Zakaria boualem se pose la question suivante : pourquoi sommes-nous si conformistes ?
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem, lassé de traîner sa zakariamobile de couleur et dâge indéterminés, a décidé de prospecter mollement pour acheter une nouvelle voiture. Il se rend ainsi chez Peugeot pour voir ce que cette noble institution a à lui proposer.
Au moment où il entre chez le constructeur français, il est détendu, enfin
aussi détendu que peut lêtre un homme fier qui risque une élimination par des Tunisiens en qualif pour la Coupe du monde. Rapidement, il tombe sur un vendeur encravaté et sûr de lui, qui commence par le dévisager de haut en bas pour évaluer son pouvoir dachat. Oui, je sais, on ne peut techniquement dévisager quun visage, mais je vous jure sur la tête de mon patron que le vendeur la dévisagé des pieds à la tête. Lestimant sans doute tout juste digne dun véhicule bas de gamme, le vendeur lentraîne à la découverte des bas rayons du magasin. Zakaria Boualem se vexe. Concomitamment, il se braque et décide de jouer au grand seigneur :
Combien celle-là ?
578 000 DH, monsieur.
OK, cest bon pour moi. Je la voudrais en jaune, sil vous plaît.
Cest impossible.
Quest-ce qui est impossible ?
Le jaune. On ne la pas en stock. Il faut attendre trois mois.
Vous êtes en train de me dire que pour un demi-million de dirhams, je ne peux pas choisir la couleur de ma voiture ?
Si, vous pouvez choisir entre le vert et le bleu. cest ce quon a en stock. |
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Il ny que deux couleurs en stock, cest tout ?
Oui, cest les couleurs préférées des Marocains. Ils nachètent que du vert et du bleu.
Mais cest normal que les gens nachètent que du vert et du bleu. VOUS NAVEZ QUE DU VERT ET DU BLEU.
Oui, cest ce que les Marocains réclament.
Arrivé à ce point du dialogue, Zakaria Boualem, notant avec perspicacité que la discussion tourne en rond, décide de jeter léponge. Il quitte précipitamment le concessionnaire, grimpe avec joie dans sa Mercedes 190 D, et se jette avec délectation dans la circulation casablancaise. Tout en conduisant, il médite. Chez lui, cest une activité intense, largement plus prenante que la communication téléphonique, pourtant interdite. Il faudrait donc songer à interdire la méditation au volant. En attendant ce nouveau progrès automobile, il se pose la question suivante : pourquoi sommes-nous si conformistes ? Il na toujours pas trouvé la réponse lorsquil rentre chez lui. Il allume i-Télévision et tombe sur cette information étonnante : une bande de 500 harraga a attaqué le poste frontière de Sebta pour passer en force. Bilan de lopération : cinq morts, touchés par des balles en caoutchouc, et 150 chanceux qui ont réussi à passer de lautre côté. Cette attaque des ventres vides lui rappelle un film quil a vu dans sa jeunesse sur la Révolution française ou russe, il ne se rapelle pas très bien. Cette idée dattaquer en force, dessuyer des tirs espagnols lui confirme bien quune guerre est en train déclater. Quelques secondes après cette information, la charmante présentatrice lance un sujet où il est question dun groupe de musique classique qui sest rendu en pleine mer pour faire danser les baleines au son des violons. Zakaria Boualem découvre ainsi que les baleines dansent, quil existe des gens qui jouent pour elles, quil existe des gens pour financer la danse des baleines, et que tout ce petit monde a lair très heureux en pleine mer. Pendant que les musiciens jouaient, les harraga attaquaient le poste frontière de Sebta. Zakaria Boualem a oublié son histoire de voiture jaune, que de toute façon il ne pourra jamais se payer. Cétait juste pour emmerder le vendeur qui lavait pris de haut. Il na plus aucun commentaire à faire. Ah, si : il est convaincu que tous ces éléments réunis annoncent avec force la fin du monde. |