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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

Sahara. Le Maroc propose (officiellement) l’autonomie

Mustapha Sahel, ministre
de l'Intérieur (AIC PRESS)
À quelques jours de l’arrivée à Rabat du nouveau représentant personnel de Kofi Annan pour le Sahara occidental, le Maroc passe à l’attaque. Il propose des négociations sur l’autonomie du territoire, dans le cadre d’une souveraineté marocaine.


En soi, la déclaration n’a rien de révolutionnaire. “Le Maroc est disposé à négocier une autonomie du territoire au Sahara, sur le plan politique et juridique, dans le cadre de la légalité internationale”, a déclaré en substance, le 25 septembre dernier, Taïeb Fassi Fihri, ministre délgué aux Affaires étrangères à l’envoyée spéciale d’une agence d’information
espagnole (Europa Press). Quelques mois plus tôt, il exprimait exactement les mêmes positions dans une interview à Jeune Afrique. Et auparavant, le roi a lui-même évoqué le sujet dans l’un de ses discours. Qu’y a-t-il, alors, cette fois de nouveau ?
Beaucoup de choses, à commencer par la réaction algérienne et celle du Polisario. Agressive, presque insultante. Dans une lettre adressée par son représentant permanent à l’ONU, Alger qualifie le Maroc de “puissance occupante et coloniale”, alors que la République arabe sahraouie démocratique appelle la communauté internationale à ne pas “cautionner définitivement le fait accompli colonial du Maroc”.
C’est que, au-delà d’une simple déclaration de presse, les propos du ministre délégué aux Affaires étrangères ont tout d’une “proposition marocaine”. À quelques jours de l’arrivée au royaume du nouveau représentant personnel de Kofi Annan, le Maroc marque un point. Définitivement (mais difficilement) débarrassé d’un encombrant et contraignant plan Baker II, le pays passe à l’attaque et propose “une solution politique basée sur une négociation entre les différentes parties au conflit”. “D’une part, le Maroc se prémunit contre un éventuel plan de résolution concocté de l’autre côté de la frontière. De l’autre, il prouve sa bonne foi, et rejoint la position de puissances mondiales qui appellent désormais à une solution politique enterrant petit à petit l’idée d’un référendum impossible à tenir aujourd’hui”, analyse un observateur sahraoui.

“L’offre marocaine”
Clairement, le Maroc propose ceci : des négociations entre les différentes
parties du conflit (y compris l’Algérie) pour déterminer un degré d’autonomie du territoire saharien et des modalités d’application sur le terrain. Une fois ces négociations finies, et une formule approuvée par le Maroc, l’Algérie et le Polisario, celle-ci sera soumise à “l’appréciation des populations, ce qui représente un acte démocratique d’expression libre”, selon les termes de Fassi Fihri. De quelles populations parle-t-on ? Ne risque-t-on pas de revenir au litigieux problème de l’identité ? La réponse marocaine est toute faite : “Les populations consultées seront les populations résidentes dans le territoire appelé à être autonome.”
Jusqu’où peut aller l’autonomie proposée par Rabat ? “Aussi loin que le permettront les négociations, sans jamais toucher à la souveraineté marocaine sur le territoire”, confie un diplomate. D’ailleurs, dans ses déclarations, Taïeb Fassi Fihri a évoqué “une autonomie politique et juridique”, ce que les observateurs interprètent comme “une prédisposition marocaine à une éventuelle réforme constitutionnelle”. Tout cela est toutefois conditionné par un point essentiel : que “les négociations débouchent sur une solution définitive du conflit et que l’autonomie ne soit en aucun cas un statut intermédiaire ni évolutif”. Le Maroc veut ainsi enterrer deux idées, fondamentales pour le mouvement indépendantiste. D’un côté, écarter l’option de l’indépendance du territoire. De l’autre, en finir avec ce principe de “référendum pour l’autodétermination”.

Réactions
Pas question, répond la RASD. “L’autonomie est une vieille idée constamment rejetée par le peuple sahraoui et par la communauté internationale”, affirme Mohamed Salem Ould Salek, ministre des Affaires étrangères de la République sahraouie. Sauf que, visiblement pris de court, le front construit tout son argumentaire autour des “violations de droits de l’homme enregistrées au Sahara occidental”, “l’état des détenus d’opinion grévistes de la faim” et “les conditions de détention à la prison de Laâyoune”.
“Mais toute cette agitation est surtout révélatrice de la délicatesse de la situation pour le Polisario, qui se retrouve aujourd’hui dans une posture défensive, obligé de se débarrasser d’une proposition marocaine qui rejoint, dans les mots au moins, les appels internationaux pour une solution politique rapide et définitive”, explique un journaliste saharoui. Une position inconfortable donc, qui rappelle celle où s’est retrouvée le Maroc après le deuxième plan Baker. Approuvé par l’Algérie et le Polisario, il a été rejeté par le royaume qui n’avait rien vu venir et qui n’a donc rien proposé à la place. Résultat : Kofi Annan en colère et le Maroc pointé comme responsable d’un nouveau blocage.
Aujourd’hui, la diplomatie marocaine a tiré des leçons de ses erreurs. Elle a préféré anticiper au lieu de subir. Reste à savoir si sa proposition inspirera un plan de résolution onusien porté par le nouveau représentant de Kofi Annan. Il sera à Rabat courant octobre. L’objectif inavoué des diplomates marocains est de faire porter la responsabilité du blocage à l’Algérie et au Polisario. Bien plus que l’aboutissement d’une réelle autonomie basée sur des négociations plus qu’improbables dans le contexte actuel.

 
 
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