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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Hassan Hamdani

Évènement. L’Europe fait son cinéma

Jérémie Renier (DR)
C’est le rendez-vous cinéphile ! Depuis quinze ans, les Semaines du film européen vous proposent des films récemment primés ou sélectionnés dans de grands festivals internationaux. La manifestation s’ouvrira sur le très beau road movie de Ismaël Ferroukhi, Le Grand Voyage, qui, curieusement, n’est toujours pas distribué au Maroc. Dix films en tout, tous européens, mais souvent fortement influencés par le Sud. Anglais, belge, italien, allemand, danois... Vera Drake de Mike Leigh (Lion d’or 2004 à Venise), L’Enfant des frères Dardennes (Palme d’or 2005 à Cannes)… mais aussi, pour faire honneur aux derniers entrés dans l’Union, tchèque et polonais. Cette dernière production au ton satirique, Pogoda na Jutro, pourrait bien aller à l’encontre de toutes les idées reçues sur les cinémas de l’Est.
Cette année, Tanger remplacera Tétouan. “Aucune raison particulière” affirme-t-on à la Commission européenne, même si on reconnaît que Tétouan n’a pas réalisé, l’an passé, un nombre d’entrées extraordinaire. L’événement souhaite se délocaliser et pourrait encore se déplacer à l’avenir. Des courts-métrages du sud de la Méditerranée (notons Amal du Marocain Ali Benkirane) seront projetés en première partie de soirée. Et pour la seconde année : tables rondes, conférences de presse, rencontres avec des étudiants… dans les cinq villes du royaume.
Du 22 novembre au 9 décembre – Tanger (Roxy), Rabat (Théâtre Med V), Casa (Lynx), Safi (Atlantide) et Agadir (Sahara) accueilleront successivement ces films. 10 DH l’entrée. 50 DH le pass pour 10 jours (30 DH pour les étudiants).


Théâtre. Objets, avez-vous une âme ?

À cette question existentielle, les acteurs du Théâtre de la Licorne répondent “oui” en chœur. Depuis quinze ans qu’ils confrontent l'objet et l'humain sur scène, ils savent de quoi ils “causent”. Le Théâtre de la Licorne opère dans le détournement d'objet, crée des acteurs de bric et de broc, invente des personnages avec un bout de ferraille et une clé de douze. Il débarque débarque à Casablanca avec tout son fatras et son dernier spectacle : Les miniatures de la Licorne : Chère famille! Deux frères siamois se fabriquent, avec une multitude d'objets, une parentèle imaginaire et loufoque. La mère est écuyère, le père est dresseur de grenouilles à ses heures, le grand-père avaleur de sabres et cracheur de papillons et la grand-mère perd la tête à tout bout de champ (au propre comme au figuré).
Le 13 novembre à 19h à la Maison Hssissen à Ksar El Kébir ; le 16 et 17 novembre à 19h au complexe Al Hourya de Fès.


Commémoration. Independence day

“Ce n’est pas une malhama”, tient à préciser Jamal Eddine Dkhissi, le maître d’œuvre du spectacle prévu pour fêter le cinquantenaire de l’Indépendance. écrit à quatre mains, prenant l’avis de deux experts historiens, mettant en scène une cinquantaine de comédiens, plutôt talentueux, impliquant le Chœur du Maroc et le fameux orchestre symphonique de la Gendarmerie, tout cela a l’air très épique. D’ailleurs, les trois rois ne seront pas joués, juste projetés comme des icônes intouchables. Quant au reste, nous assure un membre de l’équipe, “on a évité la flagornerie manifeste”. En tout cas, rendez-vous le 18 novembre au théâtre Mohammed V.


Cinéma. Roukhe goes to Hollyoued

Après la moustache, la barbe ! Non content d’avoir campé un taciturne commissaire mexicain dans Babel, dernière intrigue tortueuse d’Alejandro Gutierrez Inarritu (que l’on vénère pour Amours chiennes et 21 grammes) tournée à Ouarzazate au printemps dernier avec Brad Piiiit, Driss Roukhe enchaîne. C’est aux côtés de Connie Nielsen (Gladiator) que l’acteur vient de finir Situations, de Philip Haas, sur l’Irak post-Saddam, cette fois dans la peau du chef des moudjahiddines local confronté à une reporter. Un an après son petit rôle auprès de George Clooney dans Syriana de Stephen Gaghan, le jeu de ce Meknassi de 36 ans, également présent dans les films marocains Le Regard et Un aller simple, ne passe décidemment pas inaperçu des gros calibres du cinéma mondial. B’sahha alih!


Musique. Art en tour, or en barre

Quatre siècles de liens néerlando-marocains, ça se fête! Pour arroser tout cela dignement, rien de tel qu'un bon cocktail de multiculturalisme. Les sept musiciens néerlandais du groupe Fra Fra Sound jettent les rythmes africains et caribéens dans leur shaker pour en extraire un groove sucré-épicé, suivis du jeune Hollandais d'origine rbatie DJ Saïf aux platines pour un festival de breakbeats orientaux sauce urbaine. Pilier de ce rendez-vous, Magid Bekkas, fils spirituel des maâlems gnaouas, fera valser gembris et oud dans une rencontre fusionnelle Afrique-Afrique avec Fra Fra Sound. Lundi 14 novembre à l'IF Marrakech, à 23h.


Documentaire. Ouarzazate presents

Ouarzazate movie, de Ali Essafi, est un documentaire sur les coulisses du cinéma. Ouarzazate, c'est une lumière ciné que nous envie Hollywood, des décors naturels de superproductions internationales, des studios de cinéma, mais aussi une population vivant de la figuration. Le chrétien dans la foule à la crucifixion de Jésus, le soldat inconnu dans des péplums ou le vendeur de légumes dans Gladiator s'appelle souvent Ahmed ou Rachid. À Ouarzazatewood, Ali Essafi ne filme pas le ciné des stars, mais ceux qui vivent des poussières d'étoiles. Les rêves du légionnaire au fond de l'écran, celui dont on ne se souvient jamais. Ouarzazate movie saisit l'envers du décor, les castings humiliants, des morceaux de vie dans les vestiaires des figurants. Projection le 17 novembre à 15h à l'IF de Casablanca, en présence du réalisateur.


Rétrospective. La Movida en dix bobines

L’Institut Cervantès offre au public r’bati l’opportunité de découvrir la Movida espagnole via dix films de grande qualité, tous ou presque produits en 2005. Outre l’iconoclaste Pedro Almodovar, le programme donne à voir des cinéastes tout aussi racés, comme Carlos Saura, mais aussi d’autres plus jeunes, comme Alejandro Amenabar. Cinéphiles et autres curieux pourront aussi apprécier des artistes comme Angel Izquierdo, Benito Zambrano ou encore Alex de la Morena qui conçoivent le cinéma comme une manière d’aimer la vie. Les débats seront animés par Diego Galán, ancien directeur du célèbre Festival de San Sebastian et critique du quotidien El Pais. Difficile, avec un tel plateau, de bouder son plaisir. Du 12 au 18 novembre à la salle du 7ème art, Rabat.


Livre-Expo. Textes en miniature

Youssouf Amine El Alamy, YAE en abrégé, a conçu, dès le départ, son livre, Miniatures, comme une somme de mots et de signes, prêts à porter des pages aux murs. Donc, après que les lecteurs ont eu le loisir de découvrir ses collages excentriques, jouxtant de petites tranches de vie, sur une édition minuscule, voilà que le public est invité à les contempler, grandeur nature, en expo. Que découvre-t-on dans cet événement ? L’auteur ? Le concepteur ? Le plasticien ? YAE répond à sa manière, jeux de mots à l’appui : “Ces images, je les ai moi-même écrites. Avec des revues, des tissus, de la laine, des boîtes de toutes sortes, de la colle, et même des bijoux et des jouets en plastique encore tout neufs”. Espace Yanboua, IF Rabat.


CCM. L’appel de Nabyl Lahlou

Le cinéaste Nabyl Lahlou n’en est pas au bout de ses peines avec son film Tabit or not Tabit, en montage depuis août 2004. Après qu’un “apprenti technicien” a désynchronisé ses premières bobines, il décide de lancer cet appel à ses confrères cinéastes et aux responsables du Centre cinématographique marocain (CCM) pour que ce dernier, précise-t-il, “dispose de postes budgétaires afin de pouvoir engager de véritables ingénieurs du son, car le pays, malgré ses cinquante années d’indépendance, n’en a toujours pas formé un qui sache mixer un film pour donner du plaisir à l’oreille”. D’autant plus que le CCM a les moyens. Auditorium high tech.


Cinéma. Tarfaya brille au nord

ça fait du bien là ou ça fait mal. À l'aube d'un festival de Marrakech où un seul film marocain est en lice, deux mois après la rencontre tangéroise du court-métrage où aucune création nationale n'a brillé, Tarfaya vient nous consoler. Le film de Daoud Aoulad Syad a raflé, le 6 novembre, le Grand Prix du 32ème Festival du film indépendant de Bruxelles. Ici et là, de Mohamed Ismaïl et le court Destin de famille, de Younès Reggab se sont également distingués. Le président du jury s'appelait tout de même Noureddine Saïl. Les observateurs belges évoquent le nouveau souffle de notre septième art. Du coup, on respire.


Forts en thèmes

“Questions pour un champion” débarque au Maroc le 14 novembre à l’IF de Casablanca. À l’issue de la sélection, les quatre candidats retenus représenteront le Maroc en mars 2006, à Paris, pour une compétition “Spéciale langue française.” Histoire de voir de près les cravates bigarrées de Julien Lepers.


L’appel du web

C’est maghrébo-mondial. Musical. Et presque exhaustif. Le tout nouveau portail Elbab promet de très jolies choses. De H-Kayne à Cheb Bilal, Zebda ou encore Randy Weston, vous y trouverez tout ce qu’il y a à savoir sur vos artistes : biographie, téléchargement, actus. Tout online et illico. www.elbab.net


Move your ass

Vous avez le rythme dans la peau et le pas qu’il faut, mais votre seul public est la glace de votre salle de bain. Marquez le 30 décembre sur votre agenda. Un concours de danse vous attend à Casa. En solo, en duo ou en groupe. Break dance, free style ou chorégraphie. Tél. 065.15.58.43 / 068. 35.50.45.



Humeur : Pause pub

Par Hassan Hamdani

La Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca) devrait se mêler de ce qui la regarde et laisser les Marocains apprécier la pub à leur aise. Au lieu de ça, le gendarme de notre paysage audiovisuel a rappelé à l’ordre TVM et 2M pour dépassement des quotas publicitaires. Le problème, c’est qu’au Maroc, les pubs sont souvent meilleures que les programmes qui les accompagnent. Mohamed Jem est plus drôle quand il fantasme sur sa voisine de siège dans un train, Khiari a presque du talent quand il croque dans une tranche de cacher dans sa cuisine. La pub, c’est le seul programme télé qui ne ronronne pas dans un “pam” (Paysage Audio-visuel Marocain) qui joue à la belle au bois dormant. Certains reprochent à la pub de véhiculer une image négative des femmes ou de présenter un Maroc trop propre et décalé par rapport à la réalité. Mais quand on a vu sa mère faire la vaisselle toute sa vie, la dame qui plonge ses mains dans l’eau graisseuse vous semble plus proche et touchante que la famille “honorable” sauce Kamal Kamal. Trop de pubs donc selon la Haca, mais aussi trop de volume sonore. Qui réveille en sursaut les Marocains assoupis devant le journal télé ? Encore la pub ! Et rebelote, la bande son accompagnant la téléphonie mobile ou le yaourt est meilleure que les émissions musicales. Où peut-on écouter Morcheeba au Maroc ? Pendant la pause pub. À défaut d’autre chose, on se contentera de cette exception culturelle.




Le livre

Siham Issami en est à son coup d’essai. Et c’est un coup de maîtresse, qui retrace, en une nuit, les mots qu’ont laissé sur son corps Les amants de l’ailleurs. Ce long poème défie les limites formelles du genre. Il est aussi libre que le souffle érotique qui le traverse. La douleur de la soif, la mélancolie du désir, l’ambiance des départs, les visages fermés, les habits froissés, les acrobaties du plaisir, Issami expérimente tous les recoins de la langue et les rides du lit. écrits au rythme haletant d’une artiste assoiffée de mots, ces bouts de dialogue entre amants, hachés par les silences de la vie et les maladresses de l’envie, ne se lisent pas comme une contemplation. Ils vous parlent, vous narguent. Et vous finissez par succomber à leur charme.

Ed. Al Manar (80 dh)




Agenda.

Le mois du documentaire bat son plein dans les Instituts français. Mur de Simone Bitton sera projeté le 12 novembre à 19h à l’IF de Fès, le 15 novembre à 19h à l’IF de Rabat et le 16 novembre à 19h à l’IF de Casablanca. Le blues des shikhates de Ali Essafi le 17 novembre à 20h30 à l’IF de Casablanca.

Le Collectif 212, réunissant sept artistes contemporains établis au Maroc, organise une exposition commune à partir du 16 novembre à l'espace d'art Le Cube du Centre autrichien d'information de Rabat.

Sur vos écrans, Ma sorcière bien aimée, une comédie fantastique réalisée par Nora Ephron, avec Nicole Kidman, Will Ferrell, Shirley MacLaine. Isabel, sublime sorcière déterminée à vivre sans sorcellerie, part à Hollywood afin de trouver l'amour parmi les mortels. Là-bas, elle rencontre Jack, un acteur, qui la persuade de jouer à ses côtés dans le remake de la célèbre série Ma sorcière bien aimée.

Allez faire un tour au Café littéraire qui fera la part belle à des textes inédits ou à des extraits de grands classiques de la littérature d’expression française. Lecteurs et récitants mêleront leur voix à celles d’instruments de musique. Les mots et les notes se marieront à l’Espace bleu de l’IF de Rabat le 19 novembre à 17h.

Spectacle pour enfants avec “Dans le creux de l’oreille” de Hervé Demon. Le 15 et 16 novembre à 15h30 à l’IF d’Agadir.

 
 
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