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N° 199
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Karim Boukhari

Rapport. Pour que l’IER finisse en beauté

Driss Benzekri
reçu par le roi (MAP)
L’Instance équité et Réconciliation rend, à la fin de ce mois, sa copie finale au roi Mohammed VI. En attendant, le Centre International de la Justice Transitionnelle (CIJT) vient de publier un rapport détaillé sur le Maroc. Au menu, des recommandations-clés pour que Rabat puisse clore le dossier des années de plomb dans les règles de l’art. Primo, l’IER se doit de “rendre le rapport final disponible au plus grand nombre et assez rapidement”. Pas question, donc, de le remettre exclusivement au roi, ni d’en remettre au public une version allégée. Deuxio, le roi, selon le CIJT, aura là une occasion en or pour “présenter des excuses définitives et solennelles aux Marocains pour les abus commis par le gouvernement contre le peuple” et de “faire vœu de
cesser toute forme d’impunité au Maroc”. Voilà qui dissiperait toute ambiguïté. Tertio, “l’IER est tenue, au cas où des preuves irréfutables démontrent la responsabilité criminelle d’un haut fonctionnaire, de suggérer sa poursuite judiciaire”. Et, surprise, le CIJT estime qu’il revient au gouvernement (non aux victimes, comme l’a laissé entendre l’IER) de lancer les procès. Mieux encore, en écho aux demandes pressantes des associations de droits de l’homme, le rapport recommande la mise en place d’un processus parallèle permettant “la mise à l’écart des responsables avérés, de postes-clés dans les domaines de la justice et de la sécurité”. Il ne reste à l’IER qu’à être conforme aux standards internationaux. Et au pouvoir de jouer le jeu.


ONU. Hilal remplace Bennouna ?

On parle de Omar Hilal pour remplacer Mohamed Bennouna, qui vient d’être élu juge à la Cour internationale de justice de La Haye. Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, et ancien ambassadeur marocain auprès des Nations-Unies à Genève, devrait être nommé à la tête de l’ambassade du Maroc auprès de l’ONU. Une source proche du sérail a confirmé que l’homme a été jugé “apte à gérer l’épineux dossier du Sahara auprès des instances onusiennes”. Quant à Mohamed Bennouna, il a arraché haut la main le poste de juge à la Cour internationale de justice (CIJ), élu par 191 voix à l'Assemblée générale, soit la majorité absolue, et par 12 voix au Conseil de sécurité dès le premier tour.


Maroc-Algérie. Belkheir est (enfin) arrivé

Larbi Belkheir a fini par rejoindre Rabat le 6 novembre, après de longues semaines d’hésitation. Il a été reçu la veille par le président algérien Abdelaziz Bouteflika qui a donné à l’ambassadeur les dernières orientations et les instructions nécessaires pour entamer, réellement, son mandat. Belkheir devra être reçu par le ministre des Affaires étrangères marocain, mais il ne prendra vraiment ses fonctions, à Rabat, qu’après avoir été reçu par le roi. Dans la même semaine, Abdellah Belkziz, qui a été nommé ambassadeur du Maroc en Algérie, a pris congé de Zine El Abidine Ben Ali pour rentrer à Rabat, en attendant de rejoindre son poste à Alger.


TelQuel. Bouzoubaâ dans l’embarras

Mohamed Bouzoubaâ, le ministre de la Justice, a été interpellé lundi dans une séance à huis-clos à la commission des affaires juridiques de la Chambre des représentants, à propos des instructions qu’il aurait données, lui ou ses collaborateurs, dans les procès de TelQuel. “En colère, comme à chaque fois qu’il est gêné par une question, il a juré ne pas être intervenu, ni directement ni indirectement”, rapporte un parlementaire. Au sein du ministère, un directeur central explique l’irritation ambiante : “Le dossier consacré par TelQuel à la justice nous a mis très mal à l’aise”.


Insolite. Rendez-nous nos pots-de-vin !

Le président de la Commune de Bouznika, l’istiqlalien Mohamed Karimine, vient de recevoir une lettre insolite. Cinq élus lui demandent les chèques en blanc et autres reconnaissances de dette qu’ils lui avaient remis en 2003. Karimine les avait alors “recrutés” pour renforcer son parti localement. Mais n’ayant pas suffisamment confiance en eux, il leur avait demandé des gages pour s’assurer qu’ils allaient l’élire à leur tête. Aujourd’hui, le torchon brûle. Eux s’opposent à sa cession illégale de 400 lots de terrain sur la plage de Dahomey. Et lui, menace de les jeter en prison. D’où cette lettre de chantage qui les compromet autant que lui.


Maroc-Israël. La reprise se rapproche

Le nouveau leader du parti travailliste est un juif sépharade d’origine marocaine, Amir Peretz, élu à la place de Shimon Peres. L’arrivée de Peretz confirme, quelque part, le nouveau tropisme marocain d’Israël. Elle succède à la rencontre dédiée au judaïsme marocain, organisée autour du président israélien Moshe Katsav, avec la présence notamment du conseiller royal André Azoulay. “Tous ces signes, nous explique un membre de la délégation marocaine à Tel-Aviv, confirment qu’Israël est prête à renouer diplomatiquement avec le Maroc, pour peu que celui-ci s’y décide pour de bon”. Affaire à suivre.


Thales. Encore un scandale

Omnidata, IB Maroc et Dar Sikka vont assister Thales dans la mise en place du nouveau système de cartes d'identité nationales sécurisées au Maroc. Hamidou Laânigri, le patron de la DGSN, avait signé en septembre 2005 avec la société Thales un contrat portant sur la production de C.I.N biométriques. Un marché d’environ 1,5 milliard de dirhams. La première carte d’identité nationale sera délivrée le 1er Octobre 2006. Un contrat dénoncé par Tranparency Maroc, à cause des antécédents de la société Thales. Ce n’est apparemment pas fini, puisque Thales, à nouveau, vient de défrayer la chronique, via deux sociétés locales qui la représentent en Afrique du Sud, et qui viennent d’être épinglées dans une affaire de corruption liée à l'ancien vice-président Jacob Zuma. Le quotidien Le Monde écrit notamment que “Thales avait reconnu par écrit l'authenticité du ‘pacte de corruption’ avec l'ancien vice-président, et se retrouve ainsi au cœur du plus grand scandale de corruption qu’ait connu l’Afrique du Sud”.


Corruption. Coupable de dénonciation

L’affaire remonte au 9 décembre 2004. Z.Q, fonctionnaire à la province d’Agadir, est sélectionnée pour un pèlerinage à la Mecque aux frais de la wilaya. La dame arrive devant le responsable financier de l’opération, qui lui demande expressément de lui graisser la patte. Scandalisée, la victime dénonce un délit de corruption à travers une lettre adressée par son fils (Souheil Karam, notre collègue de Reuters) à Transparency Maroc. L’information paraît dans deux publications de la place. Résultat : la dame est privée de son pèlerinage et, dernier rebondissement, Karam, son fils, est poursuivi pour “diffamation” par la wilaya d’Agadir. Scandaleux.


Show-biz. Gad s’offre Première

Gad El Maleh est en couverture du magazine français Première, dernière livraison. L’acteur d’origine marocaine s’offre un “long drink” (avec le rôle du réd chef en prime) digne du grand showman qu’il est. “À Casa, il nous raconte ce qu’il n’avait jamais dit”, titre le magazine, qui arrache une série de perles à l’acteur. Exemple : la première de son nouveau spectacle, “L’autre c’est moi”, a été squattée par les officiels. Gad regrette et explique, méchant et intelligent à la fois : “Il a fallu aller chercher les officiels. Avec la voiture et le chauffeur !”. Espérons qu’ils ne lui en voudront pas pour autant.


Justice. La voiture, mais pas les clés!

C’est un de ces petits drames dont notre justice a le secret. En octobre 2004, A.M. prête sa voiture à un ami, qui a le malheur de la conduire en état d’ivresse. Procès, mise sous scellés du véhicule… A.M., lui, n’y est pour rien. Fort de trois arrêts judiciaires ordonnant la restitution de sa voiture, il se présente au commissariat en décembre 2004. On lui fait alors remarquer que les arrêts en question ne stipulent pas qu’il faut lui rendre aussi… les clés ! Un cas manifestement insoluble : six magistrats, trois documents, mille va et vient et un an plus tard, A.M. n’a toujours pas récupéré sa voiture, qui rouille inexorablement chez la police…


Laâyoune/2M. Je t’aime, moi non plus

À Laâyoune, les GUS ne sont pas les seuls champions de l’impopularité. 2M aussi. Le local de la chaîne y a en effet été attaqué, il y a deux semaines, par des cocktails molotov et des jets de pierre. D’après des témoins oculaires, l’enseigne de la chaîne a été abîmée, alors que la façade a pris feu. L’incendie avait eu lieu vers deux heures du matin, mais il a été rapidement circonscrit. Les choses sont, depuis, retournées à la normale et le local de la chaîne fait désormais l’objet d’une étroite surveillance policière. Les agresseurs n’avaient manifestement pas apprécié le reportage réalisé par la chaîne, il y a quelques semaines, sur les grévistes de la faim.


Ciné. Almodovar boude Marrakech

Pedro Almodovar ne s’est finalement pas déplacé pour le 5ème festival du film de Marrakech. Le cinéaste espagnol, qui figurait parmi les invités d’honneur, s’est décommandé à la dernière minute, ce qui ne manque pas de soulever certaines questions. “Almodovar est resté à Madrid pour monter son nouveau film”, nous a expliqué l’organisation du festival. On se demande tout de même si les attaques dont le réalisateur de Talons aiguilles a été l’objet dans certains médias marocains (sur ses sympathies supposées avec le Polisario) ne sont pas étrangères à cette brusque défection.


Précisions.

Suite à un article paru dans le n° 198 de TelQuel, nous avons reçu un courrier rectificatif de Me Abdeltif Hatimy, précisant notamment que son client, le Pr. Mohamed Benomar, avait été innocenté par la justice suite au décès, dans les locaux d’une ligue médicale qu’il préside, du juge Mohamed Mejdoubi. Dont acte. Le Pr. Benomar a, en effet, été innocenté… mais pas la ligue qu’il préside, dont l’intitulé exact est Ligue nationale de lutte contre les maladies cardio-vasculaires (et non pas, comme nous l’avions écrit, Ligue nationale contre le cancer). La ligue du Pr. Benomar a bien été condamnée à verser 900.000 DH de dommages et intérêts à la famille du défunt juge. Un autre médecin avait été innocenté et deux employés de la ligue (un médecin et une assistante), condamnés à de la prison avec sursis. Ce verdict, délivré en première instance, a été confirmé en appel en juillet 2002. Comme nous l’avons écrit, l’affaire traîne toujours – non pas en appel, mais, en cassation.
Par ailleurs, le procès des détournements de fonds du palais royal d’Agadir a été présidé par Me Aït Haloui, et non par Me Aboulyaqine.


3 questions à Mohamed Moujahid (Secrétaire général du PSU)

(AIC PRESS)
Le roi Mohammed VI vient de décider d’élargir la consultation sur l’autonomie au Sahara aux partis politiques. Que lui diriez-vous ?
Nous sommes d’abord ravis que le roi accède à une demande que nous n’avons cessé de réitérer. Nous avons toujours dit que le Sahara devrait être une affaire publique et inclure les partis dans sa gestion. Maintenant, il faudrait juste que l’instrument mis en place pour la concertation soit permanent et ne se limite pas à un effet d’annonce.

Vous sentez-vous toujours, sur le fond, en décalage avec la proposition officielle du Maroc au sujet de l’autonomie ?
Jusqu’à présent, nous n’avons pas encore reçu les détails de la proposition marocaine. Lors de la dernière réunion avec MM. Sahel, Fassi Fihri et Moatassim, on s’en est tenu aux généralités. L’essentiel pour nous est une solution politique qui respecte la souveraineté du Maroc en accordant la plus large autonomie aux Sahraouis.

La monarchie n’a pas accepté par le passé la liberté de ton de certains leaders politiques sur l’affaire du Sahara (Bouabid, Serfaty). Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui?
Les changements sont palpables, aux niveaux intérieur, régional et international. Cela nous pousse à accepter de nous concerter avec la monarchie pour parvenir à une solution. Nous dirons alors ce que nous pensons, sans préjuger de l’avenir.



Billet. Écrire au roi (par Driss ksikes)

Au moment où TelQuel traverse une zone de turbulences politico-judiciaires, les commentaires vont bon train. Le plus plausible est que la justice s’acharne contre nous pour des raisons qui dépassent les banales affaires qui lui sont soumises. Elle s’en prend, disent les connaisseurs du sérail, à notre manie de nous adresser trop souvent au roi. Les commanditaires de cet acharnement ubuesque nous en veulent de lui adresser tantôt des critiques (jugées par les plus frileux désobligeantes), tantôt des remerciements (jugés par les puristes déplacés). Ils ne comprennent pas que nous ne sommes ni frileux ni puristes, juste des journalistes. Et que, dans un pays où les voies du seigneur sont impénétrables, où la vox populi est inaudible, et où le roi n’est entouré que de courtisans qui n’osent pas dire l’indicible, un journaliste peut juger opportun de contourner ces barrières et se faire l’interprète d’opinions largement partagées. Les courtisans les plus indulgents nous trouvent des excuses. Ils disent “le roi a une fibre démocratique, il accepte la critique”. D’autres initiés, moins tolérants, rapportent que le roi “n’est pas près d’accepter une presse qui l’interpelle sans détour”. Quant aux observateurs externes les plus sceptiques, ils estiment que Mohammed VI perpétue autrement, et peut-être même malgré lui, un système makhzénien, qui ne peut, par essence, tolérer cette liberté de ton. Alors que faire ? Ne plus croire que le paternalisme intimidant de Hassan II est dépassé ? Croire que le nouveau roi veut d’une presse libre, à condition qu’elle le ménage ? Ce serait prêter le flanc à des interprétations courtisanes, qui s’évertuent à anticiper les intentions du prince. Cet art, un journaliste ne peut l’acquérir. Parce que son métier est d’anticiper les attentes du public. écrire dignement au roi en fait partie.



Billet. Histoires de racaille (par Karim Boukhari)

Le responsable que j’avais en face répondait à un appel urgent : “Allo, oui, oui, un sit-in à (…) ? Pour une histoire de terrain spolié? Faites votre boulot, soyez fermes!”. Il venait de donner une instruction claire à l’un de ses lieutenants : mater une énième révolte de villageois. En se retournant vers ma petite personne, il a lâché : “Ne vous en tenez pas à ce que vous venez d’entendre ; dans mon for intérieur, je leur dis bravo, tbark allah alihoum, à ces villageois qui font de la résistance, c’est le seul moyen d’espérer se faire entendre”. Superbe exemple de schizophrénie. Une main qui tient le bâton et l’autre qui essaie d’applaudir. Avant la France de Sarkozy, le Maroc a traversé une série de sit-in et de marches de protestation beaucoup plus importante qu’on ne l’aurait cru. Il y a eu Laâyoune, bien sûr, mais aussi des bourgades de l’arrière-pays, les Talsint, Biougra, Bouarfa, Larache, Khénifra, et bien avant Al Hoceima et sa région, Dakhla, Fès... Heureusement que Mustapha Sahel n’a pas suivi l’exemple de Sarkozy pour hurler à “la racaille”. Notre ministre de l’Intérieur a peut-être été, au final, plus intelligent que son homologue français : Il n’a été nulle part! En ignorant superbement la plupart des foyers de colère, il s’est probablement épargné d’éventuels jets de pierre ou des glissades verbales. Voilà qui est intelligent. Régler les choses en les ignorant. Comme cela, au moins, plus personne ne s’énervera au point de parler de “racaille”… Toutes ces élucubrations feront sourire ceux qui se souviennent encore d’un fameux discours royal, celui où Hassan II, au lendemain des émeutes de 1981, traita les insurgés de “awbach”. Comme quoi, le pauvre Sarkozy n’a pas inventé le fil à couper le beurre!



Vite !

Une nouvelle fille a été arrêtée à Agadir, dans les suites du scandale des CD pornographiques. L’arrestation a eu lieu à la mi-ramadan alors que la fille, qui était en fuite, venait rendre visite à sa famille. Condamnée à un an de prison ferme, alors qu’elle était mineure au moment des faits reprochés, elle est la 15ème victime du touriste belge Philippe Servaty.

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Le roi a annoncé, dans son dernier discours, la création d’un conseil supérieur de la communauté marocaine à l’étranger, qu’il présidera lui-même et dont il choisira les membres. L’idée a déjà été proposée, tout au long de l’année en cours, par le Congrès mondial des citoyens d'origine marocaine, qui l’avait notamment soumise à Nouzha Chekrouni et au Parlement marocain.

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Le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) étudie sérieusement la possibilité de créer des structures internes, avec leur propre organigramme, dédiées respectivement à la radio-télévision et à la presse écrite. Le “parti des journalistes” pourrait alors se muer en fédération coiffant les nouvelles structures, et conduite par l’actuelle direction du syndicat.

 
 
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