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Par Karim Boukhari
Affaire Ben Barka. Les témoins à la barre
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À gauche, Mehdi Ben Barka.
Au volant, Hassan II. (DR)
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Le dossier Ben Barka repose aujourd'hui sur les témoignages de deux personnages-clés : Miloud Tounzi et Boubker El Hassouni. Sauf revirement des autorités marocaines, les deux hommes devraient être entendus par un juge à Rabat, courant novembre.
Le juge Patrick Ramel, qui instruit actuellement l'affaire Ben Barka, a prévu de se déplacer, en novembre prochain, au Maroc. Il devra emmener dans ses bagages des copies des commissions rogatoires (questionnaires) qui seront remises en mains propres à Jamal Serhane, son homologue marocain. Au moins deux commissions devront figurer |
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dans les bagages du magistrat français : celles concernant deux des principaux témoins de l'affaire Ben Barka : Miloud Tounzi et Boubker El Hassouni. Les deux hommes n'ont jamais été entendus par la justice. Ramel a prévu d'assister en personne à l'audition des témoins, au cours dune séance dirigée par le juge Serhane. Son rôle devra toutefois se limiter à écouter, sans aucune possibilité d'intervenir pour demander d'éventuelles précisions. En plus de Ramel, d'autres personnes devraient assister à l'exécution des commissions rogatoires. Me Maurice Butin, avocat de la famille Ben Barka, de même qu'un ou deux fils de l'ancien leader socialiste. Ces derniers ont prévu une série de contacts avec des personnalités marocaines, y compris officielles, essentiellement pour en savoir davantage sur les dispositions actuelles du royaume. Tous ces déplacements ne signifient, dans le fond, qu'une chose : l'enquête marocaine est pratiquement au point mort alors quen France, une levée partielle du secret-défense a fourni certains indices. L'audition de Tounzi et El Hassouni, si elle se confirme (après 40 ans dattente !), ne constituerait qu'une première étape, un premier signe de la bonne volonté du royaume dans cette triste affaire.
Mais le dossier Ben Barka ne s'arrête pas qu'au sort du célèbre disparu. Il inclut aussi, du moins en France, le sort des quatre truands français, dont le rôle dans la préparation de l'enlèvement est depuis longtemps avéré : Boucheseich, LeNy, Dubail et Palisse. Ces hommes, qui seraient tous morts au Maroc après y avoir prospéré pendant un certain temps, ont déjà fait l'objet de commissions rogatoires, toutes rentrées bredouilles. Les réponses transmises par le royaume se résumaient, dans l'esprit, à la formule suivante : Connais pas !. Le règlement de ce dossier est pourtant prioritaire, plus qu'il ne le paraît. La France a toutes les raisons d'insister, et le Maroc n'est pas dupe. En retrouvant les traces des quatre hommes au Maroc, le royaume reconnaîtrait implicitement son implication dans l'enlèvement et la mort de Mehdi Ben Barka. De cela aussi, il devrait être question lors de la visite attendue du juge Ramel au Maroc.
Miloud Tounzi, alias Chtouki. Celui qui a failli tout dire
Jusqu'au début des années 90, Miloud Tounzi aura été la star la plus frustrée (mais certainement la mieux protégée) de l'affaire Ben Barka. Son sobriquet de Chtouki a circulé dès la révélation du scandale par la presse parisienne. Mais sans plus de précision. L'étiquette Chtouki a longtemps collé, à tort, au dos de certains policiers marocains, pendant que le vrai accumulait les états de services au sein de la Sûreté nationale. Lancés à partir de Paris, les mandats d'arrêt contre Chtouki récoltaient la même réponse à Rabat : Chtouki n'existe pas !. La confusion a été à son comble quand on a appris, par la suite, qu'un certain Chtouki a bel et bien existé, mais sans aucun rapport avec le Chtouki de l'affaire Ben Barka
Discret et élégant, Miloud Tounzi répond au prototype même de l'agent secret. Sa trace, et son sobriquet, ont été retrouvés aussi bien pendant, quavant le week-end fatidique du 29 au 31 octobre 1965, à bord de certains vols réguliers à travers le monde, suivant à la trace les nombreux déplacements de Ben Barka avant sa disparition. S'il y a quelqu'un qui connaît bien le dossier, c'est bien lui. Après une carrière bien remplie au sein de la police marocaine, Miloud Tounzi, bien connu à Azemmour dont il est originaire, semble s'être évaporé dans la nature. En 2002, pourtant, il a entrepris une démarche courageuse mais guère connue de tous. Chtouki a en effet contacté Driss Benzekri, à l'époque président du Forum vérité et justice dans le but de vider son sac, selon la formule consacrée. Le policier a assorti sa confession d'une condition sine qua non : obtenir un sauf-conduit, en très haut lieu, pour sa sécurité. Benzekri ne pouvait évidemment pas s'en affranchir et il s'en était ouvert à quelques amis et contacts officiels. Il est possible que les autorités marocaines aient refusé d'accorder le feu-vert, comme il est possible que la démission de Benzekri du Forum explique le revirement, depuis, de Tounzi qui s'est emmuré dans le silence total. Sans être le seul témoin-acteur de l'affaire Ben Barka, ni le plus important, Miloud Tounzi reste un personnage déterminant dans la recherche de la vérité sur le sort du célèbre disparu.
Boubker El Hassouni, alias linfirmier. Celui qui soigna Ben Barka
Boubker El Hassouni a été, de tous les acteurs de l'enlèvement de Ben Barka, celui dont le nom a circulé le plus tôt. Dès 1965 en effet, le juge d'instruction Louis Zollinger, qui avait en charge l'affaire, avait lancé les convocations et autres mandats d'amener contre un certain El Houssaini. Quand il lui arrivait de répondre à l'une de ces demandes, le Maroc prétextait, sans doute à raison, que El Houssaini n'existait pas ! C'est cela qui a permis, près de quatre décennies durant, de protéger l'anonymat de Boubker El Houssaini, qui a vécu depuis dans une totale discrétion, gravissant les échelons jusqu'au grade de préfet de police avant de prendre sa retraite à la fin des années 90. Homme pieux, issu d'une grande famille slaouie, El Hassouni est un infirmier de formation. Il était donc le médecin des services de renseignements, surtout du temps du CAB 1, au moment de l'affaire Ben Barka. En plus de son rôle d'agent classique écumant les renseignements en tous genres, il devait s'occuper de la santé des pensionnaires involontaires des lieux de détention à la disposition des services, essentiellement de l'administration de certaines substances chimiques et la vérification de l'état de santé des personnes en détention. C'est à ce titre qu'il aurait pris part à l'affaire Ben Barka, dans le fameux week-end du 29 au 31 octobre 1965 qui allait coûter la vie au leader socialiste. Comme Miloud Tounzi, et bien d'autres, ses empreintes devaient être relevées et consignées, depuis, dans les archives de la police française. En 1965, Boubker El Hassouni n'était pas le seul infirmier du CAB 1 et il est possible que son implication dans l'affaire Ben Barka ne soit que le résultat d'un malheureux concours de circonstances. Mais c'est lui, a priori, qui aurait dressé le constat de décès du militant de l'UNFP. C'est également lui qui était censé connaître le mieux les traces de tortures et autres sévices corporels sur le corps du défunt. Son témoignage n'en devient que plus crucial. Vieille connaissance de la police et de la justice française (il a été condamné en 1967, au même titre que Chtouki, à 30 ans de réclusion criminelle), même sous un nom à l'orthographe mal ordonnancée, El Hassouni vit toujours au Maroc. Il aurait gardé des rapports avec la plupart de ses anciens compagnons auxquels il avait l'habitude de rendre de menus services. |
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Chabiba. Les électrons libres
Ce sont les ex-journalistes d'Annachra, organe de la jeunesse ittihadie. Une grande partie d'entre eux a rejoint lhebdomadaire Assahifa. Pendant un moment, on y retrouvait plus de cinq ex-Chabiba en plus de Mohamed Sassi, ex-secrétaire général de la même organisation. "Tout le monde s'est beaucoup assagi depuis et l'USFP est considéré par la rédaction comme une formation politique comme les autres", confie un membre de la rédaction d'Assahifa.
Annachra, pour rappel, a été interdite par le premier secrétaire général de l'époque, Abderrahmane Youssoufi après une série d'articles critiques à légard de l'alternance. La disparition du journal donnera très vite lieu à la déconfiture de l'organisation elle-même, avant que de nouvelles élections ne portent de nouveaux venus à sa tête. Le journal ne refera cependant pas sa réapparition. Depuis, la jeunesse du parti souffre d'une certaine léthargie et ne s'exprime plus qu'à travers des espaces tolérés dans Al Ittihad Al Ichtiraki. |
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