|
Par Ahmed R. Benchemsi
Développement. Union sacrée pour les ONG de quartier
|
De g. à dr. au premier plan :
Karim Tazi (CGEM), Abdellah Zaâzaâ (Resaq), le gouverneur Aziz Dadès
(INDH) et Abderrahim Harouchi
(ministre du Développement social).
(AIC PRESS)
|
Les miniprojets associatifs financés par les mégaentreprises, cest reparti ! Cerise sur le gâteau cette année : la fondation Mohammed-V simplique résolument
Le tout dans le cadre de lINDH !
Confondre la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc) avec la CDT (Confédération démocratique du travail), citer le syndicat le plus pugnace du pays, alors quon veut parler de la fédération patronale
Cest le beau lapsus qua commis Abdellah Zaâzaâ, deux fois, lors de la cérémonie douverture du Forum |
|
entreprises-associations, mercredi 28 septembre. Un lapsus révélateur du grand écart mental qua dû faire Zaâzaâ, militant de terrain farouchement indépendant et secrétaire général du Réseau des associations de quartiers (Resaq), pour co-organiser un événement avec non seulement le patronat, mais aussi la très officielle fondation Mohammed-V pour la solidarité
le tout, dans le cadre de lINDH ! Zaâzaâ le républicain, associé à linitiative royale contre la précarité, et de bonne grâce de surcroît ? Driss Jettou lavait dit à la première édition du forum : Le Maroc a bien changé
Cétait début 2004. Lidée de faire financer des miniprojets associatifs par de grosses entreprises était nouvelle. Et ses initiateurs, Abdellah Zaâzaâ et Karim Tazi, sentaient le soufre. Le premier parce quil na jamais caché ses convictions républicaines (des convictions qui, même théoriques, agacent en haut lieu) et le second parce que cest un jeune patron iconoclaste qui va sur le terrain, crée des fondations daide aux défavorisés, finance des ONG de quartier
bref, lance des actions parfois plus remarquées que celles relevant de la solidarité officielle. Lan dernier, donc, ces deux-là, sous la double étiquette du Resaq et de la CGEM, avaient monté la première édition du forum entreprises-associations. Un grand succès : en un week-end, les plus grosses boîtes du pays avaient accordé 4 millions de dirhams aux ONG, sous le regard bienveillant du Premier ministre soi-même. La fondation Mohammed-V, bras humanitaire du Palais, navait pas tardé à en prendre ombrage
et les malentendus à se creuser. Très vite, Abdellah Zaâzaâ, Hassan Chami (le patron des patrons), Karim Tazi et même TelQuel (qui a accompagné cette dynamique par deux éditions spéciales) ont été jetés dans le même sac dindignité. Acte daccusation : Tous des républicains [à part Zaâzaâ, pourtant, il ny en a pas dautres] qui ne visent quune chose : se poser en alternative à la solidarité telle quorchestrée par le Palais royal
Même Driss Jettou, ami de longue date de Hassan Chami, na pas été épargné par les critiques assassines du sérail.
Le temps, heureusement, aplanit bien des choses. Il aura fallu beaucoup de lobbying et de manuvres discrètes (Zaâzaâ a même rencontré Zoulikha Nasri, conseillère royale et responsable de la fondation Mohammed-V) pour que les deux parties reviennent à de meilleurs sentiments. Et saccordent sur un modus vivendi : toute initiative sociale est la bienvenue, la complémentarité doit primer
et la politique na rien à voir là-dedans. Résultat : une coopération exemplaire, cette année. Dabord, la seconde édition du forum a eu lieu (de mercredi à vendredi derniers) au grand centre de conférences de lOffice des changes de Casablanca. Un beau cadeau du ministre des Finances Fathallah Oualalou, qui donne encore plus de visibilité à lévénement. Ensuite, la cérémonie dinauguration présentait de belles têtes daffiche : Zaâzaâ et Chami, bien sûr, mais aussi Abderrahim Harouchi, ministre du Développement social, Najat MJid, coordinatrice de lINDH (en observation pour linstant, elle prévoit un accompagnement financier des projets associatifs)
et un représentant de la fondation Mohammed-V. Zoulikha Nasri devait être de la fête, mais elle a été retenue à Oujda, où le roi est en visite. Elle a promis, néanmoins, dêtre présente à la cérémonie de clôture de lévénement, au côté du Premier ministre en personne, présent pour la deuxième année consécutive. Lentente parfaite ! Enfin, le plus important : si lan dernier, le forum présentait 50 projets tous portés par des ONG casablancaises, cette année, les associations viennent aussi de Mohammedia, dAl Hoceima et dAzilal, et les projets sont trois fois plus nombreux. Passés à un crible sévère (faisabilité, pertinence du montage financier
) et minutieusement triés pendant trois mois, les projets retenus sont classés en 11 volets : culture, éducation, enfance, environnement, formation, informatique, sensibilisation, solidarité, sport, structuration associative et travail rural. Les montants demandés varient entre 12 800 et 220 000 DH et un autofinancement est assuré pour chaque projet, parfois jusquà hauteur de 85% du montant global requis.
En bout de course, loin de toutes les considérations politiques et comptables, des centaines de milliers de jeunes banlieusards ou ruraux désuvrés ont, de nouveau, des raisons de croire en un avenir meilleur. Grâce à la générosité dhommes daffaires citoyens, des cybercafés de quartier seront installés, des fontaines publiques réhabilitées, des écoles et des maisons de jeunes rénovées, des séances de soutien scolaire assurées, des cartables garnis offerts à des petites filles rurales sans ressources
Bref, des centaines de milliers de sourires vont fleurir dans le royaume. Cela valait bien la peine de dépasser quelques crispations. |
 |
Bilan du forum 2004
projets réalisés : 39
dons débloqués : 4 millions de dirhams
domaines concernés : éducation, culture, sport, environnement, santé
quartiers touchés : Sidi Moumen, Sidi Bernoussi, Hay Mohammedi, Aïn Sebaâ, Roches Noires, Aïn Harrouda, Ben Msik, El Fida, Tit Mellil
grands partenaires : OCP, Lafarge, Lydec, Richbond, fondation Wafa BCM, fondation ONA, Marbar... |
|
|