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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"J'ai horreur des gens dociles"

Antécédents
Hammad Kassal
Président de la fédération des PME
1959. Naissance à Taza
1981. Départ vers Grenoble. Licence, puis doctorat en économie
1987. Mariage sous les bombes à Beyrouth
1995. Enseigne à l'ISCAE et crée une société de pistacherie n
2003. Pilote un programme de changement à la CGEM, élu président de la fédération PME
2005. La fédération PME vote à l'unanimité l'externalisation de la CGEM
Smyet Bak ?
Ahmed ben Mohamed.

Smyet mok ?
Rahma bent Mohamed.

Nimirou d'la carte ?
Z 40 684.

C'est facile d'être un âroubi parmi les patrons ?
Je ne suis pas âroubi. Taza est plus ancienne que Fès. Je suis plus de tendance rifie. Je crois que le patronat marocain a beaucoup évolué depuis l'arrivée de Lahjouji. La confédération s'est ouverte sur plusieurs régions du pays.

En 1987, vous faites la connaissance de votre femme (libanaise) en France et fêtez votre mariage sous les bombes à Beyrouth. On ne vous savait pas si romantique, dites-donc ...
Oui, et ça m'a marqué à vie. J'ai découvert un pays qui s'arrache à la guerre, dynamique. Malgré le sang et la destruction, la vie sortait de sous les décombres. Ça m'a donné envie d'être rebelle, dans le sens constructif du terme. J'ai horreur des gens dociles. Je n'ai plus peur de rien, toujours dans le cadre de la légalité. J'ai appris à refuser les dictateurs.

C'est pour ça que vous avez “quitté” la CGEM ?
Je n'ai pas quitté la CGEM. La fédération, arrivée à maturité, a choisi l'externalisation que les statuts permettent. Je me suis toujours exprimé librement au sein de la CGEM. On ne m'a jamais interdit de parler. En fait, la CGEM renvoie une mauvaise image d'elle-même. Elle est mieux outillée que beaucoup de partis politiques et de syndicats, mais elle communique mal.

Votre externalisation est quand même intervenue quelques semaines après une sortie qui a valu les foudres des officiels à Hassan Chami. Ce n'est pas très innocent, avouez !
J'ai été élu en juillet 2003 et l'externalisation faisait partie de mon programme. Depuis, nous avons été autonomes dans nos activités, tout en respectant la philosophie de la CGEM. Nous avons décidé l'externalisation avant la sortie médiatique de Chami. Maintenant, il y a toute la lecture politique qui en a été faite dans un contexte d'hyper médiatisation de la CGEM. Et je tiens à préciser que personne parmi les gens auxquels vous pensez ne nous a appelés ni encouragés à voter l'externalisation.

À terme, vous rêvez d'une confédération de la PME à la française, pour contrebalancer le pouvoir la CGEM ?
Les contextes français et marocain ne sont pas comparables. Nous sommes en train de construire une économie de marché pour sortir d'une économie de rente. Cela veut dire que dans 10 ou 15 ans, nous arriverons peut-être à créer un équilibre entre les grandes entreprises et les PME. Peut-être qu'à ce moment-là, quelqu'un viendra constituer la confédération dont vous parlez. Mais pour les 4 ou 5 ans à venir, nous restons dans le giron de la CGEM, qui demeure une grande entité. Mon rêve, c'est de libérer le petit entrepreneur des tracasseries liées à la justice et à la fiscalité, pour qu'il se consacre entièrement à l'amélioration de son produit.

La CGEM, c'est un club anglais ou un gang de requins ?
Un club de patrons où on agit avec dosage.

Vos prochaines assises sont financées par la CDG, Maroc Telecom, Attijari… Tous ces institutionnels, ça ne sent pas la récup ?
Ils nous font confiance. Il y a aussi la Banque mondiale. Elle nous récupère, aussi ? Nous avons contacté ces gens et leur avons proposé nos thèmes de débat, qui ne sont pas classiques. Ils ont accepté de nous soutenir. Ils ont compris que la vie des institutionnels est liée aux PME. C'est tout de même étrange. à chaque fois qu'un courant porteur d'idées nouvelles émerge, il est accusé de se faire récupérer.

Vous qui faites dans la pistache, ça rapporte, d'amuser la gueule des Marocains ?
J'aime dire aux Marocains ce qu'ils veulent entendre. Le franc-parler n'est plus un délit. Quand il est construit et argumenté, il plaît à tout le monde. Mes affaires me rapportent assez pour bien vivre . Je recherche un enrichissement intellectuel et non matériel. J'ai refusé tellement d'opportunités !

 
 
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