près les mêmes valeurs, mais le référentiel est tout, sauf islamique : il est marxiste-léniniste ! Les descendants dIlal-Amam, incontestablement les plus à gauche du paysage politique, partagent avec le Badil et la Haraka la particularité de navoir jamais pris part aux élections. Et pour cause, ils ont longtemps attendu dobtenir le récépissé qui atteste de leur existence légale. Ce nest évidemment pas la seule raison. Pour Abdellah El Harif, qui dirige le parti, et ses amis, participer aux élections revient à valider une certaine pratique de la politique que nous refusons. On refuse dêtre de simples courroies de transmission du pouvoir [Palais]. La Voie démocratique, qui occupe, pour le moment, le terrain social (ONG de droits de lhomme, notamment), na pas tranché pour les législatives attendues en 2007. Elle na pas, non plus, beaucoup changé ses convictions, acquises depuis les années 60-70 : redistribution des richesses, revalorisation des classes laborieuses
et référendum dautodétermination au Sahara.
Moins différencié politiquement que la Voie démocratique, aussi contesté que le Badil et la Haraka dans son prétendu ancrage à gauche, on retrouve le parti des Verts. Avec ses deux conseillers municipaux, le parti, sans réelles attaches avec le reste de la scène politique, se réclame dune certaine valeur de gauche : lécologie. Mais nous existons bel et bien, se défend toutefois sa secrétaire générale, Fatima Alaoui, même si les autorités nont fini par ladmettre que depuis 2002.
Le CNI et le PADS nont, eux, aucun problème de différenciation, tant les deux partis semblent bien ancrés à gauche. Mais le premier souffre dune étiquette de populisme collée sur son fondateur, Noubir Amaoui, lune des plus importantes figures du syndicalisme du pays. Le second est un reliquat de lUSFP, très proche de la Voie démocratique, avec laquelle il partage bien des points communs. Le CNI et le PADS font dailleurs partie, en plus de la Voie démocratique et du PSU, du RGD, ou Rassemblement de la gauche démocratique. Le RGD, nous
explique ce dirigeant du PSU, na de véritable sens que sil est appelé, un jour, à se transformer en un seul et unique parti. Vu les susceptibilités des uns et des autres, le projet nest pas près de se concrétiser.
Au rayon des irrécupérables, on retrouve le parti de la Choura, ou PDI, lun des plus anciens partis du pays, décimé par ses propres amis de lIstiqlal à lindépendance. Au départ, note Abdelouahed Maâch, le secrétaire général du parti, les opinions de la Choura pouvaient être assimilées à du progressisme. Mais cette étiquette de gauche, liée aux convictions démocratiques de Belhassan Ouazzani [le fondateur de la Choura] a vécu. Sans renier leur passé, Maâch et ses amis tournent leur référentiel vers lIslam, comme tout parti marocain normalement constitué. Nous sommes le premier véritable parti de centre, ou de centre-droit, rappelle Maâch, les partis qui occupent aujourdhui ce créneau doivent, à quelques exceptions près, leur existence à ladministration.
Encore plus terrible est la situation de lUNFP, le parti qui a inventé le concept de gauche au Maroc. Déjà victime de la disparition de Mehdi ben Barka, ensuite du départ de Bouabid et de ses amis partis fonder lUSFP en 1975, lUNFP navait plus quune existence théorique que la récente disparition dAbdellah Ibrahim réduit pratiquement à néant
Dans la case des middle of the road, on trouve le FFD et le PSD, deux partis en plein dans le doute. Le FFD, dixit son secrétaire général, Thami Khyari, se réclame de la gauche moderne. Un nouveau concept. Cela veut dire, explique Khyari, que lon garde nos valeurs de gauche tout en faisant preuve dun certain réalisme sur le terrain. La realpolitik du FFD na accroché aucun wagon à sa suite, le parti restant orphelin de toute passerelle véritable vers les autres partis de gauche. Comme nous lexplique ce cadre du PPS, parti dont le FFD est une émanation, les affinités [avec le FFD] ne manquent pas, mais on se demande si ce parti nest pas ouvert aux quatre vents, tant ses militants affluent et refluent de tout le champ politique, à droite comme à gauche. Le PSD, autre produit dune scission, souffre de la même soif de reconnaissance par ses pairs de la gauche. Sa realpolitik la conduit dans une situation bizarre : allié, au niveau du Parlement, au PPS et à un parti de centre-droit (lAHD), il est en train dintégrer les structures
de lUSFP, premier parti de gauche au Maroc. 2007 pourrait alors sonner le glas pour le PSD, qui, sauf miracle, semble condamné à disparaître.
On arrive aux deux piliers de la gauche, les plus anciens et les mieux représentés au Parlement comme au gouvernement : le PPS et lUSFP. Malgré leur impact, les deux locomotives de la gauche cultivent le paradoxe et multiplient les escarmouches entre amis. Depuis la résurrection de la Koutla, au milieu des années 1990, lUSFP a toujours reproché au PPS de faire cavalier seul afin de se rapprocher des vues du Palais. Le PPS sen est toujours défendu en expliquant que lUSFP a tendance à considérer ses partenaires de la gauche comme de simples faire-valoir. Le différend ne sest guère dissipé. Et ce nest pas la situation du PSD, allié parlementairement à lun et politiquement à lautre, qui risque de régler le problème. |
[L'imbroglio de la gauche marocaine]
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| Dernier mot. Accouchements forcés
Une lecture rapide du profil des partis de gauche, réels ou assimilés, dégage au moins deux vérités essentielles. La première, cest que sur les 325 élus qui peuplent le Parlement marocain (données des élections législatives de 2002), la gauche nen compte que 83. Le quart, à peine. Cela oblige la gauche à marcher avec une béquille. La majorité, parlementaire ou gouvernementale, nest alors concevable quau prix dalliances pas toujours naturelles et de compromis qui nont jamais fait lunanimité. Les compromis, fondus dans le concept du consensus, sont évidemment une arme à double tranchant : ils sont une passerelle vers lexercice du pouvoir mais contribuent, dans le même temps, à couper les élites de gauche de leurs bases. Le second constat, et il nest pas plus réjouissant, cest que tous les partis de gauche sont le résultat dune scission. Le PPS nest que lexception qui confirme la règle, puisque le parti a dû successivement se débarrasser des étiquettes de parti français (du temps du protectorat) et de parti communiste avant de se garantir une place au soleil, après avoir changé de nom. Les défunts Ilal-Amam et lOADP nont été, quant à eux, possibles que par les affluents des autres partis, UNFP, USFP et PPS principalement. Depuis lIndépendance, aucun parti na spontanément vu le jour sous létiquette de gauche. Ni le multipartisme officiel prôné par le pouvoir ni lexistence dune incontestable sensibilité de gauche qui parcourt les élites de ce pays ny ont rien changé. Cela explique, dans une certaine mesure, les crises identitaires qui secouent régulièrement les uns et les autres. Et lincapacité du peuple de gauche à regrouper ses forces, si tant est quelles ne sont pas majoritaires. |
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