Série : TelQuel entame un tour d'horizon des groupes phares de la nouvelle scène marocaine.
Quelle est leur histoire ? Leur quotidien ? Leur parcours ? Découvrons les héros d'une nouvelle génération.
Hoba Hoba Spirit. Dima dima hayha
Groupe leader de la nouvelle scène marocaine, Hoba Hoba Spirit entonne des refrains repris en chur par leur public. C'est que leurs paroles mi-darija mi-français, ont su frapper les esprits avec humour.
Réda Allali, le vocaliste guitariste de Hoba Hoba Spirit, est le premier à arriver au rendez-vous fixé au café Amistad, la célèbre qahwa de Bassir. Il est venu en voisin, il habite à quelques pas. Oubize, joueur de hajhouje, évoluant aussi bien avec Darga qu'avec Hoba Hoba Spirit, ne tarde pas à le rejoindre, suivi de Saâd le bassiste qui se réveille à |
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peine en cette fin d'après-midi. Ce dernier faisait partie des 14 musiciens poursuivis pour satanisme imaginaire en 2003. L'affaire a d'ailleurs inspiré aux Hoba Hoba spirit leur morceau "Caïd Motorhead" sur leur dernier opus "Blade Schyzo" sorti cet été. Les deux autres membres du groupe ne viendront pas au rendez-vous. Anouar et Adil ont d'excellents mots d'excuse, le premier est en mission professionnelle en France, le second donne un cours de batterie, c'est son gagne-pain. à eux cinq, ils forment le groupe leader de la nouvelle scène marocaine, celui qui peut compter sur le public le plus nombreux à chaque concert. "Si nous sommes la formation le plus en vogue du moment, c'est aussi parce que nous sommes les plus anciens et les premiers à avoir sorti un album ("Hoba Hoba Spirit" en 2003)" explique Oubize pour nuancer cette position de leader. à écouter les trois comparses présents, ils semblent même dépassés par leur succès et l'assument avec plus ou moins de bonheur. Notamment dans le cas de Réda Allali, le membre du groupe le plus sollicité par les médias, celui qui y paraît le plus souvent aussi : "La célébrité, c'est très agréable. Ce que je vis mal par contre, c'est le fait que les gens te mettent une responsabilité sur le dos et t'expliquent ensuite qu'elle est trop grosse pour toi. Or, nous n'avons jamais eu la prétention d'être les porte-étendards d'une génération". Les Hoba Hoba Spirit le sont pourtant devenus pour de nombreux jeunes qui leur écrivent des courriers très enflammés sur le site internet du groupe : "Hoba Hoba, c'est la tribune du peuple marocain. Hoba Hoba porte avec courage et conviction l'étendard de la liberté" selon un fan pour le moins enthousiaste. Signe "chiffré" de l'engouement du public pour les Hoba Hoba, le morceau "Bienvenue à Casa" a été téléchargé sur leur site plus de 10.000 fois le premier mois de sa mise en ligne. Ce qui n'est pas fait pour leur déplaire, d'autant qu'ils considèrent le piratage comme "une légitime défense".
L'esprit de groupe
La réputation des Hoba Hoba a même dépassé les frontières. Ainsi, ils reviennent d'un concert à Barcelone, donné lors de la traditionnelle fête de la Mercè, où ils ont joué devant un public catalan qui ne leur était pas acquis d'avance. Les Remblas ont vibré cependant assez vite sur la hayha musique des Hoba Hoba, "Beaucoup de herragas étaient aussi venus voir ce que faisaient des Marocains sur scène" raconte en plaisantant Réda. Après Barcelone, c'est le Niger qui accueillera les Hoba Hoba Spirit dans 3 semaines, à l'occasion des jeux de la Francophonie où ils représenteront le Maroc dans l'"épreuve musique". "C'est une véritable compétition avec 16 finalistes et des critères de sélection précis" explique Réda. "Mon rêve serait de tomber en demi-finale contre Pascal Obispo (il lui donne envie d'être sourd : ndlr), mais je crois qu'il n'a pas été sélectionné par la France" rajoute-il en plaisantant. "On n'y va pas pour participer, mais pour gagner. Ceci dit, tout dépendra de l'état du terrain" enchaîne Oubize. "On a déjà mis au point notre tactique. On jouera défensif en première mi-temps et attaque en deuxième" chute Saâd pour conclure ce sketch improvisé entre les trois protagonistes. L'esprit de groupe, les Hoba Hoba l'ont sans conteste, c'est même un élément pour durer : "La vie d'un groupe ne se limite pas aux deux heures du concert. Il faut voyager et vivre ensemble deux jours de suite. Maintenir une entente nécessite forcément que l'on soit très uni avec les autres membres du groupe" explique Réda Allali. Même si la line-up du groupe a changé depuis 1998, Hoba Hoba Spirit a gardé cette énergie positive de potes entrés en musique surtout pour rigoler.
Du salon familial à la scène
Tout commence en 1998. Réda Allali et Aboubakr Zehouani sont collègues de bureau dans une boîte informatique le jour. La nuit, les deux informaticiens oublient le langage binaire pour jouer du vieux raï, des standards rock ou de la musique gnaouie dans la salle de séjour de l'un ou de l'autre. "Ces soirées musicales, c'était juste pour déconner. On ne trouvait pas d'endroit intéressant où sortir, alors on passait notre temps à la maison à gratter la guitare" se souvient Réda Allali. Réda et Aboubakr sont bientôt rejoints par Anouar, le jeune frère d'Aboubakr. Réda et Anouar ne se connaissaient pas, mais ils étaient "brother in arms" sans le savoir comme l'explique Réda : "Quand je montais dans l'Oriental voir de la famille, je passais par Guercif. Je me demandais souvent ce que pouvait bien avoir à faire un jeune dans un trou paumé comme celui là. Il se trouve qu'Anouar vivait dans ce trou paumé et passait ses journées à jouer du Bruce Springsteen ou du Neil Young chez lui tout comme moi. C'est d'ailleurs ce décalage qui m'a inspiré Guercif comme lieu de naissance pour Zakaria Boualem (le fameux personnage de fiction inventé par Réda Allali)". 2001 est une date charnière dans la vie du jeune groupe casablancais. Aboubakr quitte les Hoba Hoba Spirit ne désirant pas assumer en parallèle un investissement croissant dans la musique et sa vie professionnelle. Anouar continue quant à lui l'aventure, prenant encore aujourd'hui sur son temps de vacances pour jouer en concert. Privé d'Aboubakr, surnommé l'aoud, les Hoba Hoba hibernent une année durant. En juin 2002, l'arrivée de Adil à la batterie (il en joue aussi au sein de Darga) et Amadou à la basse réveillent les Hoba Hoba Spirit. Ils se mettent à répéter plus souvent et plus sérieusement. "C'était devenu totalement différent, mais en même temps c'était complètement pareil" philosophe Réda. Sous-entendu : le travail est plus intense, mais l'envie de déconner toujours là, et l'énergie punk toujours privilégiée par rapport à la technique pure. Saâd remplace bientôt Amadou à la basse, Oubize vient quant à lui renforcer la formation rock avec son hahjouje. Hoba Hoba Spirit fait le grand saut en 2003 au festival gnaoua d'Essaouira. Ils montent sur scène relativement confiants, et pour cause, "Bienvenue à Casa" est déjà un succès piraté que l'on entend dans les rues d'Essaouira. Ils reviennent au festival gnaoua l'année suivante, mais cette fois sur la grande scène, en première partie des Wailers, pour un après-midi magique resté dans la mémoire des festivaliers. Comme dirait le Marsupilami, personnage de BD, en lançant son célèbre cri de guerre : Hoba ! Hoba ! |