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N° 196
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Karim Boukhari

Palais d’Agadir. Hilali paye pour Majidi

Le colonel major Mustapha Hilali
(Bendi / TelQuel)
Le procès Majidi - Hilali, relatif aux détournements enregistrés au palais royal d’Agadir, a connu un étrange dénouement en début de semaine. Les verdicts vont de deux ans de prison ferme pour le principal accusé, le colonel major Mustapha Hilali, ancien conservateur du palais d’Agadir à six mois pour les autres inculpés. Au total, sept personnes ont été condamnées, contre six acquittements. Mais les jugements ont été rendus en absence de la défense des accusés, ce qui constitue une première dans une cour d’assises. Cette absence était dûe, entre autres, au fait étonnant que la plainte à l’origine même des poursuites, signée Mohamed Mounir Majidi, le secrétaire particulier du roi, s’est tout simplement volatilisée. Majidi, contrairement aux avis
rendus par deux juges à la Cour d’appel d’Agadir (remplacés depuis), n’a jamais répondu à la moindre convocation du tribunal. “On a peut-être dérobé la plainte de Majidi, explique Me Jamaï, avocat de la défense, pour épargner au secrétaire du roi de répondre à une convocation du tribunal”. L’absence de la défense du plaignant et de l’objet même de la poursuite n’ont pas empêché la Cour d’appel de prononcer son jugement. Aucune pièce parmi les “500 à 800 documents préparés par Hilali” n’a été examinée, et personne ne connaît le montant exact des montants détournés. Ce qui a fait dire à la défense de Hilali que “si le roi a le droit d’ester en justice, rien ne justifie que la justice, en la personne du président de la cour, se comporte en caïd des temps révolus”.


Drogue. Même le fils du général…

Comme nous le révélions sur ces mêmes colonnes, le fils d’un général des FAR a été intercepté, sur la route Tanger – Sebta, alors qu’il transportait à bord de son véhicule, un 4x4, une certaine quantité de drogue. L’affaire vient de connaître de nouveaux développements. Le mis en cause, qui se dirigeait vers l’Espagne, transportait en fait 104 kg de drogue ! Après un examen de situation, il a été présenté au parquet de Tanger qui a décidé... de le remettre en liberté provisoire. Ce qui n’a pas manqué de choquer certains magistrats de la ville du détroit, sans parler de l’administration des douanes qui aurait décidé de faire appel. La relaxation du “fils de” cadre mal avec les consignes d’intransigeance appliquées en matière de drogue.


Santaoui. Le roi et le chanteur

Le chanteur populaire Mohamed El Mrini, plus connu à Ghafsaï dans la région de Taounate sous le pseudo de Santaoui, a adressé un courrier à l’IER pour que son dossier soit pris en compte par l’Instance. El Mrini avait été kidnappé et sauvagement torturé au lendemain du putsch de 1971 parce qu’il avait eu le culot de composer une chanson sur l’évènement, quelques jours à peine après le coup d’état manqué. Il croyait bien faire, puisque la chanson commençait par “Malikna hafdou Allah (Dieu a protégé notre roi)”. Le “tube” avait valu à El Mrini plusieurs mois de détention secrète et, par la suite, une carrière artistique vouée à l’anonymat.


Procès. L’Istiqlal dans le collimateur ?

Abdelaziz Laâfora, ex-patron de Casablanca Aïn Chock Hay Hassani, risque d’entraîner de nouvelles personnalités dans sa chute. Une quinzaine de cadres de la commune de Aïn Sebaâ, siège principal des malversations, ont été entendus, mardi dernier, par le juge Serhane. Les convoqués, parmi lesquels on notait quelques parlementaires et figures connues de l’Istiqlal (à leur tête Abderrazak Afilal), ne se sont pas présentés en témoins, mais en accusés. Tous leurs avoirs, y compris les comptes bancaires, ont été bloqués. L’instruction des dossiers ne fait que commencer, mais l’Istiqlal se sent clairement visé.


Loi. Touche pas à mon drapeau !

C’est fait, le Parlement a adopté le projet de loi sur “l’outrage au drapeau”. Dès que la seconde chambre aura adopté le texte à son tour (une formalité), il en coûtera jusqu’à 5 ans de prison et 100 000 dirhams d’amende à quiconque “fera outrage” – sans précision sur ce que cela signifie – à l’emblème national. Ce projet de loi était né après que des manifestants à Laâyoune aient brûlé le drapeau marocain… Enfin, c’est ce que les autorités avaient dit. L’Association marocaine des droits de l’homme s’interroge, aujourd’hui : qui a vu ce fameux drapeau brûler ? Cette scène n’aurait-elle pas été montée pour mieux stigmatiser les indépendantistes ?


Fanatisme. Un chercheur menacé

Après avoir alerté les autorités publiques, le chercheur Saïd Lakhal, spécialisé dans les questions relatives aux “déviations” de l’islam, tant dans la pratique sociale que politique, a adressé une requête à l’Association marocaine des droits humains (AMDH), demandant la “protection” de cette dernière. L’auteur, connu pour ses articles (sur Al-Ahdath Al-Maghribiya notamment) et ses ouvrages, grand spécialiste d’Al Adl Wal Ihsane, a reçu deux lettres de menaces émanant d’une obscure Jamaâ islamique. Il y est invité au repentir sous peine de…


Football. Un géant est mort

Mustapha Bettache est mort la semaine dernière. Bettache est le seul footballeur qui peut se vanter d’être entré dans le dictionnaire après avoir rendu infranchissable la ligne de défense du club de Nîmes, en France. Bettacher (“faire barrage”) y est désormais, écrit, à jamais. Dimanche dernier, c’est tout le monde du foot qui s’est déplacé rue de Reims, à Casa pour un dernier adieu. La fédération et le WAC se sont même presque disputés pour payer les frais d’enterrement de la légende Bettache. Et samedi 23, c'est toute la jeunesse de Mers-Sultan qui lui rendra hommage dans un “match de quartier”. Bettache, c’est l’entraîneur le plus titré de toute l’histoire du football marocain. Celui qui a réussi l’exploit de remporter 3 championnats et 3 coupes du Trône d’affilée. Qui a fait accéder l’OCK à l’élite alors que le club se débattait en seconde division depuis 60 ans. Et pour la petite histoire, celui qui a payé, de sa poche, le transfert de Baddou Zaki, de Salé vers le WAC.


Justice. Les notaires ont le spleen

Selon un projet d'arrêté ministériel, les experts comptables et les écrivains publics auront le droit d'établir des actes notariés. Or, la loi veut que seuls les adouls, les notaires et les avocats installés depuis plus de dix ans puissent dresser ces actes. Les acquéreurs de logements s'adresseront donc aux écrivains publics qui ne facturent pas la taxe notariale (0,5 % du montant d'achat). L'Etat semble faire du social au détriment de la légalité, les écrivains publics n'étant pas une profession juridique organisée. Là encore, le gouvernement nage à contre-courant en dispersant ces professions juridiques au moment ou, sous d'autres cieux, les pouvoirs publics ont plutôt tendance à les regrouper.


Parlement. Le PPS orphelin de Chaâbi

C’est fait, l’homme d’affaires Miloud Chaâbi a officiellement quitté le navire du PPS. Le député a envoyé une lettre de démission datée du 12 octobre où il explique son geste par “des raisons personnelles et professionnelles”. L’information a été confirmée à TelQuel par une source proche du milliardaire souiri. Après la défection de celui qu’on appelle Haj Miloud, le groupe parlementaire de l’alliance socialiste (PPS + Aâhd) ne compte plus que 20 députés. à signaler que Chaâbi avait rejoint le PPS il y a moins de trois ans, en provenance de l’Istiqlal... après avoir failli bifurquer vers le PJD.


Safi. On couvre bien les tortionnaires

Rachid Chriî, le célèbre militant syndicaliste de Safi, n’a pas renoncé à confondre ses tortionnaires. Convoqué, en plein été, par le procureur général de la ville, il a livré les noms de huit policiers et des indications très précises sur deux autres. La démarche s’est faite sur instruction directe du ministre de la Justice, Mohamed Bouzoubaâ. Mais seuls 7 des policiers ont été “entendus”. Pire encore, le meneur des tortionnaires, Abdelmajid Aït El Adraoui, actuellement suspendu de ses fonctions, n’a jamais reçu de convocation. “On ne sait plus où est-ce qu’il habite”, a-t-on répondu à Chriï. “Faux, rétorque ce dernier, Aït El Adraoui habite à deux pas des locaux de la police judiciaire de Safi, et il m’arrive souvent de le croiser !”.


Liberté d’expression. Le Maroc 119ème

Reporters sans frontières a officialisé, jeudi, le nouveau classement mondial de la liberté de presse, version 2005. Le Maroc y figure à la peu réjouissante 119ème place, sur un total de 167 pays. Le royaume reste mieux loti que des cancres en la matière, comme l’Arabie Saoudite (154), la Tunisie (147), voire l’Algérie (120). Mais il passe derrière des pays arabes comme la Jordanie, les émirats, le Qatar ou le Koweit. Inutile de préciser que pratiquement toutes les premières places sont trustées par les pays scandinaves, la France et les états-Unis se contentant quant à eux des 30ème et 40ème places.


People. Ministres à (re)marier

C’est une véritable épidémie de remariages qui semble avoir gagné, depuis quelques temps, le gouvernement Jettou. Au moins trois ministres, et non des moindres, ont en effet convolé en secondes noces. Tel y a été contraint parce que son ancienne épouse ne supportait plus les absences et les contraintes protocolaires de son ministre de mari, tel autre a tout simplement craqué pour une nouvelle venue plus belle, plus jeune, que sa douce moitié. Le “remariement” ministériel a bel et bien eu lieu. Heureusement, pour nos ministres en crise existentielle, tout cela n’a donné lieu à aucun déballage public.


Communauté juive. Berdugo se donne de l’air

Le bureau de la communauté israélite de Casablanca a enfin communiqué le bilan de sa gestion financière pour l’année 2004. Le document, validé par Saâd Hassar, directeur des Collectivités locales au ministère de l’Intérieur, fait état d’une balance déficitaire de près de 800.000 dh. Au-delà des chiffres, ce document est d’abord une réponse de Boris Toledano et Serge Berdugo, qui dirigent le bureau de la communauté, à leurs détracteurs qui désespéraient d’obtenir des comptes. Reste un deuxième point à régler : la tenue d’élections. “Nous avons saisi les autorités locales et des membres du gouvernement dans ce sens, nous signale ce membre de la communauté, à eux de dégager la balle qui est désormais dans leur camp”.


3 questions à Khalid Jemmah (Président de l’association des émigrés clandestins)

(DR)
Vous défendez les clandestins, hier Marocains, aujourd’hui Subsahariens. Que pensez-vous du drame que ces derniers vivent aux frontières maroco-espagnoles et maroc-algériennes ?
Entendons-nous bien, le Maroc, comme tous les états du Sud, est juste un pays de transit. Il est à ce titre victime du phénomène. Et quand ce n’est pas le Maroc, c’est l’Algérie ou la Tunisie. Le royaume a été victime de pressions étrangères, et c’est la réaction des sécuritaires qui a été à l’origine du drame. Rien ne justifie que l’on jette des êtres humains dans le désert. A fortiori quand on sait que les frontières maroco-algériennes sont fermées. C’est comme si on envoyait les gens à la mort, tout simplement..

N’est-ce pas, aussi, une faillite des politiques marocains ?
Les politiques ont été absents, comme d’habitude. Seule la société civile essaie de faire contre-poids aux sécuritaires. Mais les conséquences restent avant tout politiques. Nous avons alerté nos autorités du risque qu’il y a à abandonner les clandestins (récupération par la Minurso, par le Polisario ou l’Algérie). Mais rien n’a été fait.

Disposez-vous d’un bilan des pertes humaines dans les rangs des clandestins ?
Il n’y a aucun bilan officiel, mais nos estimations font état d’au moins trente immigrés morts de soif et d’épuisement dans le désert marocain.



Billet. Coran portable (par Driss ksikes)

Le Coran est à la mode. Et Ramadan aidant, cela se voit en public. Hors mosquées. Dans les trains, les taxis, les bus, les salles d’attente, les jeûneurs trimballent leur Livre discrètement. Un quadragénaire cravaté, propre sur lui, le transporte sous forme audio dans son ordinateur portable. Coiffé de son casque, il apprécie la musique, et les paroles avec. Cette jeune fille, cheveux à l’air, a les yeux rivés sur son Coran de poche. Elle le lit tel un roman, le temps d’un trajet. Cet autre trentenaire, au look de manager très in, en fait autant. Puis alterne, feuilletant un magazine espagnol branché. Ce Ramadan, l’effet Coran portable, individuel, baladé, tranche avec le Coran de masse, en haut-parleurs, consommé, qui inonde la ville. Pour le moment, cette forme urbaine de découverte intime du texte coranique en est à ses balbutiements. Mais elle augure d’une spiritualité qui se redéploie dans l’espace public autrement. Qu’est-ce que cela veut dire, au fond ? Deux lectures possibles. Première option, l’effet multiplicateur du Ramadan crée un effet d’entraînement, voire un conditionnement social. Le rapport à la religion n’est plus circonscrit dans les lieux de culte et chez soi. Il déborde sur les lieux publics. Faute de temps ou d’autres sources d’inspiration. Deuxième option, c’est un premier pas vers la sécularisation. L’islam devient un chapitre parmi d’autres, une option pour le zappeur, une pause pour le lecteur. Le Marocain new-age est musulman, entre autres, à l’identité ouverte, gérant son rapport à la tradition, sans le crier sur les toits, un petit Coran à la main, mine de rien. Cela prouve que les Marocains se débrouillent avec leur foi. Ils n’ont besoin ni d’une tutelle morale d’ouléma aux réflexes surannés ni d’un endoctrinement idéologique de partis aux desseins occultes.



Billet. Tabous pour rire (par Karim Boukhari)

Il paraît que le rire est en crise au Maroc. Que les sitcoms sont nulles, et que les comiques ne font plus rire personne. Je trouve cela drôle. Je connais personnellement quelques comiques et je peux vous assurer qu’ils sont beaucoup plus intéressants, c'est-à-dire plus drôles, que la soupe qu’ils déversent tous les soirs sur les foyers de ce royaume béni des cieux. L’un d’eux m’a dit un jour, alors qu’il en était à sa énième boutade à se tordre de rire : “Comment veux-tu que je fasse rire des millions de Marocains en évitant Dieu, le sexe et le pouvoir ?”. Je vous repose la question et je cherche les réponses éventuelles. Voyons, on peut toujours faire rire en parodiant l’incroyable Mustapha Alaoui (de la RTM) et en empruntant à Karl Zero, comme le fait très bien Hassan El Fad. En chatouillant les CSP A et B comme le fait Gad El Maleh, ou en ciblant, en “frappant” les C, D et E, comme le font la plupart des autres. On peut proposer du rire intellectuel ou militant qui ne fera rire personne, et prétexter que le public est trop bête pour comprendre. Les plus extrêmistes peuvent parfaitement choisir de se projeter dans les années 60 et plonger corps et âme dans l’univers de ce cher Abderraouf, ou voyager encore plus loin dans le temps et l’espace pour se contenter des mimiques d’un Chaplin ou d’un Buster Keaton, parodiées par les clowns au gros nez rouge. En réalité, rien de tout cela n’est convaincant. Nos humoristes, même les moins drôles, n’ont pas leur pareil pour vous sortir, en privé bien entendu, un catalogue de situations salées-sucrées sur nos trois tabous, les seuls capables, à la fin, de nous fédérer dans le rire : Dieu, le sexe et le pouvoir. Autrement, où voulez-vous qu’ils aillent trouver de quoi faire rire ce public de têtes brûlées que nous sommes ?



Vite !

Le dernier passage de Dominique de Villepin à Rabat a porté ses fruits. Une enveloppe de 100 millions de dirhams devrait en effet être débloquée par le gouvernement français pour “aider à la mise à niveau des partis politiques (marocains) face aux échéances électorales de 2007”. Les Américains ne sont pas les seuls à materner la classe politique marocaine.

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Un séminaire sur la lutte anti-terroriste sera animé par des spécialistes du département d’état américain et des agents de renseignement du FBI à l’école nationale de l’administration publique à Rabat. Le séminaire, qui entre dans le cadre de la coopération entre le Maroc et les états-Unis, se tiendra au cours du mois de novembre au profit des agents de la DGST et de la DGSN.

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Après avoir été plusieurs fois retardée, la sortie du quotidien Maroc Soir devra se faire, finalement, courant novembre, probablement à l’occasion du festival de cinéma de Marrakech. Format tabloïd, maquette conçue en Espagne… Seul le prix (3 DH ou 3,50 DH) est toujours en discussion à la direction.

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Jean-Bernard Mérimée, ancien ambassadeur de France au Maroc (1987 – 1991), a été mis en examen en milieu de semaine pour des malversations présumées, liées au programme “pétrole contre nourriture” dans l'Irak de Saddam Hussein. Le diplomate avait longtemps entretenu des rapports avec le royaume, puisqu’il a été nommé, à la fin des années 90, conseiller pour le compte d’une importante banque marocaine.

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Même à la veille du professionnalisme, le football marocain continue de nous livrer des anecdotes à peine croyables. Exemple : pour parer à la grève de ses titulaires habituels, l’équipe de Settat (GNF II) a dû aligner pour son déplacement à Fès, le week-end dernier, un onze composé de cinq gardiens de but, obligés de se transformer en joueurs de champ, et six juniors !

 
 
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