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N° 198
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Exportation. Le plan de la dernière chance

La proposition de l’ASMEX prévoit
le regroupement des intervenants
dans la promotion des exportations
en une seule entité. (AFP)
L’Association Marocaine des exportateurs aprésenté un plan à Driss Jettou. Sa mise en place s'étale sur deux ans. Il faut du souffle et surtout ne pas se perdre en route.


Fin octobre, l'Association Marocaine des Exportateurs (Asmex) a présenté une stratégie pour la promotion des exportations. Elle était attendue depuis 14 mois et elle devrait aboutir d'ici janvier 2006, à un contrat programme entre le gouvernement et les exportateurs. Mais il faut, avant cette date, discuter argent, tutelle et organisation. En 2 ans, les exportateurs promettent une croissance globale de 7% de nos
exportations et une augmentation de 10% de nos parts de marché dans les pays où nous exportons déjà. Le gouvernement lui, doit mettre la main à la poche et jouer la carte de la diplomatie économique.
La question de la promotion des exportations ne date pas d'aujourd'hui. Elle traîne dans les couloirs ministériels depuis une dizaine d'années. Mais vu que les exportations ont réalisé une croissance négative sur les deux dernières années, la question devenait urgente. Il y a un peu plus de 14 mois, Abderrazak Mossadeq, le défunt ministre des Affaires Générales et de l'économie, avait, avant son départ du gouvernement, proposé d'unifier tous les organismes de promotion des exportations au sein d'une seule entité. à titre indicatif, le Maroc compte pas moins de cinq établissements de promotion. Et même avec cela, les scores du pays laissent à désirer par rapport à son potentiel et aux performances de ses concurrents. Il se trouve que ces organismes sont financés par une taxe (Taxe Parafiscale à l'Import) qui ne génère que 200 millions de dirhams par an. Cette enveloppe, toute misérable qu'elle soit, est répartie entre les cinq opérateurs à raison principalement de 25% pour le CMPE (Centre Marocain de la Promotion des Exportations), 10% pour la Maison de l'Artisan et 40% pour le mystérieux EACCE (Etablissement Autonome de Contrôle et de Coordination des Exportations), un organisme dont on la plupart des exportateurs n’ont jamais entendu parler. Mossadeq avait pensé à les regrouper tous pour éviter que les budgets ne se perdent. L'idée était bonne, mais “trop générale”, selon l'Asmex. Surtout que le ministre voulait également y intégrer la Direction des Investissements étrangers. Les exportateurs de produits industriels ont refusé la proposition Mossadeq. Driss Jettou les a alors incités à en faire une autre.

Toujours le regroupement
Que proposent-ils ? D'abord mettre fin à la balkanisation de la promotion. L'Asmex penche vers le regroupement du CMPE et de la Maison de l'Artisan. “Mais attention, il ne s'agit pas uniquement d'un regroupement organisationnel. Il faut éliminer tous les obstacles pour une efficacité opérationnelle maximale”, met en garde Abdellatif Belmadani, président de l'Asmex. Et il n'a pas tort. Le plus grand handicap du CMPE réside dans son statut. C'est un établissement public soumis aux mêmes règles des engagements de dépenses que le reste des appendices de l'état. Exemple : quand une association professionnelle désire participer à une foire internationale, elle le fait en partenariat avec le CMPE. De ce fait, une partie du financement est prise en charge par l'établissement public. Sauf que la lourde procédure comptable et les règles de contrôle font que les budgets arrivent souvent en retard. L'Association n’a alors que deux options : soit elle paie de sa poche en attendant le remboursement, qui peut traîner pendant des mois, soit elle baisse les bras et renonce à la foire. C'est ce qu'a fait l'Amica (secteur de l'automobile) qui, faute de moyens, a du renoncer à un salon aux états-Unis.
“Il faut aussi régler le problème de la tutelle. Il n'en faut pas cinquante, mais une seule”, martèle Belmadani. La question de la tutelle risque de faire des malheureux. La proposition de l'Asmex veut rattacher l'organisme de promotion au ministère du Commerce Extérieur. “On ne pourra pas travailler si on passe notre temps à chercher la validation des tutelles”, explique-t-il. Une fois la tutelle, elle aussi, regroupée, il restera à doter l'organisme de ressources suffisantes. L'Asmex parie sur un budget de 400 millions de dirhams. Le double de l'enveloppe actuelle. “Une fois la structure mise en place, il faudra recruter, former, payer les prospects, le démarchage…Le client ne viendra pas vers nous. Nous devons aller vers lui et le convaincre que nous sommes meilleurs que la concurrence. Et cela demande des moyens”, souligne avec force Belmadani. En fait, les 400 millions de dirhams seront dispatchés en fonction des marchés et de la mission.

Des antennes, des relais, mais aussi des ambassades
Le nouvel organisme, tel qu'imaginé par l'Asmex, aura huit antennes à l'étranger avec un budget de 200 millions de dirhams. Cette option couvrira les pays où nous sommes fortement actifs (Maghreb, Europe et états-Unis). à cela s'ajoute la création de relais dans dix pays cibles : pour une facture 60 millions de dirhams, soit 6 millions par pays pour mener des actions ciblées. “Les relais sont une bonne idée, mais ils manqueront de spécialisation”, critique un industriel. Ce dernier part d'un constat très simple. Un relais ne peut défendre à la fois le textile, l'agroalimentaire et la pharmaceutique. Il faut donc une spécialisation. Revers de la médaille : la structure de la promotion s'alourdira par les recrutements et croulera sous le poids du budget de fonctionnement. “Pas question, rétorque Belmadani. Les relais sont des cabinets ou des personnes originaires des pays cibles qui seront mandatées pour des actions ponctuelles”, ajoute-t-il. Les plus optimistes croient que les secteurs demandeurs de prospects ou d'analyses sectorielles sur le marché-cible mettront la main à la poche. Belmadani reste sceptique. “Si l'organisme de promotion se propose de prendre en charge la totalité des études, nous aurons sur les bras toutes les demandes possibles et imaginables. Les professionnels participeront au financement en définissant leurs priorités”.
Par ailleurs, le projet de l’Asmex prévoit de mettre à contribution les ambassades du Maroc à travers le monde. Le rôle de leurs conseillers économiques sera renforcé moyennant un budget de 80 millions de dirhams. Les industriels n’approuvent pas cette proposition : “Pourquoi grever le budget de la promotion pour quelque chose que le ministère des Affaires étrangères peut faire par ses propres moyens ?” s'interroge un industriel. “Il peut le faire, mais il ne l'a pas fait”, rétorque un membre de la CGEM. Donc, pas question de compter sur lui. Les ambassades sont en effet sous-équipées, les conseillers économiques sont peu formés et disposent de moyens d’action limités. Aux états-Unis, l'ambassade n'a que deux conseillers économiques depuis l'année dernière. Ces derniers n'ont même pas d'outils informatiques et ne peuvent, matériellement, prendre aucune initiative. “Nous voulons inverser cette tendance, mais à condition que ces conseillers ne servent qu'à la promotion et pas à autre chose”, espère Belmadani. Amen !


Promotion des exportations (source : ASMEX)
Pays
Organisme de gestion
Budget (en millions d'euros)
Royaume Uni
UK TRADE
392
Espagne
ICEX
150
Portugal
ICEP
123
Corée du Sud
KOTRA
75
Turquie
IGEME
70
Tunisie
CEPEX
65
Malaisie
MATRADE
64
Maroc
CMPE - MA - AP
8

 
 
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