Conséquence logique de la non qualification au Mondial allemand, Zaki a démissionné. Comment un héros national a-t-il pu être déchu aussi rapidement ?
Cest donc fini pour Baddou Zaki. L'annonce de sa démission a pris tout le monde de court. L'homme avait mis une telle énergie à défendre son bilan qu'une telle issue semblait impossible.
Pourtant, le lundi 17 Octobre, les membres du Bureau fédéral acceptaient à l'unanimité la démission de l'ancien héros national. En fait, ils la souhaitaient. Tout s'est joué quelques jours auparavant, chez
le Général Hosni Benslimane. Zaki, profondément abattu, aurait présenté sa démission au Général, trop orgueuilleux pour la présenter à un Bureau fédéral qui ne l'a jamais soutenu et dont lui-même n'a jamais reconnu la compétence. C'est la version de Zaki. Et elle est plausible.
L'entraîneur, qui se disait insensible aux critiques de la presse (il cite régulièrement l'exemple de Aimé Jacquet), a été cette fois choqué par l'intensité de l'attaque médiatique. Parmi les nombreux coups qu'il a dû encaisser, le plus bas a été porté par 2M, lors de l'émission Al majalla Arriadiya. Aux commandes, Hassan Fatih, le taciturne, a orchestré un vrai-faux débat qui n'avait qu'un objectif : démontrer l'incompétence de Zaki. L'animateur a cru bon d'inviter Hassan Fadel, ancien coéquipier de Zaki à Mallorque, qui est venu expliquer à l'antenne qu'il avait eu des problèmes avec l'intéressé, 20 ans auparavant. Personne n'a compris ce que venait faire Hassan Fadel dans un débat consacré à l'équipe nationale et à la non qualification au Mondial allemand. Mais en même temps, tout le monde a compris que 2M, pour une raison inconnue, avait décidé d'avoir la peau de Zaki.
On peut avoir des doutes sur les compétences tactiques de Zaki et estimer les méthodes de 2M douteuses. Il y a aussi les attaques personelles du journal "annoukhba", qui est allé très loin dans l'agression. Dans ces conditions, la brusque déprime du coach national est compréhensible. Toutefois, il existe une autre version : le Général aurait forcé la main de Zaki, qui souhaitait continuer. Quitte à déguiser le tout en départ volontaire pour sauver les apparences... Il n'y a aucune manière de savoir ce qui s'est vraiment passé entre les deux hommes. Par contre, il est facile de deviner qu'à l'annonce de la nouvelle, la grande majorité des joueurs a poussé un immense ouf de soulagement. Car, s'il ne fallait retenir qu'une seule raison pour justifier le départ de Zaki, c'est bien celle-là : il avait perdu l'adhésion du groupe, tout simplement. Personne ne se voyait entamer une CAN (et encore moins une campagne pour la Coupe du monde 2010) avec Zaki. Les cadres de l'équipe ne sont pas allés jusqu'à s'exprimer publiquement. Pas plus qu'ils n'ont livré leurs opinions aux dirigeants de la fédération. On ne leur a d'ailleurs rien demandé. Malgré tout, la dégradation des rapports entre Zaki et le groupe était flagrante. La cassure a commencé au retour de la CAN 2004. En l'absence de véritable star, la presse a porté Zaki aux nues. Elle lui a tressé des couronnes de lauriers : pour une fois, un entraîneur marocain était à la hauteur. Pourtant, le succès tunisien est pourtant à mettre au crédit des joueurs, au moins autant qu'à celui de Zaki. Et l'ancien goal n'a jamais su mettre ses joueurs en valeur. Il n'a jamais renvoyé l'ascenseur, ni devant les médias, ni en privé. Il parle à l'infini de "son équipe", de "sa tactique, de "ses choix". Pire encore : il ne faut pas le provoquer longtemps pour qu'il dénigre en public ses joueurs. En bref, il ramène tout à lui, toujours, et le reste ne compte pas. Ce travers de caractère a été bien évidemment amplifié par la starification dont il a été l'objet. Au cours des éliminatoires de la coupe du monde, Zaki n'a eu de cesse de casser le groupe qui l'avait fait triompher, pour prouver que les joueurs sont interchangeables alors que sa stratégie est immuable. Les joueurs, se sentant constamment menacés, lui ont retiré progressivement leur confiance. Sur le plan humain, les contacts se sont raréfiés - l'entraîneur s'est de plus en plus coupé de tout le monde. Et les choses se sont ainsi lentement dégradées jusqu'au désastre tunisien. Plus précisément, jusqu'au sprint final catastrophique des trois derniers matchs (Kenya - Botswana - Tunisie).
Dans le privé, personne dans le groupe n'a jamais douté de la bonne volonté de Zaki, ni de son enthousiasme. Mais ils sont unanimes à critiquer ses choix tactiques, à se déclarer perplexes devant ses décisions, à ne rien comprendre à sa volonté manifeste d'écarter tous ceux qui lui font de l'ombre, à commencer par les cadres de 98 (Hadji-Chippo-Naybet), à ne pas comprendre pourquoi Fouhami, malgré sa bourde en finale 2004, n'a pas été rappelé en sélection en dépit dune compétition excellente par ailleurs.
Du côté de la fédération, on est également très satisfait de se débarrasser d'un homme réputé ingérable. Il faut maintenant se tourner vers l'avenir. Le successeur de Zaki ne sera pas chargé de rebâtir un groupe. Même si l'on peut s'attendre au retour de Noureddine Naybet, il n'y aura pas de changements majeurs à court terme.
Cette équipe est performante, elle peut jouer un beau football. Elle l'a déjà prouvé. Reste à la remettre dans les meilleures conditions pour quelle donne le meilleur delle-même. Au boulot, donc.
Succession. Les pronostics
Il y a urgence. La Coupe d'Afrique des Nations débute dans exactement trois mois. Il faut trouver un successeur le plus rapidement possible, sachant que l'homme n'aura que deux matchs amicaux à se mettre sous la dent. Les critères ? La disponibilité, la maîtrise du français, la connaissance du football africain. Et le salaire, bien sûr. Apparemment M'hammed Fakhir, l'actuel entraîneur des FAR, serait en pôle position. Une position qu'il doit à son exceptionnel palmarès : deux titres de champion du Maroc avec le Hassania d'Agadir et un autre avec les FAR en quatre ans ! Avec Fakhir, on risque de tomber dans les mêmes problèmes de communication qu'avec Zaki. Le groupe, dans son immense majorité, a grandi en Europe. Si les joueurs ont respecté Zaki jusqu'au bout malgré ses insuffisances, c'est bien à cause de son passé d'ancien joueur, un atout dont ne dispose pas Fakhir. Dautres membres fédéraux privilègient la piste étrangère, plus complexe. Elle est essentiellement française, grâce aux bons rapports qui nous lient à la Fédération Française de Football. Rappelons que Aimé Jacquet nous avait proposé Roger Lemerre au moment où nous avions opté pour Zaki. On parle aussi de Troussier (qui n'est pas chaud), de Deschamps (qui est hors de prix), de Le Guen ou de Guy Lacombe. La chasse à l'oiseau rare est ouverte.