Le sens dun combat
Nous résisterons à la tentation du manichéisme, autant que nous résistons à linjustice et à larbitraire.
Communiqués, pétitions, sit-in, banderoles, slogans
TelQuel est passé, depuis quelque temps, à un militantisme dun genre inattendu. Notre vocation première, en effet, nest ni de haranguer les foules ni de brandir des mégaphones dans la rue. Mais il faut le faire, alors nous le faisons. Avec conviction, et nous ne sommes pas seuls. Nous avons été rejoints dans la bataille par dauthentiques militants, des gens dont cest la vie et la vocation. Des gens grâce auxquels de multiples causes, petites et grandes, avancent chaque jour au Maroc. Depuis que lacharnement judiciaire contre TelQuel a commencé, ils ne nous ont pas ménagé leur soutien. De nombreux partis, syndicats, associations civiques et organismes de défense des droits de lhomme (listés en page 7) ont multiplié les réunions, les actions et les appels à mobilisation. Que ces femmes et ces hommes admirables trouvent ici lexpression de notre sincère gratitude. Pour eux, pour vous, nous continuons le combat.
Mais cest tout de même regrettable den être arrivés là
Nous sommes des journalistes, rappelons-le. Notre métier ne consiste pas à brandir le poing, mais à informer et à véhiculer des idées, avec autant dobjectivité que possible. Certains sont dérangés par ces informations et irrités par ces idées. Du coup, ils nous considèrent comme leurs ennemis, et réagissent en conséquence. Aujourdhui, ils cherchent clairement à nous abattre les deux procès en cours nétant, bien évidemment, que des prétextes. Face à une attaque aussi massive contre TelQuel (2 millions de dirhams!!), nous pourrions être tentés de perdre notre objectivité, de devenir des opposants purs et durs à ce système qui nous met dos au mur, de ne plus y voir que du mauvais, du réactionnaire, du dictatorial
bref, de nous radicaliser. Cest peut-être, dailleurs, le souhait de nos adversaires : faire de nous des toujours contre, à défaut davoir réussi à faire de nous des toujours pour. Mais nous ne leur ferons pas ce plaisir. Nous résisterons à la tentation du manichéisme, autant que nous résistons à linjustice et à larbitraire. Nous continuerons à faire la part des choses, à dénoncer les reculs (avec force), mais aussi à applaudir les avancées (avec plaisir). Nous pouvons, évidemment, nous tromper. Mais limportant, cest de rester de bonne foi.
Notre but ultime ? Quau-delà de la justice, la raison reprenne ses droits. Notre victoire finale, nous laurons décrochée quand tout le monde comprendra que le journalisme, finalement, est un métier comme un autre. Quune opinion nengage que son auteur, et que pour la contrer, il ny a rien de tel quune autre opinion. Quaux arguments doivent répondre les arguments, et non les manuvres dintimidation. Nous rêvons dun pays où chacun jouerait son rôle, calmement : gouverner pour les gouvernants, militer pour les militants, et raconter tout ça pour les journalistes. Sans affrontement inutile. Si nous nous battons aujourdhui, cest pour ne plus avoir à nous battre demain. |