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Pages coordonnées par Hassan Hamdani

Concert. Chay’llah a Dar Dmana

Dar Dmana (Hassan Hmimidi)
“ça fait très bien plaisir” comme dirait petit Jamel ! L’expression peut résumer la prestation de Dar Dmana mardi dernier à l’Institut français de Meknès. Fiche technique : sept enfants de Aïssaouis et un Chamali pour la touche nationale. Des textes mettant côte à côte français, arabe et anglais pour assumer les identités multiples des membres du groupe. Et pour finir, un talent égal à la désormais haute réputation des enfants de la cité ismaélienne. Si vous avez apprécié le rap façon H Kayne - ils n’ont d’ailleurs pas manqué le rendez-vous - vous serez à coup sûr séduits par la fusion sauce Dar Dmana. Et ce ne sont pas les 300 personnes qui ont rempli la salle ce mardi-là qui diront le contraire. Encore moins les notables locaux (le directeur du Mc
Donald’s, le directeur de l’hôtel Ibis et un colonel de l’armée, pour les assoiffés de potins). La recette de ce succès ? Une base musicale puisée dans le fin fond de notre patrimoine, Aïssaoui, Gnaoui, Aallaoui, Reggadi, Taqtouqa, Chaâbi, une dose plaisante de sonorités judéo-marocaines, un soupçon de rock, quelques rythmes funk ou jazzy et un brin de percussion latino. Le tout emballé dans un esprit inlassablement festif. Oui, mais encore ? Une mention spéciale pour le morceau raï du groupe. “Du fond de mon cœur”, est probablement le premier titre raï qui chante l’amour de façon gaie faisant exception aux canons de ce genre musical qui veut que l’hobb soit forcément larmoyant. Merci les gars !


Coup de cœur. La preuve par Ferhati

Interpellé par Abderrahmane Tazi, arguant qu’il fallait cesser de subventionner des films sur les années de plomb, je me suis empressé d’aller voir (enfin) Mémoire en détention de Jilali Ferhati. Le film est construit autour d’un ancien prisonnier politique, amnésique et taciturne (Ferhati alias Mokhtar Alliouni). Il est emmené, malgré lui, sur les lieux pouvant raviver sa mémoire, par le fils d’un détenu, rôle campé avec passion et justesse par Mohamed Merouazi. Le jeune guide pousse son compagnon à bout, pour savoir s’il a vraiment vendu ses compagnons de route, dont son père. Parallèlement, l’ex-amante de Mokhtar (interprétée avec sobriété par Fatima Loukili) rentrée d’exil, le recherche désespérément. Les deux chemins créent un double road-movie. Avec très peu de paroles, des échanges furtifs et denses, des plans serrés, des flash back faisant irruption, le film avance ainsi, jusqu’à ce que la vérité fuse, que la craie, telle une madeleine, rappelle à Mokhtar son passé, et que les chemins des deux amants s’entrecoupent. Un film de cette trempe, on en redemande. N’en déplaise à mon ami Tazi.

Driss Ksikes



Cinéma. Exils

Prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes, Exils de Tony Gatlif est un road-movie sur la quête de racines. Zano (Romain Duris) et Naïma ( Lubna Azabal) entament un voyage à rebours de la France vers la terre de leurs parents : l’Algérie. Ce périple initiatique est ponctué par une musique omniprésente qui fait corps avec le film. Urbaine et mixte à Lille, flamenco à Séville, transe soufi en Algérie, la bande son accompagne les aventures de Zano et Naïma et, parfois même, "se pose en voix off". Tony Gatlif livre avec ce film un message d’espoir à tous les déracinés du monde. Le 15 octobre à 20h30 à l’IF de Casablanca.


Festival de Marrakech. La liste de Kiarostami

Leurs noms y figurent noir sur blanc et ils ne l’oublieront pas de sitôt. 12 jours durant, pendant que les stars de cinéma fouleront le tapis rouge du Festival, huit artistes marocains suivront un Masterclass d’écriture scénaristique animé par un staff de taille : l’Iranien Abbas Kiarostami, aidé de son guest prof Martin Scorsese. Actrices, vidéastes, assistants-réalisateurs, scénaristes… plus ou moins confirmés, mais tous passionnés, les finalistes n’ont plus qu’à se défoncer à la tache afin de pouvoir, pour les meilleurs, présenter fin mai leur projet de scénario au festival new-yorkais de Tribeca, co-fondé en 2002 par Robert De Niro en personne. Bouchra Ijork, Karima Zoubir, Layla Triqui, Maria Karim, Salima Ben Moumen, Mohamed Achaour, Noureddine Tilsaghani et Youssef Berrada sont sur les rangs. Besahha !


Production. DJ Key fait du bruit

DJ Key, Khalid Zaki pour les intimes, et aussi le nec plus ultra des DJ meknassis a décidé, en complicité avec son co-gratteur de platines, Lord Kamaz, de se lancer dans la prod. Résultat de cette cogitation, “Funky Noise”, une société de production entièrement dédiée à la musique Hip Hop, qui a d’ores et déjà pondu un clip pour DJ Key himslef en plus d’un court métrage hip-hop “Maroc Street life” vivement applaudi lors de la Rencontre Internationale de Hip hop à Paris, le 8 octobre. à venir peut-être, un clip pour le deuxième album des H-Kayne. Curieux de découvrir le genre DJ Key ? Rendez-vous au Cleopalace de Meknès, tous les vendredis du mois de ramadan.


Nuits de Ramadan. Ksara avec El Kasri

Qui mieux que ce pilier de la confrérie gnaouie, adulé du public tant pour la ferveur mystique de son timbre que pour sa personnalité d'humble troubadour, pouvait enflammer l'une des nombreuses nuits du mois sacré ? Savant fusionneur des rythmes gnaoui du nord et du sud marocains, l'enfant de Ksar El Kébir a forgé son art dès son plus jeune âge, marchant sur les pas de ses maîtres Alouane et Abdelouahed Stitou. À quarante-quatre ans, El Kasri, particulièrement bien connu des inconditionnels du festival souiri, a plusieurs fois silloné l'Europe pour transmettre sa passion, insufflée par le mari de sa grand-mère, ancien esclave du Soudan. Incontournable. Vendredi 21 octobre, 20h30, Théâtre de l'Institut français de Meknès.


Album. Un connu au bataillon

Insolite artiste que ce Rhany Kabbaj. À en croire un (mini) sondage au sein d'une rédaction perplexe, l'homme fait figure d'illustre inconnu. Au palmarès pourtant éloquent. Ayant grandi entre le Maroc et la Tunisie, ce Marrakchi de naissance, féru de musique latine, s'est concocté un style mariant salsa et rythmes orientaux. Un album mis en boîte au célèbre studio cubain EGREM en 2000, sacré meilleur artiste nord-africain en Afrique du Sud un an plus tard pour son single "Un mot de toi", des concerts à Tozeur, Agadir, Bercy, des accolades avec Khaled et autres Mami, ses clips sur 2M… et même le plateau de Drucker en 2004! Bref, Rhany "revient". Avec El Ayam, son neuvième album (!) produit par Cristal Sound, l'artiste devrait enfin revenir dans les mémoires.


Exposition. Fragments d’Andalousie

L'espace d’art Actua accueille jusqu’au 29 octobre l’exposition "Andalousie, fragments d’architecture arabo-musulmane". La collection, composée d’une trentaine de lithographies, célèbre la Mosquée de Cordoue et le palais de l’Alhambra au travers de détails d’ornementation en stuc, bois et zellige des monuments d’Al Andalous. Durant tout le ramadan, un architecte commentera la visite tous les mercredi de 13 h à 14h30. Et le samedi 22 octobre, en parallèle à l’exposition, se tiendra un récital de chant gharnati et de poésie consacré à l’Andalousie. Y participeront Latifa Ahrrare et Mehdi Ouazzani, le maître du chant gharnati l’Haj Piro et la chanteuse Bahaa Ronda.


Flamenco. Juana la gitane

Juana Amaya Vargas, gitane originaire de Séville, ouvrira à Agadir la semaine consacrée aux "Musiques du Sud", dans le cadre des nuits du ramadan programmées dans tous les Instituts français. Juana Amaya Vargas, considérée comme l’une des gardiennes de la tradition du flamenco, interprète de vieux airs chantés autrefois dans les familles gitanes andalouses. La Sévillane a collaboré, entre autres, avec de grands noms de l’art flamenco comme "El Chocos" ou "El Sordera". Juana Amaya Vargas chante aussi en groupe au sein de la formation célèbre de femmes sévillane : “Las Corraleras de Lebrija”. Jeudi 20 octobre à 20h30 à l’IF d’Agadir.


Série noire

Vainqueur du grand prix de la Nouvelle Tel Quel/Tarik Éditions, Fadel Ataâlah persévère et signe. Commissaire de police et amateur de lettres, Fadel Ataâlah publie depuis deux mois des nouvelles policières chez nos confrères du mensuel Police magazine, revue des forces de l’ordre.


Dites-le... avec des bulldozers

Le célèbre marché des fleurs de la place Pietri de Rabat sera rasé, malgré les protestations des commerçants et des nombreux amoureux de ce lieu historique de la capitale. L’endroit était notamment fréquenté par de nombreux artistes marocains dans les années 60, à l’image de Vigon. Encore un pan de mémoire qui part en fumée.


Kane ya ma kane

7 jours et 7 nuits pour ressusciter notre bonne vieille tradition orale et des dizaines de contes tous les soirs pour consoler les nostalgiques des halqa d’antan. Le rendez-vous est fixé par l’association R’batie Conte’Act du 16 au 22 octobre à Rabat et régions. Les bons contes font les bons amis !



Humeur : Barbuland

Par Hassan Hamdani

Fulla l'a fait ! La poupée syrienne halal a explosé Barbie la blondasse haram. Elle a conquis le cœur des gamines moyen-orientales. Le très sérieux New York Times a annoncé le résultat de la compétition dans ses colonnes il y a peu. Barbie : 30 cm, 350 grammes, américaine, loisirs répertoriés : brushing, shopping, lifting. Face à elle, Fulla : 30 cm, 350 grammes, seul loisir connu: prier. Fulla se couvre de la tête aux pieds, est vierge et fière de l'être, respecte ses parents, est médecin ou institutrice, seuls métiers respectables selon son concepteur. Fulla ou le genre définitivement infréquentable. Barbie, par contre, est une femme mûre, n'a aucune parentèle connue, est oisive comme une héritière, a largué Ken pour un petit jeune plus endurant. Barbie, une femme qu'on aimerait rencontrer au coin d'un bois. Et pourtant, c'est Fulla la sainte-nitouche qui a remporté le combat des mounikate. Pour cause, un petit garçon s'abstient toujours quand sa sœur choisit sa poupée. Pour un gamin curieux de nature, Fulla ou Barbie c'est du pareil au même, un joli 90 60 90 très décevant une fois qu'il l'a déshabillée fébrilement. Nue, Fulla est un bout de plastique tout comme Barbie. Ce n'est ni avec l'une ni avec l'autre qu'il découvrira enfin l'origine du monde. Alors, le petit garçon ne fait pas de chichis...




Le livre

Abdellatif Laâbi est un poète prolixe qui s’accroche autant à l’écriture qu’à la vie. écris la vie est plus qu’un recueil, une collection de textes, poétiques, prosaïques, de circonstance ou d’inspiration. Vous y retrouvez côte à côte, un poème en hommage au regretté Tahar Djaout, une lettre à Florence Aubenas, un hymne à l’humanisme adressé aux madrilènes, contre les terroristes, que des odes absolues à la survie morale, charriant une pensée émue pour les victimes de l’arrogance américaine à Bagdad. Mais tout autour, Laâbi retrouve son individualité, son amour des mots, de la liberté, du corps de la vie et des chemins du savoir et de l’affranchissement. La constance, toujours la constance. C’est la marque de fabrique du poète.

Abdellatif Laâbi. Ecris la vie ; Ed. La différence

 
 
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