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Par Hassan Hamdani

Rapport. Sexe, drogue et ramadan

(AFP)
Comment les Marocains font-ils pour concilier haschich, sexe et jeûne pendant le ramadan ? Des études scientifiques, encore isolées, tentent de répondre.


Les études sur les effets du ramadan sur la vie quotidienne des Marocains sont une denrée rare. Elles sont même quasi-inexistantes quand il s’agit d’analyser ses répercussions sur la sexualité de tout un chacun, ou son influence sur les consommateurs réguliers d’alcool ou de stupéfiants. Sur ces 2 points, à l’exception d’une étude menée en Malaisie, les rares documents chiffrés sont marocains (Bravo pour une
fois !). Ce sont des études menées en 2003 et 2004 sous la direction de Nadia Kadiri, psychiatre au centre Ibn Rochd, pour le compte de la Fondation Hassan II pour la recherche scientifique et médicale sur le ramadan. Les conclusions de ces études sont plutôt édifiantes.

Tu ne forniqueras point !
Une chose est sûre, le ramadan nuit gravement à la libido. La prostitution augmente certes, mais au sein du couple, c’est le plus souvent le désert en termes de câlins. Le chiffre le plus parlant ? Près de 50% des sondés, hommes et femmes réunis, éprouvent une aversion pour le sexe en période de ramadan. Ils n’étaient que 25% avant le début du mois de jeûne. Mieux encore, 11% de l’échantillon n’ont plus aucune relation sexuelle pendant leramadan. Quant à la fréquence des rapports sexuels, un tiers des sondés ne s’expriment au lit qu’une malheureuse fois par semaine. C’est une sérieuse baisse de régime puisque la majorité des consultés faisaient l’amour 2 à 3 fois par semaine en temps normal. Le ramadan influe sur la quantité, mais aussi sur la qualité des rapports sexuels. Dans un tiers des cas, les personnes ressentent moins de plaisir. Et les petits bobos de l’amour vont bon train : les douleurs chez les femmes pendant l’amour (dyspareunie) sont multipliées par 3. Côté hommes, les dysfonctionnements érectiles et les troubles éjaculatoires connaissent aussi une progression, mais relativement légère cependant.

Tu buvais ? Fume désormais !
Sur les 100 personnes concernées par l’étude “Alcool et ramadan”, la majorité des buveurs ne respectent pas le délai d’abstinence des 40 jours avant le ramadan. Ils ne mélangent pas “chaâbane et remdane” et arrêtent de boire en moyenne 24 jours avant le début du ramadan. Les autres boivent encore la veille tandis qu’un obstiné a continué à boire pendant tout le ramadan. “Il vivait dans un état de solitude et de culpabilité totales” précise Nadia Kadiri. Malgré le manque d’alcool, l’équipe du centre psychiatrique Ibn Rochd n’a eu cependant à constater aucun cas de delirium tremens (délire alcoolique aigü), pouvant succéder à un sevrage brusque chez les personnes interrogées. Il faut dire que l’alcool remisé au placard, c’est la consommation de haschich qui augmente pour compenser les effets de manque. Ce constat est fait par tous les dealers qui s’approvisionnent en conséquence en période de ramadan pour répondre à la demande croissante en fumette apaisante. Chez la secte des Haschischins, entre le Moghreb et le Fjar, le temps manque cependant pour fumer sa dose habituelle : “Une partie de l’échantillon consommait 20 joints par jour, une semaine avant le ramadan. Leur consommation chute à 15 joints pendant le ramadan. Mais l’effet du cannabis est accentué, car il est consommé sur une période plus courte” explique Nadia Kadiri. Quant aux psychotropes ( Karkoubi et autres cachets), leur consommation augmente de 10 à 15 %.Pour combler le manque, ou moins y penser moins, beaucoup d’interrogés ont aussi une recette très insolite : les jeux de société, activité qui ne faisait pas partie de leurs loisirs habituels.

T’es énervé ? Tape sur tes proches !
60% des cas étudiés par l’équipe de Nadia Kadiri se sentent très irritables en journée pendant le ramadan du fait du manque en tabac, alcool, stupéfiants ou psychotropes. En outre, ils souffrent de maux de tête dans 50% des cas. “L’irritabilité se manifeste essentiellement dans le cadre familial” explique Nadia Kadiri. Et au sein du couple à fortiori. Ce fait est confirmé par d’autres études menées sur la violence pendant le ramadan par l’Institut médico-légal d’Ibn Rochd. Certes, même en temps normal, la conjugopathie (violence au sein du couple) arrive en tête des motifs de consultation de cet institut. Mais le ramadan vient mettre de l’huile sur le feu. Les consultations médico-légales augmentent de manière notable durant cette période, les disputes tournant souvent autour du panier de la ménagère : “La femme peut réclamer des ch’hiwate, le mari en avoir marre et la frapper”, précisait dans nos colonnes, ramadan dernier, le docteur Nawal Hamdouna médecin à l’Institut médico-légal. Le manque d’alcool joue alors un effet aggravant : “Les personnes qu’on arrête pour violence sont souvent les mêmes. Avant, ils se battaient car ils avaient trop bu. Pendant le ramadan, parce qu’elles n’ont pas bu”, raconte pour l’anecdote un policier. Al khamr, facteur criminogène pendant le ramadan, voilà autre paradoxe marocain.



Études. La méthodologie

Dans le cas de l’alcool, des drogues et du ramadan, les études du centre psychiatrique Ibn Rochd ont été menées sur un échantillon représentatif de 100 hommes jeûneurs. Pour l’étude sur le sexe et le ramadan, 113 personnes âgées en moyenne de 35 ans ont été interrogées sur leur sexualité pendant le “mois sacré”. Leur niveau social était relativement élevé tout comme leur niveau scolaire. En outre, ils étaient mariés dans les 2/3 des cas. Toutes les personnes interrogées l’ont été à trois reprises. Une fois avant le ramadan et 2 fois au cours du mois de jeûne, afin de pouvoir comparer les données recueillies sur une période significative.

 
 
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