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Musique. Les étoiles filantes

Par Driss Bennani, Mehdi Sekkouri Alaoui et Nadia Benkacem

Dossier. La vérité sur la Marche Verte

Dans les faits, les 350 000
personnes n’ont pas toutes marché
sur le Sahara. La majorité sont
restées dans les campements. (AFP)
Trente ans après, que savez-vous sur la Marche Verte, qui ne vous ait été inculqué par la propagande officielle ? Très peu de choses, en vérité. Alors, pour dépasser le mythe et mieux connaître votre histoire, nous vous contons ce qui s'est vraiment passé, avant, pendant et après la marche.


“La Marche Verte a libéré le Sahara marocain”. “350.000 personnes, armées seulement de Corans et de drapeaux, ont contraint les Espagnols à quitter notre Sahara”. “C'est Hassan II qui en a eu l'idée”. Officiellement, il en a rêvé. Voici comment ce pan majeur de notre
histoire a été entretenu dans l’imaginaire collectif. La vérité, c'est que la Marche Verte, quand bien même judicieuse, est loin d'être la seule manœuvre qui nous a permis de recouvrer nos territoires. La vérité, c'est qu'il y a eu des négociations, beaucoup de négociations autour. La vérité, c’est que seuls quelques milliers de Marocains ont finalement parcouru quinze kilomètres dans le désert avant que l'ordre de repli ne soit donné. La vérité, c'est que pendant que les marcheurs se dirigeaient vers le sud, une opération armée d'envergure était entamée à l'Est. Découvrons donc, ensemble, la face cachée de ce mythe national.

Une genèse dans la douleur
à Madrid, le général Franco, qui a souvent refusé de négocier avec le Maroc, est à l'agonie. Le porte-parole du secrétaire général de l'ONU de l'époque, André Lewin, parle dans ses mémoires “d'un homme très affaibli, amaigri, la main tremblante, étroitement sanglé dans son uniforme d'apparat devenu trop grand pour lui”. Et Hassan II compte bien en profiter. Selon Rachid El Houdaigui, auteur d'un brillant ouvrage sur la politique étrangère sous le règne de Hassan II, “à ce stade, ce qui intéressait le souverain c'était de provoquer les négociations avec l'Espagne”. Cet ancien proche de Hassan II ajoute que “la mobilisation insistante de Boumediene pour nous empêcher de récupérer notre territoire, a pesé également dans la balance. Il fallait qu'on réagisse. Hassan II l'a fait”. D'où cette idée de marche verte, pour le moins audacieuse, qui semble avoir germé dans l'esprit du roi dès le 8 mai 1975, nous apprend le journaliste Britannique Stephen Hughes. La preuve, “dans un entretien avec France-Inter, il a fait des allusions qui sont passées inaperçues. Quand on lui a demandé pourquoi les troupes marocaines étaient massées le long de la frontière du Sahara occidental, il a répondu qu'elles devaient servir de cadre à tous les niveaux pour l'inexorable marche que les Marocains entreprendront avec le roi à leur tête, dans le cas où certains esprits frustrés lancent un processus d'autodétermination au Sahara”.
Le 21 août, Hassan II soumet dans le plus grand secret, son idée à ses trois collaborateurs militaires, le colonel Achahbar, le colonel Bennani du troisième bureau et le colonel Ziati du quatrième bureau. Le 16 septembre, les gouverneurs (une soixantaine) sont au ministère de l'Intérieur pour une réunion de routine. Leur ministre de tutelle leur annonce qu'il y a un changement au programme et à leur grand étonnement, ils se retrouvent devant le roi au palais royal. Tout ce beau monde, mis au courant du dessein hassanien, est invité à prêter serment. La discrétion la plus totale entoure les préparatifs qui suivent. Dans son livre, Rachid El Houdaigui raconte avec force détails que “pendant vingt jours, l'échange des informations entre Rabat et les régions se faisait quotidiennement à travers des contacts nocturnes. Aucun échange d'écrits ou de communication, par radio et télex, n'était toléré”.
L'avis consultatif de la Cour, rendu public à la Haye le 16 octobre 1975, déclare que le Sahara Occidental n'était pas terra nullius donc territoire sans maître et qu'il y a bien “des liens d'allégeance entre le sultan du Maroc et certaines tribus du territoire du Sahara Occidental”. Par contre, cet avis précise qu'il n'y a pas de lien juridique entre ces tribus et Rabat. Pour Rachid El Houdaigui, “ce jugement mitigé arrangeait en réalité Rabat, qui s'est livrée à des interprétations faisant du principe “d'allégeance” le fondement juridique de sa politique saharienne”. Quelques heures plus tard, qu'importe ce que la Cour a conclu, Hassan II annonce que La Haye a donné raison au Maroc et apprend au monde entier sa décision d'organiser la Marche Verte. La communauté internationale est stupéfaite. “Personne ne s'y attendait. Même nos services de renseignements n'ont rien vu venir”, raconte un diplomate français à la retraite. Le représentant soviétique à l'ONU ira même jusqu'à envoyer cette sommation au roi Hassan II : “Arrêtez la marche”. Alors que les marcheurs répondent avec enthousiasme à l'appel de leur roi, on tente de faire changer d'avis Hassan II. Ce n'est pas envisageable pour lui de tout arrêter alors qu'il vient de réussir, au lendemain de deux coups d'état, l'exploit de rassembler toute la nation autour de lui. “Il n'était ni obtus ni têtu mais réaliste. S'il avit déçu son peuple, ç’aurait été le désastre pour le trône”, ajoute Stephen Hughes.
Et pour mettre encore plus de pression sur l'Espagne, il fixe la date de la Marche au 26 octobre. La réaction ne se fait pas attendre. Le dossier est enlevé des mains du ministre des Affaires étrangères espagnol, ami de l'Algérie, et confié au ministre et secrétaire général du mouvement national José Solis Ruiz qui se rend le 21 octobre à Marrakech où il s'entretient pendant des heures avec le roi. “Les espagnols sont arrivés avec une réelle envie de trouver un accord”, soutient ce proche du souverain défunt. Il parvient à obtenir deux jours de sursis. La date de la Marche, repoussée au 28 octobre, est perçue comme “un gage de bonne volonté”. Alors qu'on se dirige vers une entente, la date est reportée encore une fois au 6 novembre pour laisser plus de champ aux négociations. C'est alors que l'activisme algérien va brouiller les cartes.
Boumediene brandit contre les Espagnols la menace pétrolière et gazière. Il n'en faut pas plus pour que le clan hostile au Maroc au sein du gouvernement espagnol revienne sur la scène et demande au Conseil de sécurité de condamner la Marche Verte en précisant que l'Espagne “la repoussera par tous les moyens dont elle dispose y compris l’usage de la force armée”. La situation est jugée explosive au sein de l'hémicycle onusien. André Lewin est envoyé d'urgence dans la région. Le 5 novembre, suite à une longue discussion avec Hassan II, il arrive à lui arracher une concession : La Marche aura un caractère symbolique et les marcheurs arrêteront leur progression juste avant les lignes tenues par les troupes espagnoles. Il repart vers Madrid dans la soirée où il est reçu tôt le lendemain matin. “L'urgence était extrême. Ce matin même, le roi Hassan II devait donner le signal de la Marche et un premier groupe de 44000 marcheurs était sur le point de passer la ligne. Les responsables espagnols donnèrent tout de suite leur accord à la solution que je leur proposais et des instructions immédiates confirmèrent aux commandants des troupes espagnoles stationnées sur le territoire qu'aucun coup de feu ne devait être tiré”. Une catastrophe a probablement été évitée de justesse.
Après moult tractations au sein du gouvernement espagnol, le 8 novembre, un émissaire se rend chez Hassan II pour l'informer officiellement que l'Espagne est disposée à négocier. Les pourparlers reprennent le 12 à Madrid, alors que les marcheurs attendent sagement à Tarfaya, au cas où on leur demanderait de retraverser à nouveau la frontière si les négociations n'aboutissent pas. Il faudra trois jours pour que les parties arrivent à une entente. Si, comme prévu, les Espagnols quittent le Sahara, les Marocains doivent répondre à certaines exigences. Rabat devra, entre autres, oublier ses revendications sur Sebta et Melilia, proposer un accord de pêche à la flotte espagnole, permettre l'exploitation conjointe des mines de phosphate de Boukraâ et autoriser l'Espagne à maintenir trois bases militaires sur le sol marocain.
Nonobstant ces concessions, Hassan II a réussi, via la Marche Verte, un coup de maître : récupérer le territoire, mais aussi rassembler autour de lui tout un pays qui était loin de lui être acquis et passer pour un visionnaire à l'étranger. Et la suite. Seul le général Salazar, commandant des troupes espagnoles, l’a devinée sur le coup. Interviewé par Stephen Hughues, il déclara :“Mon seul souci était de retirer mes troupes d'une façon honorable, et laisser les Algériens et les Marocains se disputer entre eux”. 30 ans après, ça continue...

La marche verte, vue autrement
Revenons à l'événement en soi. Le roi a voulu 350 000 personnes pour sa marche. Il en a certainement eu beaucoup plus. Au fur et à mesure de la progression des autocars et des camions vers le sud, plusieurs centaines de personnes s'y infiltrent spontanément. Celles-là n’ont jamais été comptabilisées. Mais avant, les médecins chargés d'accompagner la marche ont dû refuser plusieurs candidatures, difficilement. “Nous faisions subir des interrogatoires médicaux aux marcheurs. Beaucoup d'entre eux nous mentaient, refusaient de reconnaître leurs maladies pour pouvoir participer à la marche. Il y avait un enthousiasme presque nerveux pour cet événement”, écrit dans ses mémoires un médecin qui a accompagné la Marche Verte.
Quelques jours avant le 6 novembre donc, plus de 350 000 enthousiastes se lancent vers l'inconnu avec légèreté. Entassés dans des camions de marchandises, ils chantonnent durant tout le trajet qui sépare leurs provinces d'origine de Tarfaya, premier grand point de rassemblement. Arrivés sur place, les observateurs internationaux sont épatés par l'organisation des campements. “Des milliers de tentes dressées en lignes ordonnées, du pain frais et des boîtes de sardines en abondance et d'immenses citernes d'eau, ressemblant à des baleines échouées, posées le long de la route menant à la frontière”, écrit un journaliste britannique. Pour une opération inspirée par un rêve, l'organisation laissait perplexe.
Les marcheurs sont ensuite divisés en plusieurs groupes de quelques milliers de personnes. “Chaque groupe avait à sa tête un caïd chargé de distribuer les rations alimentaires et de coordonner le rythme de progression”, raconte Mbarek, un marcheur aujourd'hui âgé de 53 ans. Ainsi divisés, les groupes sont ensuite installés dans des campements à Tarfaya et à Tan Tan. Quand Hassan II donne l'ordre de “marcher”, les premiers groupes prennent le départ à Sebkhat Tah, 15 Km au nord du premier poste frontalier espagnol, situé à Tah. Combien sont-ils à marcher ? Mystère. Toujours est-il que des versions concordantes de marcheurs et d'observateurs affirment que plusieurs milliers de personnes n'ont jamais quitté leurs campements à Tarfaya et à Tan Tan.
Pour le reste, la progression est très lente. “Normal, explique ce militaire aujourd'hui à la retraite, il fallait d'abord tâter le terrain. Le Maroc entier retenait son souffle et se demandait si les Espagnols allaient tirer. En cas d'incident majeur, il fallait donner l'ordre aux marcheurs de se replier. Et le retrait serait évidemment beaucoup plus simple si la distance à parcourir n'est pas très importante”. Finalement, l'ordre de retrait sera donné trois jours plus tard, le 9 novembre. Trop tôt, estimaient plusieurs participants, qui voulaient marcher sur le Sahara tout entier. Mais Hassan II, porté sur la symbolique et contraint par la communauté internationale, sauve ainsi la mise. Symboliquement, ses hommes ont planté le drapeau marocain sur un poste frontalier espagnol au Sahara. Stratégiquement, ils ont évité une confrontation inévitablement sanglante avec des militaires espagnols postés 12 Km plus au sud, à Daoura.
Maintenant que la marche est terminée, que l'enthousiasme est retombé, l'heure est au bilan. Tout au long de la progression de la marche, plusieurs personnes sont blessées ou mortes. Des gens qui étaient accrochés aux camions perdaient l'équilibre et étaient souvent abandonnés sur le trajet, d'autres étaient blessés ou amputés des jambes suite aux télescopages entre camions qui se suivaient de très près. Les rations alimentaires s'amenuisaient au fur et à mesure de la progression vers le sud et plusieurs marcheurs témoigneront de “détournements de vivres et de denrées alimentaires” par quelques organisateurs. Pour preuve, ils citent ces dizaines de camions chargés de produits alimentaires qu'ils croisent remontant vers le nord du pays. Tout cela est vrai, mais à relativiser selon notre médecin marcheur. “Hassan II a eu une chance inouïe pour réussir la Marche Verte. Le moindre incident ou coup de feu aurait donné lieu à une panique généralisée. Nous frisions l'hécatombe chaque seconde”.
La Marche Verte a également eu ses anecdotes. L'une des plus insolites est rapportée par Stephen Hughes. “Un marcheur sur deux était autorisé à ramener sa femme avec lui et plusieurs bébés ont été conçus dans les camps. Pour les virils célibataires, un bordel a été installé dans les rares bâtiments espagnols sur place et de longues files de marcheurs et de militaires attendaient souvent à l'entrée”. 9 novembre, le plus dur reste à faire. Organiser le retour de 350 000 personnes, déçues pour la plupart, “d'avoir été déplacées de si loin pour si peu finalement”. La Marche Verte n'exerce plus de magie sur personne. Les groupes de marcheurs doivent rejoindre leurs campements et y attendre les instructions. Pour certains, comme ceux rassemblés au port de Tan Tan, l'attente est longue et douloureuse. Mbarek se rappelle de ces interminables 15 jours. “Nous étions excédés par l'attente et les conditions de vie au camp. Il n’y avait pas assez de nourriture et d'eau pour tout le monde. Nous avons commencé à manifester et un jour, nous avons même attaqué le caïd responsable du groupe, à cause de denrées alimentaires qui avaient disparu du camp. Les derniers jours, des avions survolaient le port et nous lançaient des sacs remplis de pain”. Finalement, cela prendra entre 15 et 25 jours à certains marcheurs pour rejoindre leur domicile à Fès ou à Oujda.
Reste alors un mythe. Celui de marcheurs et de militaires qui auraient été enlevés par des éléments du Polisario lors de la Marche Verte. “Une vérité” que certains anciens militaires, prisonniers à Tindouf, confirment, ajoutant “que les femmes enlevées étaient employées comme infirmières dans les hôpitaux du front”. Vrai et faux. Certes, certains civils étaient kidnappés par le Polisario au Sahara, mais cela a commencé en 1976. Ce chauffeur de camion, originaire de Fès, en fait partie. Il affirme qu'à l'époque, “les trajets du Sahara n'étaient pas sécurisés (le mur de défense n'était pas encore construit non plus) et que des convois civils et militaires étaient souvent attaqués et pillés par des combattants du Polisario”.

L'incursion militaire, en parallèle
Quand on parle du Polisario, l'Algérie n'est jamais loin. Lorsque Boumedienne apprend par la télévision le 16 Octobre, le lancement de la Marche Verte, il entre dans une rage folle. “Il m'a eu ce fils de p…”, lance-t-il à Jean Daniel, présent à ses côtés et à l'époque totalement acquis à la “révolution algérienne”. Le président algérien met en alerte maximale son armée qui se déploie immédiatement tout le long de la frontière avec le Maroc avant de s'engager plus avant dans le conflit à naître. Stationnées dans un premier temps à Tan Tan dans une phase de préparation tactique, les FAR entrent au Sahara le 31 Octobre. Leur but est d'occuper et sécuriser les points stratégiques que sont Mahbes, Jdirya et Haousa, laissés vacants la veille par les forces espagnoles qui ont reçu l'ordre de se replier vers Laâyoune, avant leur évacuation définitive vers l'archipel canarien et la péninsule. Ces troupes recevront la visite du futur roi Juan Carlos I, le 2 Novembre, soit quatre jours avant l'arrivée de la Marche Verte au poste frontière de Tah. Les militaires ne savent pas encore que c'est la dernière fois qu'ils rendront les honneurs à l'héritier de la couronne sur le sol sahraoui.
Au même moment, Carro Martinez, ministre de la présidence chargé du Sahara, s'envole vers Agadir où il s'entretient avec le roi Hassan II en tête à tête pendant plusieurs heures. Ces négociations au plus haut niveau sont alors encore ignorées de tous. L'incursion militaire proprement dite peut commencer à 160 km à l'est de Tarfaya et sous le commandement du Colonel Ahmed Dlimi, qui pour un temps, abandonne la capitale et les manoeuvres politiques. Ce sont près de 20 000 hommes, soit le tiers de l'effectif total de l'armée marocaine à l'époque, divisés en quatre groupements A, B, C et D, respectivement placés sous les commandements des colonels Ben Othmane, Benkirane, El Hijaoui et El Ouali qui feront leur entrée sur le territoire. Ces troupes d'infanterie sont appuyées par des blindés, des chars d'artillerie, des éléments du génie militaire, primordiaux sur ce terrain hostile, et des transmissions. La présence de l'aviation étant très limitée, l’armée de l’air se contentera de missions de reconnaissance peu concluantes. “Les avions volent trop haut et les pilotes sont souvent incapables de distinguer des jeeps d'une colonie d'arbres, mais leur capacité d'intimidation est très forte”, témoigne un colonel à la retraite. Chaque groupement ratisse un large secteur, Laâyoune, Zag, Smara, jusqu'à Dakhla, dans ce qui sera dans un premier temps, une promenade de santé. Les quelques accrochages qui ont lieu autour de Smara sont vite surmontés et le Polisario résiste piètrement. Encore embryonnaire, le Front est incapable de tenir des positions fixes contre les forces marocaines.
L'accord tripartite Maroc-Mauritanie-Espagne qui survient le 14 Novembre entérine la présence militaire du Maroc sur le sol sahraoui alors que le monde entier parle encore de la Marche Verte et des nombreuses tractations qu'elle a suscitées. Mais surtout, Franco se meurt et les conservateurs savent que les jours du Sahara espagnol sont comptés. Sur place, les officiers et sous-officiers franquistes que le stationnement au Sahara a par ailleurs grandement enrichi, démobilisent les 2500 hommes des “tropas nomadas” et de la police territoriale qu'ils aident à rejoindre le Polisario en leur abandonnant armes et véhicules. Les militaires espagnols leur donnent d'importantes sommes d'argent et assurent même, un temps, l'approvisionnement en vivres. Ces troupes expérimentées et ayant une connaissance parfaite du terrain formeront ultérieurement le noyau dur de l'ALPS (L'Armée de Libération du Peuple Sahraoui). Auparavant, la ville de Laâyoune voit l'arrivée de Ahmed Bensouda, alors directeur du cabinet royal, le 22 Novembre, en tant que gouverneur adjoint du Sahara auprès de Ould Cheikh, le gouverneur-adjoint mauritanien et Salazar, le gouverneur espagnol tel que stipulé par l'accord secret de Madrid qui prévoit le partage du territoire entre le Maroc et la Mauritanie dès Février 76 et l'évacuation espagnole. Bensouda arrive sur les lieux accompagné de Dlimi et d'une centaine de civils dans le premier convoi militaire marocain qui entrera dans la ville...alors que les troupes espagnoles patrouillent toujours et que les guerrilleros du Front Polisario pullulent.
Après une progression sur l'ensemble du territoire, les groupements A, B, C et D stationnent aux abords des villes de Laâyoune, Tarfaya, Smara et Boujdour alors que les forces mauritaniennes s'installent à Lagouira et Dakhla après de violents accrochages avec le Polisario. Pour les Marocains, le but est de contrôler dans un premier temps le Sahara utile qui peut se résumer à Laayoune et son port si stratégique, les gisements de Boukraa plus au sud et le secteur allant de Smara à Tan Tan. De l'autre côté de la frontière, l'Algérie fulmine. Elle s'estime trahie par l'Espagne et la Mauritanie et s'emploie à fournir au Polisario bases et armement quand elle n'envoie pas ses troupes sur le front. C'est ainsi que le 27 Janvier 1976, le Colonel Ben Othmane commande la bataille d'Amgala, du nom d'un point d'eau à 260 Km à l'ouest de la frontière algérienne, dans ce qui sera la plus importante confrontation directe entre les FAR et l'Armée Nationale Populaire. Près de 200 soldats algériens sont tués et une centaine faits prisonniers et conduits à Rabat où ils seront tenus au secret dans une caserne militaire pendant plusieurs années. Ce n'est qu'après une tentative de mutinerie rocambolesque que des pourparlers seront engagés avec Alger pour leur libération. Sur le terrain, la propagande anti-marocaine, qui promet l'apocalypse aux populations civiles dès l'arrivée des FAR, pousse des milliers de personnes à vers l'est. Ceux qui voyaient l'arrivée des troupes avec une relative bienveillance seront enlevés de nuit, parfois même à l'intérieur des villes pour être conduits vers Tindouf. Ce sont ainsi près de 30 000 personnes qui ont été déportées en quelques mois par un Polisario fort de toute la logistique militaire algérienne. Les FAR se lancent alors dans un effort de guerre inédit dans l'histoire du pays. Une campagne de recrutement massive est entreprise pour la création de nouvelles unités. Il s'agit de combler le retard du pays en forces militaires, consécutif aux tentatives de coups d'état de 71 et 72. Le général Salazar dira d'ailleurs en 1978 que “l'armée espagnole était à même d'anéantir l'armée alaouite en 48 heures”. 30 ans plus tard...



Sahara. Ils devaient être présidents

Décembre 1974, le jeune médecin Brahim Hussein Moussa est désigné pour accompagner la délégation sahraouie en pèlerinage à la Mecque. Natif de Dakhla, Hussein Moussa avait quitté le Sahara pour l'Espagne à l'âge de dix ans et n'y est plus jamais retourné. Et voilà qu’il fait partie de l'élite sahraouie préparée par les autorités espagnoles pour de hautes responsabilités politiques. Aussitôt sur le sol saoudien, la délégation hispano-sahraouie entre en contact avec le président de la délégation marocaine, feu le général Driss Benomar. Brahim Ould Douihi, alors député de Tan Tan, joue à l’intermédiaire. Première conséquence de cette prise de contact, le général Benomar insiste pour que la délégation soit présentée au roi Fayçal comme représentant le Sahara marocain sous occupation espagnole. Or, Moussa et ses compagnons se présentaient comme une délégation africaine souveraine. Arrivés avec un poignard en or incrusté de pierres précieuses, en guise de présent du général Franco au roi Fayçal, ils sont chaleureusement reçus par l'austère Al Saoud. De retour de la Mecque, ils sont reçus par un Franco physiquement très affaibli. Il s’agit de l'une de ses ultimes apparitions publiques. M. Carro Martinez, ministre de la présidence chargé des affaires du Sahara, présente à l’occasion le fameux statut d'autonomie élaboré par le gouvernement franquiste. Ce texte devait prendre effet en Juin 1975, après le retrait des troupes espagnoles. Les notables sahraouis rencontrent par la suite le futur Juan Carlos I qui cautionnera formellement le projet d’autonomie. Au cours de l'année 1975, tous les membres de la délégation sont directement approchés par un certain Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des AE de la république algérienne. Il tente de les convaincre de gagner Alger pour rallier la cause du Polisario et ce, malgré le discours encore teinté de neutralité de Boumediene à l'égard du Maroc. L'autonomie devait s'appuyer sur des personnalités régionales respectées. Mais suffisamment affranchies des impératifs tribaux pour appliquer la politique de Madrid. Ils sont alors cinq à avoir été pressentis par Franco pour une présidence collégiale du Sahara autonome : Brahim Hussein Moussa (actuellement ambassadeur du Maroc), Khalil Dkhil (aujourd’hui gouverneur), Hammoudi Bouhnana, (gouverneur), Khalli Hanna Ould Rachid (député-maire de Laâyoune) et feu Khatri Ould Said Joumani, alors président de l'assemblée générale du Sahara (jamaa). La Marche Verte décidée, ils quitteront tous le Sahara entre Mai et Juillet 1975 pour rejoindre le Maroc et fonnt le deuil du dessein présidentiel qui leur était promis.



Image. Le double jeu du PJD

Qu'est-ce qui fait qu'après tant d'années d'existence, le PJD a encore besoin de rassurer sur ses intentions ? Officiellement, le parti islamiste est irréprochable. Démocratique, discipliné et cohérent. Ses communiqués officiels et ses prises de positions sont passés au peigne fin avant leur publication. Et deux fois sur trois, on ne trouve rien à y redire. Mais à côté de cela, il y a Attajdid et les sorties incontrôlées des cadres du PJD et de ses bases.
Commençons par Attajdid. Le journal a, à plusieurs reprises, défrayé la chronique à cause de ses positions extrémistes, racistes ou antisémites. Officiellement, aucun lien organique ou juridique ne lie le parti à ce journal. Pourtant, c'est la vitrine du PJD par excellence. Ses communiqués y sont publiés à la lettre, tout comme les compte-rendus des voyages ou des réunions des commissions parlementaires. Quand un cadre du PJD se sent diffamé par un journal de la place, c'est Attajdid qui publie systématiquement sa réponse. Lors des congrès et des grandes réunions du parti, le journal est gratuitement distribué aux militants. Bref, le PJD fera encore peur tant qu'il n'aura pas définitivement clarifié sa relation avec Attajdid.
Autre source d'appréhension, les sorties de quelques cadres du parti. Des profils comme Ramid et Benkirane suscitent encore beaucoup de méfiance. Notamment à cause de sorties médiatiques souvent moralisatrices (et toujours maladroites). Pourtant, ce sont des leaders charismatiques qui ont un ascendant certain sur les militants de base. Une base qui s'élargit un peu plus chaque jour… au point de devenir incontrôlable. La frontière entre le PJD et le MUR (mouvement de prédication) est devenue une véritable passoire. Problème : un nouveau militant au PJD se défait très difficilement de sa casquette de prédicateur. Pour parer à cela, le PJD impose une discipline presque militaire à ses bases. Pourtant, de l’avis même de Othmani, “un grand effort d’encadrement reste à fournir”.

 
 
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