Sujet
Actu Économie
Presse algérienne. Chronique d'une mort programmée
Affaire. Après le roi, le chaos
Point de vue. Le drame de la télé-ramadan
Histoire. Le Che, le Polisario et nous
Rapport. Sexe, drogue et ramadan
Musique. Je scratche donc je suis
N° 197
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Presse algérienne. Chronique d'une mort programmée
Affaire. Après le roi, le chaos
Point de vue. Le drame de la télé-ramadan
Histoire. Le Che, le Polisario et nous
Rapport. Sexe, drogue et ramadan
Musique. Je scratche donc je suis

Par Saâd Chraïbi

Point de vue. Le drame de la télé-ramadan

Amina Rachid et Saïd Naciri,
dans la sitcom El Aouni (Sur la 2)
Le cinéaste et producteur s'insurge contre la médiocrité, récurrente, des programmes du ramadan. Et suggère des issues.


Qu'arrive t-il à nos créateurs ? à quoi jouent les programmateurs et commanditaires d'émissions de ramadan dans les chaînes de télévision ? à voir la nature, le contenu et l'habillage des programmes nés dans leurs sombres studios, force est de constater qu'ils font du sur place, voire du ressassé. Toutes émissions confondues. Il suffit de revoir les produits d'humoristes et autres scénaristes d'il y a cinq ans pour constater la similitude, voire le mimétisme flagrant qui les caractérise.
Mêmes histoires, mêmes décors, mêmes personnages, mêmes situations, la ressemblance est troublante.
Que se passe-t-il dans les coulisses ? Lorsqu'on se tourne du côté des créateurs, ils invoquent les conditions de préparation : temps de conception et d'écriture insuffisants, temps de préparation de tournage et de finition précipités, budgets limités, etc. Il est vrai qu'à chaque fin de ramadan et après que tout le monde ait décrié la médiocrité ambiante, le mot d'ordre, devenu une antienne, est sur toutes les langues : “Nous allons préparer ceux de l'année prochaine dès maintenant, nous allons prendre le temps et le soin nécessaires pour bien les faire”. Que de bonnes intentions !
En réalité, rien ne se fait. Chacun se tourne vers son gagne-pain quotidien et tout le monde attend les deux ou trois mois qui précèdent ramadan pour se mettre au travail. Les responsables de programmes et de production dans les chaînes se défendent comme ils peuvent. Ce leitmotiv, caricatural, leur tient dorénavant de justificatif : “L’audimat et le public en redemandent. Les annonceurs suivent. Et nos moyens ne nous permettent pas de faire plus”.
Dans tout ce marasme, c'est la qualité créative qui accuse le coup. C'est l'image et le niveau des artistes qui stagne, voire qui recule. Et c'est le public, au nom duquel tout le monde parle, qui consomme, s'abêtit et s'aliène. Comment rompre ce cercle infernal ? Peut-être faudrait-il en finir avec ces préparatifs de programmes qui se font à la hâte, à la veille du mois de ramadan. Il est vrai que même si une réflexion était menée, dès demain, au sein de nos télévisions nationales, cela ne chamboulerait pas les programmes pour autant. Il faudrait vraiment injecter des idées concrètes, intelligentes, innovantes pour que l'effet s'en ressente d’ici un an. Tout comme il faudrait impliquer les sociétés de production dans l'immédiat. Cela leur laisserait le temps de faire écrire par les dramaturges un contenu réfléchi, diversifié et surtout empreint d'un nouveau souffle. Les temps de préparation, de tournage et de finition s'en ressentiront, in fine.
Tout cela devient une nécessité à la veille de l'ouverture de l'espace audiovisuel marocain, qui, nous le savons maintenant, va se traduire dès l'année prochaine par la mise sur orbite de plusieurs chaînes privées. Ces dernières fonctionneront avec d'autres critères : la rigueur de gestion, une ligne éditoriale claire et assumée et surtout, une qualité de programmes et d'émissions avec le label zéro défaut. Nos chaînes nationales ont donc tout intérêt à être vigilantes, car la compétition sera acharnée et la médiocrité ne trouvera plus preneur, ni chez les annonceurs, ni chez les téléspectateurs.
Les deux risquent de se tourner vers le mieux offrant et nos chaînes nationales risquent de se trouver reléguées au rang de quémandeuses de publicités, donc de moyens de survie. Parce que si l'état libère ce marché, c'est aussi pour signifier aux chaînes nationales que c'est la loi de l'offre et la demande qui régnera et que ses subventions ne pourront plus suivre dans les mêmes proportions. à moyen terme, la survie des chaînes nationales est en jeu.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés