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Par Karim Boukhari
Amazighs : Bilan d'une ouverture
Voulu et encadré par l'état, mais développé par des amazighophones convaincus, le renouveau de l'amazighité, qui a déjà touché des secteurs comme l'enseignement ou la politique, s'étend désormais au cinéma et à la télévision. Explications.
Nous refusons le statut d'assistés ou de parents pauvres (de la culture audiovisuelle). Ahmed Boukous, directeur de l'IRCAM (Institut Royal de la Culture Amazighe), homme courtois et pondéré, ne mâche pas ses mots pour qualifier l'oubli dans lequel l'expression amazighe a été jetée des décennies durant. Notre droit de cité dans les médias publics doit |
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s'exprimer au moins à hauteur de 30%, c'est l'affaire de tous. C'est surtout l'affaire du ministère de la Communication. Le ministre de tutelle et porte-parole du gouvernement, Nabil Benabdellah, a dévoilé, en début de semaine, les grandes lignes du renouveau amazigh, à travers les médias publics. à partir de janvier 2006, 2M diffusera un flash d'information quotidien, en plus d'une émission de débats hebdomadaire, d'un quota de 2 heures de chansons par mois (4 heures pour TVM) et de 12 téléfilms ou pièces de théâtre amazighophones par an. Sans oublier la production, en amont, de téléfilms en support numérique, qui a l'avantage de réduire les coûts (60 à 70 000 dh par film) et de la préparation d'une émission politique dans le style Hiwar, devenue référence en la matière. Le même effort sera déployé au niveau de la chaîne Al-Maghribiya, de la 4ème, et de la Radio Nationale, avec notamment la création d'une nouvelle station régionale à Al-Hoceima. Les deux principaux écueils, relatifs à la langue utilisée et à l'argent nécessaire pour le montage de ces opérations, ont été réglés, d'après le porte-parole du gouvernement, de la manière suivante : Les flashes d'information seront présentés dans une langue amazighe unifiée (sur laquelle l'IRCAM planche actuellement), l'argent proviendra des fonds propres au département de la Communication. Dans tous les cas, aucune chaîne de télévision amazighophone ne sera autorisée à voir le jour. Sur ce point, Nabil Benabdellah comme Ahmed Boukous ont accordé leurs violons : Le but est d'intégrer la composante amazighe dans le paysage existant, pas de l'en exclure.
Dans l'immédiat, 2M et TVM sont appelées à acquérir des produits finis et à accompagner le montage financier de projets en préparation. Ce n'est pas une mince affaire. Les deux chaînes auront à défricher le patrimoine amazigh existant et effectuer une très fastidieuse opération de triage parmi les 72 vidéo-films, 25 pièces de théâtre, 65 recueils de poésie et 7 romans répertoriés par les soins de l'IRCAM. Ce patrimoine peut paraître imposant, mais il est de constitution relativement récente, remarque Ahmed Assid, chercheur à l'IRCAM. Les premiers films ne datent que de 1993, les pièces de théâtre remontent à 1991, et les recueils de poésie à 1976. Conséquence directe : les techniciens de cinéma, de théâtre et de l'écriture en général ne sont pas légion. Pour combler la lacune, l'état, en collaboration avec l'IRCAM, a invité le CCM (Centre Cinématographique Marocain) à monter un atelier de formation à l'écriture cinématographique. On aura fort à faire, souligne Mohamed Bakrim, cadre au CCM, quand on sait que l'écriture pose problème au-delà de la langue, qu'elle soit arabe, amazighe ou française. La première difficulté, au-delà des bonnes intentions affichées, sera la mise en place d'une démarche qualité qui semble pour le moins compliquée. Aujourd'hui, poursuit Bakrim, l'état veut nous imposer des quotas pour le nombre de films amazighophones à financer. Cela ne peut pas marcher car le seul quota possible reste le langage cinématographique. Le CCM, concrètement, aura à examiner un projet de film intégralement amazighophone (une première) lors de la prochaine session du fonds d'aide, prévue les 12 et 13 novembre. Dans un deuxième temps, le centre ouvrira les portes de son laboratoire de développement aux films tournés en numérique et qui pourront toujours être transférés en 35 mm, condition sine qua non de leur diffusion au-delà du ghetto communautaire. Sans parler du projet d'un festival du film amazigh pour lequel le CCM, de toute évidence, attend de disposer d'un stock suffisant en produits de qualité. Ce qui est sûr, en attendant la poussée d'une nouvelle génération de réalisateurs et d'acteurs de qualité, c'est que le rythme actuel de la production amazighophone (une moyenne de six films par an) ira crescendo, et probablement aussi le nombre de boîtes de production (cinq, actuellement).
Tous ces efforts sur l'audiovisuel seront supervisés par l'état, via le département de la Communication, mais aussi par l'IRCAM. L'Institut, qui tourne depuis 2002 avec un budget annuel de 70 millions de dirhams puisés dans les fonds réservés au palais royal, et un personnel de 100 salariés et 200 contractuels, ajoute ainsi une autre corde à son arc. En plus de gérer sept centres de recherche (histoire, linguistique, informatique, pédagogie, etc), le centre aura à émettre des expertises sur les images qui représenteront le monde et la culture amazighs. C'est une nécessité, estime Ahmed Assid, la télévision est réellement une priorité parce qu'elle cible tous les Marocains, qui sont quand même 57 % à être amazighophones. Et c'est tant mieux si cela signifie un surplus de travail pour l'IRCAM, puisque ce dernier ambitionne de devenir une référence internationale de l'amazighité.
La légitimité des démarches en cours est également prônée par Ahmed Dgharni, au nom du PDAM (le Parti Démocratique Amazigh Marocain), pour des raisons encore plus terre à terre. Ce sont les lois du marché qui imposent leur loi à la télévision marocaine puisque la cible amazighophone est supérieure à 50% de la population, sans parler des MRE qui consomment en priorité les produits estampillés amazighs. |
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Amazighité. L'éducation dabord
Le renouveau amazigh ne serait rien sans le coup de pouce (de l'état) à deux secteurs vitaux : la politique et l'enseignement. Après des efforts répartis sur cinq ans, le Parti Démocratique Amazigh Marocain ou PDAM a enfin vu le jour, officiellement en 2005. Même si le parti n'est reconnu que du bout des lèvres par l'état (procès-verbal établi par huissier de justice sur la constitution du PDAM en août 2005), il a le mérite d'exister. Basé à Rabat, mais implanté dans diverses régions du royaume, le PDAM défend le pluralisme et la diversité des croyances et des idéologies, ce que, dixit Ahmed Dgharni, l'un de ses fondateurs, aucun autre parti existant ne défend clairement. Reste à lui trouver une place sur l'échiquier politique et à déterminer, surtout, son impact populaire, probablement à l'occasion des consultations électorales, en 2007.
Les choses sont allées plus vite pour l'enseignement de la langue amazighe, qui en est déjà à sa 3ème rentrée scolaire. étendu aujourd'hui à 1200 classes à travers le royaume (347 seulement, il y a encore deux ans), il ne lui reste que deux obstacles avant de prétendre à la généralisation : le nombre d'enseignants jugé insuffisant (1000 à 1500 sont en formation chaque année) et l'absence de modules et filières universitaires. Deux défauts en cours de correction. |
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