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N° 198
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi

Briser l’omerta

Un magistrat qui parlerait à visage découvert signerait instantanément la fin de sa carrière


TelQuel a donc été condamné, en deux procès, à verser près de deux millions de dirhams d’amende. La première fois, on ne nous avait même pas laissé parler à la barre, nous privant de notre droit le plus élémentaire, celui de nous défendre. La seconde fois, le procès s’est déroulé dans les règles de l’art… mais le verdict a été, finalement, 9 à 30 fois plus élevé que celui d’autres journaux, poursuivis pour le même motif ! Je l’avais écrit la semaine dernière, je le répète : sans plus se cacher, le pouvoir cherche à abattre notre magazine. Votre magazine.
Comment nous défendre ? En interjetant appel ? C’est fait. Mais nous avons trop condamné, sur ces mêmes colonnes, l’hypocrisie qui corsète ce pays, pour que nous nous y conformions à notre tour. Non, nous n’avons aucune raison de “croire en la justice d’appel”. Elle fait partie du même système que celle de première instance. Un système qui dévoie ce que l’espèce humaine a inventé de plus noble, la justice, pour régler ses comptes avec une presse qu’il considère comme “son ennemie”. à tort, mais ça ne sert plus à rien, désormais, de le répéter. Cette affaire se terminera comme le pouvoir (et certainement pas une justice souveraine), l’aura décidé. Comme à chaque fois qu’une affaire de nature “politique” occupe les prétoires.
Devions-nous rester silencieux face à une telle démonstration de hogra, accepter notre sort en silence, entériner la fatalité… ou pire, cent fois pire, changer de ligne éditoriale pour éviter, à l’avenir, ce genre de tracas ? Eh bien non ! Cela fait 4 ans, chères lectrices et chers lecteurs, que vous nous faites confiance. Nous n’avons pas le droit de vous décevoir.
Aussi, c’est en journalistes que nous réagissons. Cette semaine comme toutes les autres, nous vous donnons à voir “le Maroc tel qu’il est”. En l’occurrence, un pays où le système judiciaire fonctionne sur instructions. Voici donc, pour le meilleur et pour le pire, les mécanismes et les ressorts intimes de ce système. La démonstration détaillée du circuit de ces instructions : d’où elles viennent, par qui elles passent, comment elles sont appliquées, pourquoi elles ne peuvent pas être contredites.
Publier une telle enquête, nous en sommes bien conscients, n’est pas sans risques. D’autant plus que nous n’avons aucune preuve écrite à avancer, les instructions étant toujours et exclusivement orales. Mais nous avons des témoignages, beaucoup de témoignages. Anonymes, bien entendu. Comment pouvaient-ils ne pas l’être ? Un magistrat qui briserait l’omerta à visage découvert signerait instantanément la fin de sa carrière.
Ne vous fatiguez pas à y réfléchir, Messieurs nos adversaires, nous l’avouons d’avance : notre démonstration, fondée sur un travail de collecte, de vérification, et de recoupement de l’information, ne sera pas recevable devant une cour de “justice”. D’autant plus, évidemment, que c’est vous qui la contrôlerez. Poursuivez-nous donc, si le cœur vous en dit… Même si les dés sont pipés d’avance, au moins, les vraies questions seront posées devant un tribunal. Ça nous changera.

 
 
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