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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Hassan Hamdani

Opéra. Wilkommen au Cabaret

Nathalie Joly
"Cabaret de l’exil" est une croisière immobile qui vous mène des cabarets berlinois d’avant-guerre aux rives de la Seine. Parmi les tables vides, une étrangère en robe de soie rouge (Nathalie Joly) chante ses amours perdues et ses brèves rencontres dans les bars exotiques d’îles imaginaires. L’encens, les lumières tamisées et les tapis orientaux vous laissent imaginer des marins de Hambourg et quelques femmes de petite vertu venues s’échouer dans ce monde interlope. La voix de soprano de Nathalie Joly y sert à merveille, dans le registre lyrique, le répertoire désuet de la chanson réaliste, sans jamais verser dans le mélo. Jacques Verzier, quant à lui, complète l’impression lancinante d’être attablé dans un bordel de Macao, avec
ces faux-airs de Brad Davis dans Querelle de Fassbinder. "Cabaret de l’exil" est inspiré de "l’Opéra de 4 sous" et "Mahagony", deux œuvres nées de la collaboration entre Kurt Weill et Berthold Brecht. Nathalie Joly et Jacques Verzier ressuscitent l’Allemagne de la république de Weimar et sa quête de formes d’expressions nouvelles, avant que l’arrivée d’Hitler au pouvoir ne mette l’étouffoir à toute velléité artistique. À ce titre, "Cabaret de l’exil" est un bel hommage rendu à Kurt Weill et Bertold Brecht qui ont révolutionné l’opéra en y introduisant le jazz, le fox-trot, la chanson populaire et des personnages jamais montrés sur scène jusque-là : prostituées, truands, policiers véreux, commerçants malhonnêtes et SDF. Le 14 octobre à 21h00 au Théâtre 121 de l’IF de Casablanca.


Musique. Fusion Meknassia

Dar Dmana, un des groupes vainqueurs du Boulevard des Jeunes Musiciens 2005 revient enfin sur scène. Une belle occasion pour ceux qui ne les ont pas vus, de comprendre pourquoi cette formation a tant marqué les esprits. Leur style : une fusion très spéciale et colorée qui mixe Gnaoui, Issawi, Andaloussi, Chaâbi ou encore Funk. Leur point fort : une présence terrible qui leur a permis d’hypnotiser plus de 10.000 spectateurs à Casablanca. Impressionnant quand on sait que ce groupe Meknassi n’a pas une très grande expérience du live. En effet, après un concert en Mai 2005 à l’Université Al Akhawayn et leur prestation au Boulevard, les Dar Dmana n’ont malheureusement pas eu l’occasion de se confronter de nouveau à la scène, là où se sont affûtés et aguerris les groupes leaders marocains. Dar Dmana aura l’occasion de le faire le 11 Octobre à l’IF de Meknès, et le 12 à l’IF de Fès, à partir de 20h30.


Spectacle. Il était une fois un jardin

Le jardin des Oudayas accueillera "Une nuit au jardin", spectacle inspiré de contes marocains et étrangers. À l’entrée, 13 guides-comédiens inviteront les spectateurs par petits groupes à une déambulation où ils rencontreront, au fil de la visite, des êtres fantastiques à l’image d’un djinn, d’une plante-femme ou d’un oiseau magique. La plongée dans ce monde imaginaire se fera grâce à une succession de scènes, "la structure narrative du spectacle n’étant pas linéaire, mais fragmentaire" explique à ce propos Massaoud Bouhcine, le metteur en scène. Les 9, 10 et 11 octobre à partir de 20h30 au jardin des Oudayas à Rabat.


Cinéma. Carrément à l'oued

Eté 1988, banlieue parisienne. Johnny Leclerc, petit zonard blondinet (Julien Courbey), est persuadé qu'il est arabe. Algérien, pour préciser. Son rêve ? Rentrer au bled… Renversant, c'est ainsi que l'on peut qualifier Il était une fois dans l'oued, nouveau film de Djamel Bensalah présenté jeudi dernier en avant-première casablancaise. Parce qu'il prend le contre-pied des thèmes que sont retour au pays et choc culturel, parle de racisme à l'envers comme en verlan, sort au Maghreb avant de sortir en France et dépeint, volontairement, l'Algérie du "dernier été tranquille avant la guerre". Bref, "troque les balles contre des vannes", résume le réalisateur qui, après Le Ciel, les oiseaux et… ta mère, dénude l'identité dans toute sa complexité, pour mieux en rire. Une réussite, en salles le 12 octobre!


Conférence. Nedali hors classe

Le romancier Mohamed Nedali, auréolé d’un double Prix Grand Atlas (classique et lycéens) pourra enfin expliquer à un large public le secret de son art. Invité par les Instituts français (Meknès le 12/10 et Fès le 13/10), il évoquera l’univers de ses deux romans (Morceaux de choix et Grâce à Jean de La Fontaine ; Ed. Le Fennec). Mais qu’est-ce qui fait le succès de cet enseignant de Tahannaoute, actuellement penché sur son troisième opus ? Son sens de la narration, fluide, linéaire, mais plein de rebondissements. Puis, sa capacité inouïe à faire preuve autant d’humour que de sagacité, en parlant d’un boucher amoureux, d’un mari jaloux, d’un enseignant en mal de promotion ou encore, d’un proviseur corrompu. Du banal génial, quoi !


Théâtre. Sage tolérance

Le metteur en scène Dominique Lurcel et sa troupe joueront à Casablanca la pièce de théâtre "Nathan le Sage". Cette comédie, écrite en 1779 en plein siècle des Lumières par l'allemand Gotthold Lessing, est un véritable hymne à la tolérance. Interdite en Allemagne Nazie dans le cadre de la "lutte contre l'esprit juif", puis première pièce symbolique à être rejouée à Berlin en 1945, "Nathan le Sage" est une pièce "Historique" dans tous les sens du terme. Pleine de suspense, d'émotion et de rebondissements, l'intrigue se déroule à Jérusalem, du temps de Saladin. Un juif, un musulman et un chrétien vont essayer de dépasser les préjugés de leurs peuples au nom de l'amour. à voir absolument. Samedi 11 Octobre à l'IF de Casablanca, 21h.


Electro. DJ Hak’X rules in Dubaï

Et de deux! Une poignée de semaines après s’être imposé au Pacha de Marrakech, DJ Hak’X, Marocain bien de chez nous, a une nouvelle fois raflé la mise sur le stage de Dubaï. Le 29 septembre, le jeune virtuose des platines remportait la finale régionale (Afrique du Nord et Moyen Orient) de Thirst (soif en anglais), compétition inédite de DJing, coiffant au poteau l’égyptien DJ Ouzo et le favori local, Paul Hamilton ainsi qu’une centaine de concurrents triés sur le volet. Lancée en 2002, Thirst a attiré quelque 7.000 aspirants au titre, dont une cinquantaine s’est vue propulsée dans la célébrité. Le Rbati DJ Hak’X, de son vrai nom Soufiane Hakiki, s’attaque maintenant à la finale mondiale de janvier 2006, en Afrique du Sud. Cap sur Cape Town !


Prologues. Maghreb divan

La revue Prologues reste sur sa lancée, sondant les pratiques des sciences sociales. Après l’excellent dossier piloté par Hassan Rachik sur l’anthropologie, voici venu le tour de la psychanalyse. Sous la houlette de Jalil Bennani, dont le magistère sur la Société Psychanalytique marocaine est reconnu depuis peu par Vienne, la revue invite plusieurs de ses pairs maghrébins à disséquer l’évolution de leur discipline. Diagnostic : la Tunisie est bien avancée, l’Algérie en est à ses balbutiements et le Maroc est mieux loti que les deux. Le numéro comporte aussi des textes très inspirés, comme ceux de Fethi Benslama et Ali Benmakhlouf. N°33, Printemps 2005, 30 dh.


Concert. Accordez vos violons

Hamou Agourane, violoniste de son état, est une des figures de proue du renouveau culturel amazigh. Après avoir forgé sa pratique musicale dans les fêtes et mariages du Moyen Atlas (sa région d’origine), Hamou Agourane modernise son héritage amazigh grâce à l’introduction d’instruments modernes. Qui plus est, Hamou Agourane a contribué à actualiser la thématique des chansons amazighes en traitant de questions comme le chômage ou l’immigration clandestine. Une prise de conscience sans doute née pendant ses études universitaires, quand Hamou Agourane fréquentait les milieux intellectuels amazighs très actifs à la fac. Le 13 octobre à 20h30 à l’IF d’Agadir.


Sortie

Les Dionysos, groupe de rock français qui marche fort en ce moment dans l’hexagone, a sorti son album Monsters in love. Les Dionysos avaient composé ce nouvel album lors de 2 résidences d’été à l’IF de Meknès en octobre 2004 et juin 2005. Le Maroc les a bien inspirés.


Hanane fi l’firma

Hanane Fadili est de retour au Maroc après avoir participé à Beyrouth au reality show "Alwadi", la version arabe de la "Ferme Célébrités" diffusée par Tf1. Les téléspectateurs du monde arabe ont pu la voir sur "Nagham TV" traire des vaches, faire sa lessive et la vaisselle, à l’instar d’autres célébrités arabes.


Re-parution

Après sa parution en Juin en espagnol aux éditions Abada, le recueil de nouvelles de Mahi Binebine, Le Griot de Marrakech, paraît en français, en novembre chez Fennec (Maroc) et à l’Aube (France), en Février. Lors de la 5ème édition du festival du film de Marrakech, une exposition photo mettra en valeur l’œuvre de l’écrivain-peintre.



Humeur : My name is Bond

Par Hassan Hamdani

Trois experts australiens en santé publique ont visionné 87 succès au box-office, tous tournés après 1983 et l’apparition du Sida. Les trois cinéphiles en blouse blanche ont noté précisément le nombre de rapports sexuels non protégés entre comédiens. Côté statistiques, James Bond remporte haut la main l’oscar de l’irresponsabilité, loin devant ET, Winnie l’Ourson et Terminator. L’agent 007 ne s’est pas protégé une seule fois avec les James Bond Girl suivantes : Carole Bouquet, Maryam D’Abo, Teri Hatcher, Kim Basinger, Sophie Marceau et Halle Berry. Malgré ces jolies circonstances atténuantes, les trois scientifiques n’ont eu aucune pitié pour James Bond. Ils se sont empressés de tirer la sonnette d’alarme dans une revue médicale confidentielle. La science avait parlé, l’agent 007 est un très mauvais exemple dans la prévention du sida, il serait même un danger pour la santé publique. En Australie, les chercheurs ont trouvé de toute évidence tout ce qu’il y avait à trouver. Désormais, ils tuent le temps au cinéma à tenir des statistiques débiles. Et découvrent émerveillés ce que tout le monde savait déjà : James Bond n’est pas Hakima Himmich. La question scientifique fondamentale était ailleurs : qu’aurais fait Winnie l’ourson face à Halle Berry ?




Le livre

Lorsqu’un Rachid O. crie à hue et dia son homosexualité dans des textes déchirants, il se proclame d’une liberté de beur et révéle une frustration de maghrébin. Lorsqu’un Azzouz Begag s’ingénie à décrire son univers antérieur et son choc face à la culture du père, il exprime une volonté d’intégration et une conscience aigue de son entre-deux identitaire. Lorsque Paul Smaïl publie un opus épatant, Vivre me tue, il met à nu son ambivalence et sa volonté dionysiaque de braver la mort qui le nargue. Cette littérature beur, l’universitaire Fatiha Galaï s’est proposée de la disséquer et d’en ressortir les thèmes phares : la peur, la langue, le racisme, le retour au pays, etc. Cela donne in fine L’identité en suspens (titre de l’essai). Instructif.

Ed. Arci & L’Harmattan

 
 
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