Chez nous, si un pauvre va au tribunal, cest quil est accusé, jamais quil a porté plainte.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem, en digérant devant le journal télévisé de France 2, a eu l'occasion de découvrir une histoire étonnante. Elle se passe en Russie.
Résumons l'affaire. Nous appellerons arbitrairement le héros Igor. Enfin, arbitrairement, je m'avance un peu puisqu'il s'agit là d'un hommage modeste à Igor Belanov, brillant attaquant de l'Ukraine soviétique injustement éliminé de la Coupe du monde 1986 par deux erreurs d'arbitrage flagrantes contre la Belgique, avant de sombrer aussitôt dans l'oubli après ce match catastrophique. Vous l'avez peut-être oublié, mais Zakaria non. Igor, donc (celui de France 2, pas le footballeur) en a marre que son colocataire lui pique de la bouffe dans leur frigo commun. C'est vrai que c'est énervant. Alors Igor place une webcam qui filme l'immonde voleur, et porte plainte, fichier vidéo à l'appui. Le tribunal russe condamme le colocataire à effectuer des travaux d'intérêt général, et c'est la fin du reportage. Cette histoire a soulevé dans l'esprit du Guercifi une série de réflexions que je m'en vais vous lister plus bas, puisque c'est mon travail :
1. Le Russe, quand il a un problème, porte son problème devant les tribunaux. Igor a confiance dans la justice de son pays. Ce qui est normal car :
2. La justice russe sait ce qu'est une webcam. Chez nous, on se demande si nos juges savent ce qu'est un ordinateur. Par contre, on sait très bien depuis quelques années qu'ils ne savent toujours pas ce qu'est Internet, ni le Hard Rock d'ailleurs.
3. La situation financière d'Igor n'est pas brillante. Il est obligé de partager son appartement avec des gens louches. C'est courant en Russie, d'après le reportage de France 2. Mais ça ne l'empêche pas de porter plainte, ni d'aller défendre ses droits devant les tribunaux.
Chez nous, quand un pauvre va au tribunal, c'est parce qu'il est accusé. Il ne porte jamais plainte, ça coûte beaucoup trop cher. |
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4. Les tribunaux russes savent ce que sont des travaux d'intérêt général. Les nôtres continuent à envoyer tout le monde en prison. Les coupables, les innocents, les louches, les presque louches et les futurs louches.
Allez savoir pourquoi, Zakaria Boualem a fait le lien entre cette affaire et une autre histoire qu'il a entendue cette semaine. Celle-ci se passe chez nous. Saïd veut se marier avec Julie, originaire de Basse Normandie. La police marocaine, avant de marier les deux tourtereaux, fait son enquête, comme il se doit. Au cours du baht, un policier demande à Saïd, sur le ton de la confidence virile, comment ça se passe au lit avec Julie. Saïd, tout étonné de se faire copain avec un policier, lui répond : "Très bien al hamdoullah, et toi ?". Du coup, Saïd est passible de six mois de prison pour pratique intempestive du sexe en dehors des liens sacrés du mariage. Il proteste, argumente sur le thème : "De toute façon, je vais me marier, c'est d'ailleurs pour ça que je suis là, alors qu'est-ce que ça peut bien vous faire". Le policier s'en fout, il tient Saïd - qui finit, comme il se doit, par lâcher quelque 2000 dirhams pour se sortir d'affaire. Rappelons que le policier avait comme mission de vérifier qu'il ne s'agissait pas d'un mariage blanc. Sa question, et surtout la réponse de Saïd, auraient dû le convaincre qu'il ne s'agissait pas d'un mariage blanc, mais rose.
Mais le policier se fout de son enquête initiale. Il a changé d'objectif au milieu de l'affaire, soudain. Saïd, de futur marié est devenu futur condamné, soudain. Ce changement de statut n'est pas étonnant puisqu'à la minute où il a pénétré dans le commissariat, il est devenu suspect, comme tout le monde. Non, pas soudain : c'est depuis qu'il est né. Conclusion de l'affaire : le policier a gagné 2000 dirhams, il est content. Igor aussi est content. Saïd, lui, est moins content. Il devra se priver du groupe de chaabi à 2000 dirhams qu'il comptait programmer pour sa fête. Julie, elle ne comprend rien à cette histoire de fous. Et Zakaria Boualem non plus. |