Série : TelQuel conclut un tour d'horizon des groupes phares de la nouvelle scène marocaine.
Quelle est leur histoire ? Leur quotidien ? Leur parcours ? Découvrons les héros d'une nouvelle génération.
Dayzine. Ghir bechwiya
Un vocaliste zen, un guitariste stressé, un batteur quinquagénaire, un bassiste taciturne, un claviste éternellement souriant, un saxophoniste fêtard et un clarinettiste bio. Les Dayzine forment un joli bouillon de personnalités. Et leur musique est à leur image.
Sil y avait une chose et une seule à dire au sujet de Dayzine, ce serait que le groupe détient le record marocain en matière de turn-over de musiciens. Une malédiction ? Des caractères incompatibles ? Des sensibilités musicales différentes ? Reconstituons l'histoire. |
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En 2002, Hicham, autrefois vocaliste de Total Eclypse, sans doute le plus célèbre des rock bands marocains des années 90, revient de France après des études universitaires. Il renoue gentiment avec la faune musicale casablancaise, retrouve ses anciens potes et jamme à l'occasion. De son côté, Adil, le guitariste le plus stressé de la place, est dégoûté après de nombreuses tentatives avortées de monter un groupe. Il fait la sourde oreille face à l'insistance de ses amis qui veulent récidiver. Il faut dire que notre homme est une référence en matière d'obstination. Mais ! La bande de l'ACAL - oui, celle-là même qui a réussi le challenge sinon le miracle Boulevard des jeunes musiciens - s'y connaît en arguments persuasifs. Elle finira par l'avoir, à l'usure. Adil et Hicham, qui traînaient une complicité musicale depuis la fin des années 90, signent alors leur pacte de communion. Le groupe portera le nom de kingstoune. S'ensuit un branle-bas de combat pour trouver les autres musiciens. Et nul besoin de rappeler qu'au Maroc, ils ne courent pas les rues. Les plus talentueux ont d'ores et déjà trouvé leur place dans les formations existantes quand ils ne sont pas à cheval entre deux groupes. Alors, on cogite, on cherche, on demande aux amis, mais pas une nouvelle tête ne fera son apparition. Un véritable casse-tête qui se terminera, comme dans la majorité des cas, par le recrutement des musiciens des autres formations. Ce sera fait avec Adil, le batteur de Hoba Hoba Spirit et de Darga. Suivra ensuite, Saâd, bassiste, encore une fois de Hoba Hoba Spirit. Manque un claviste. Yassine répondra présent à l'appel. Kingstoune ressemble désormais à une vraie formation. Et peut prétendre à quelques représentations d'abord sur la scène du Boulevard des jeunes musiciens en 2003 puis lors des after du festival d'Essaouira, de la même année. Le talent est là, le public est preneur, le premier pas est fait. Le reste de l'histoire aurait pu se dérouler tranquillement. Mais non, c'est trop demander. Adil a du mal à jongler avec les agendas de trois formations. Il plie donc bagages. Saâd ne tarde pas à le rejoindre. Re-belote. Plus de batteur, plus de bassiste, plus de musique. Logique ! On reprend son bâton de pèlerin et on repart à la recherche de la perle rare. Des jours, puis des semaines, avant la délivrance. Fayçal, le bassiste taciturne vient équilibrer les choses. Et Nabil, le second batteur fait son entrée en scène. On refait connaissance. On recrée un esprit de groupe. On re-galère avec les répétitions. On re-imagine des textes. On se re-prend la tête pour les compositions. On re-joue au Boulevard des jeunes musiciens, puis au Tanjazz. On remonte sur la scène d'Essaouira et devinez quoi ? On re-perd encore une fois son batteur ! De quoi jeter l'éponge, dirait Gad. Ça fait beaucoup de coïncidences ! Kingstoune serait-il victime d'une malédiction ? Quand même ! Après chaque festival d'Essaouira, le batteur se tirait. à la fin, ça en devenait drôle commente Hicham, le Dalaï Lama de la scène alternative marocaine. Quoiqu'il arrive, Hicham reste d'une zénitude qui frôle la sainteté ! Chaque problème a une solution. Il faut faire les choses petit à petit. Le reste viendra de lui-même etc. Kingstoune, ne pouvant se contenter d'un seul problème, jugent qu'avant de se mettre d'accord sur l'identité du prochain batteur, il leur faut trouver un nouveau nom de groupe, Kingstoune étant jugé ado. La recherche durera près de deux mois avant de se mettre d'accord sur Dayzine : C'est une manière de dire qu'on est juste de passage sur terre, sur la scène, mais ce nom correspond aussi à notre style musical. Transversal.
La fin de la malédiction
La suite est prévisible. Rencontre avec Tabhiri, batteur de son état. Re-Boulevrad. Re-festival d'Essaouira. Re-départ du batteur. La malédiction encore ? Oui, mais on a trouvé Henri après ! Et il est en parfaite symbiose avec l'esprit du groupe rétorque Adil. Et j'ai la ferme intention de m'accrocher renchérit, blagueur, Henri. Quinquagénaire, Henri se fond naturellement dans Dayzine, un groupe de pré-trentenaires. Mais Dayzine n'en est pas à une originalité près. Ils n'ont jamias rien fait comme les autres. Et Henri encore moins. Ce natif du Maroc, revenu au pays depuis six ans, avoue avoir trouvé en Dayzine une recherche musicale qui répond à ses aspirations. C'est une sorte de retour aux sources pour moi. Je me suis toujours senti proche des rythmes traditionnels. Et puis, j'aime la manière qu'a le groupe de les apprivoiser pour mieux les refondre dans un moule jazzy, ou reggae
. Dayzine est un groupe de bosseurs qui aiment faire les choses dans les règles de l'art. Ils travaillent sur partitions, retouchent sans cesse leurs morceaux, prennent leur temps. Perfectionnistes à n'en plus pouvoir. Ce que leur reprochent beaucoup d'autres musiciens vouloir trop en faire !. Disons plutôt que nous croyons qu'un morceau est toujours perfectible explique Hicham. Et puis, on ne fait pas de la musique alimentaire, ni de la musique festive pour la forme. On veut d'abord se faire plaisir et en éprouver en ré-écoutant nos morceaux poursuit Adil. C'est cette recherche perpétuelle qui explique en grande partie la présence au sein de Dayzine d'un saxophoniste, Kendri, d'un clarinettiste, Moulay Ahmed ou encore d'un deuxième vocaliste.
Lalbum arrive
Résultat de ce long et tumultueux début de carrière, le premier album de Dayzine, espéré pour la mi-2006, est en gestation depuis deux ans. Et encore, sur ses 9 morceaux, il en reste encore deux à composer . Sans oublier le jam qui clôturera sans doute en beauté l'opus si l'on se fie aux deux avant-goût proposés sur la compil' Stoune 2. Nass ou Nass et Machi Maaqoul (né au lendemain des attentats du 16 mai) sont partis pour être des classiques. De ceux qu'on écoute sans se lasser. Rendez-vous alors à Essaouira 2006 et croisons les doigts pour le batteur... |