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Développement. Union sacrée pour les ONG de quartier
N° 193
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Politique. À gauche, toute !
Abdellah Hammoudi. "Il n’y a pas de course pour le Trône"
Drogue. El Nene ne perd pas le Nord
H.Kayne. Le rap vert et rouge
Développement. Union sacrée pour les ONG de quartier

Par Ahmed R. Benchemsi

Développement. Union sacrée pour les ONG de quartier

De g. à dr. au premier plan :
Karim Tazi (CGEM), Abdellah Zaâzaâ (Resaq), le gouverneur Aziz Dadès
(INDH) et Abderrahim Harouchi
(ministre du Développement social).
(AIC PRESS)
Les miniprojets associatifs financés par les mégaentreprises, c’est reparti ! Cerise sur le gâteau cette année : la fondation Mohammed-V s’implique résolument… Le tout dans le cadre de l’INDH !


Confondre la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc) avec la CDT (Confédération démocratique du travail), citer le syndicat le plus pugnace du pays, alors qu’on veut parler de la fédération patronale… C’est le beau lapsus qu’a commis Abdellah Zaâzaâ, deux fois, lors de la cérémonie d’ouverture du Forum
entreprises-associations, mercredi 28 septembre. Un lapsus révélateur du grand écart mental qu’a dû faire Zaâzaâ, militant de terrain farouchement indépendant et secrétaire général du Réseau des associations de quartiers (Resaq), pour co-organiser un événement avec non seulement le patronat, mais aussi la très officielle fondation Mohammed-V pour la solidarité… le tout, dans le cadre de l’INDH ! Zaâzaâ le républicain, associé à l’initiative royale contre la précarité, et de bonne grâce de surcroît ? Driss Jettou l’avait dit à la première édition du forum : “Le Maroc a bien changé…”
C’était début 2004. L’idée de faire financer des miniprojets associatifs par de grosses entreprises était nouvelle. Et ses initiateurs, Abdellah Zaâzaâ et Karim Tazi, sentaient le soufre. Le premier parce qu’il n’a jamais caché ses convictions républicaines (des convictions qui, même théoriques, agacent en haut lieu) et le second parce que c’est un jeune patron iconoclaste qui va sur le terrain, crée des fondations d’aide aux défavorisés, finance des ONG de quartier… bref, lance des actions parfois plus remarquées que celles relevant de la “solidarité officielle”. L’an dernier, donc, ces deux-là, sous la double étiquette du Resaq et de la CGEM, avaient monté la première édition du forum entreprises-associations. Un grand succès : en un week-end, les plus grosses boîtes du pays avaient accordé 4 millions de dirhams aux ONG, sous le regard bienveillant du Premier ministre soi-même. La fondation Mohammed-V, “bras humanitaire” du Palais, n’avait pas tardé à en prendre ombrage… et les malentendus à se creuser. Très vite, Abdellah Zaâzaâ, Hassan Chami (le patron des patrons), Karim Tazi et même TelQuel (qui a accompagné cette dynamique par deux éditions spéciales) ont été jetés dans le même sac d’indignité. Acte d’accusation : “Tous des républicains [à part Zaâzaâ, pourtant, il n’y en a pas d’autres] qui ne visent qu’une chose : se poser en alternative à la solidarité telle qu’orchestrée par le Palais royal”… Même Driss Jettou, ami de longue date de Hassan Chami, n’a pas été épargné par les critiques assassines du sérail.
Le temps, heureusement, aplanit bien des choses. Il aura fallu beaucoup de lobbying et de manœuvres discrètes (Zaâzaâ a même rencontré Zoulikha Nasri, conseillère royale et responsable de la fondation Mohammed-V) pour que les deux parties reviennent à de meilleurs sentiments. Et s’accordent sur un modus vivendi : toute initiative sociale est la bienvenue, la complémentarité doit primer… et la politique n’a rien à voir là-dedans. Résultat : une coopération exemplaire, cette année. D’abord, la seconde édition du forum a eu lieu (de mercredi à vendredi derniers) au grand centre de conférences de l’Office des changes de Casablanca. Un beau cadeau du ministre des Finances Fathallah Oualalou, qui donne encore plus de visibilité à l’événement. Ensuite, la cérémonie d’inauguration présentait de belles têtes d’affiche : Zaâzaâ et Chami, bien sûr, mais aussi Abderrahim Harouchi, ministre du Développement social, Najat M’Jid, coordinatrice de l’INDH (en observation pour l’instant, elle prévoit un accompagnement financier des projets associatifs)… et un représentant de la fondation Mohammed-V. Zoulikha Nasri devait être de la fête, mais elle a été retenue à Oujda, où le roi est en visite. Elle a promis, néanmoins, d’être présente à la cérémonie de clôture de l’événement, au côté du Premier ministre en personne, présent pour la deuxième année consécutive. L’entente parfaite ! Enfin, le plus important : si l’an dernier, le forum présentait 50 projets tous portés par des ONG casablancaises, cette année, les associations viennent aussi de Mohammedia, d’Al Hoceima et d’Azilal, et les projets sont trois fois plus nombreux. Passés à un crible sévère (faisabilité, pertinence du montage financier…) et minutieusement triés pendant trois mois, les projets retenus sont classés en 11 volets : culture, éducation, enfance, environnement, formation, informatique, sensibilisation, solidarité, sport, structuration associative et travail rural. Les montants demandés varient entre 12 800 et 220 000 DH et un autofinancement est assuré pour chaque projet, parfois jusqu’à hauteur de 85% du montant global requis.
En bout de course, loin de toutes les considérations politiques et comptables, des centaines de milliers de jeunes banlieusards ou ruraux désœuvrés ont, de nouveau, des raisons de croire en un avenir meilleur. Grâce à la générosité d’hommes d’affaires citoyens, des cybercafés de quartier seront installés, des fontaines publiques réhabilitées, des écoles et des maisons de jeunes rénovées, des séances de soutien scolaire assurées, des cartables garnis offerts à des petites filles rurales sans ressources… Bref, des centaines de milliers de sourires vont fleurir dans le royaume. Cela valait bien la peine de dépasser quelques crispations.



Bilan du forum 2004

projets réalisés : 39
dons débloqués : 4 millions de dirhams
domaines concernés : éducation, culture, sport, environnement, santé…
quartiers touchés : Sidi Moumen, Sidi Bernoussi, Hay Mohammedi, Aïn Sebaâ, Roches Noires, Aïn Harrouda, Ben M’sik, El Fida, Tit Mellil
grands partenaires : OCP, Lafarge, Lydec, Richbond, fondation Wafa BCM, fondation ONA, Marbar...

 
 
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