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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Par Driss Bennani

Enquête. Histoires de GUS

(AIC PRESS)
Croatia, l'hdia, Zarqaoui… que n'a-t-on pas dit sur les Gus? En une année, les poulains de Laânigri n'ont laissé personne indifférent. Mais ont-ils rempli leur mission?


À Laâyoune, l'enquête officielle sur les circonstances de la mort du jeune Hamdi Lambarki est toujours en cours, mais le peuple s'est déjà fait sa vérité. “Croatia ont tué ce jeune de 21 ans, puis l'ont abandonné sur la voie publique”. Depuis, la méfiance, déjà installée entre les populations de la zone sud et les Gus, s'est visiblement accentuée. “Officiellement, rien ne permet de déterminer les causes exactes de
cette mort, mais les habitants ont volontiers cru à la version de la rue accablant les Gus. De toute façon, ils n'ont jamais été les bienvenus ici”, analyse un observateur sahraoui. En manque de croustillant, la machine indépendantiste est naturellement répartie de plus belle. Sur les sites Internet du Polisario, les Gus sont présentés comme une force militaire suréquipée, et leur chef à Laâyoune, comme un tortionnaire récidiviste.
Déjà, lors des dernières émeutes de la ville, les meneurs ont beaucoup joué sur le déploiement récent des Gus à Laâyoune, leurs parades jugées “arrogantes”, leur équipement “guerrier” et leur “méconnaissance, voire violation des us et coutumes locaux”, pour enflammer les foules et leur donner une raison d'investir la rue. Aujourd'hui, avec cette accusation de meurtre, une question se pose avec insistance : les Gus ont-ils leur place au Sahara ? Ce haut fonctionnaire de la ville apporte un bout de réponse : “Nous n'avons pas de gros problèmes de criminalité à Laâyoune. La région a ses coutumes. Le soir, les Sahraouis, hommes et femmes, restent tard dehors. Les femmes préparent le thé à l'entrée de leur maison. Les patrouilles des Gus et le show qui les accompagne sont donc parfois considérés comme une violation de l'intimité des ménages. Vu la sensibilité de la région, on pouvait vraiment s'en passer”. Aujourd'hui, les officiels sahraouis, d'habitude réservés, se disent ouvertement favorables à la proposition du roi concernant l'autonomie, mais exigent au préalable, “une refonte de la politique sécuritaire au Sahara et la sanction des éléments responsables de la mort du jeune Lambarki”.

Et ailleurs?
Partout, dans les quatorze villes où ils interviennent, les Gus ne passent jamais inaperçus. Ils font indiscutablement partie du décor urbain. Les habitants leur ont même trouvé des surnoms parfois affectifs, souvent ironiques, mais toujours révélateurs. Une patrouille de Gus est ainsi appelée une h'dia, en référence au cortège tapageur et bruyant qui conduit le mari vers la maison de ses futurs beaux-parents. Le surnom le plus en vogue est sans conteste, Croatia, en référence aux casquettes tricolores des hommes de Laânigri (ce qui en fait des étrangers dans le décor urbain traditionnel). Plus récent, le surnom d'Al Zarqaoui, le célèbre terroriste jordanien d’Al Qaïda. à l'origine de cette appellation : les tuniques bleues et le mode opératoire plutôt brutal des Gus. Dernière trouvaille, casablancaise celle-là, les Gus sont des Oulad Hriz, parce que, à l’instar de la tribu du même nom, “tayt'hamaw” (ils se mettent à plusieurs).

L'heure du Bilan
Pour “défendre” le bilan de la première année des Gus, l'administration de la police a autorisé un seul responsable sécuritaire casablancais à intervenir sur 2M. Il affirmera que “les Gus ont parfaitement rempli leur mission et qu'ils ont largement contribué à la préservation de l'ordre public et à combattre le crime et la délinquance”. Les chiffres avancés sont éloquents. Grâce aux Gus, la police a traité 24.000 affaires de plus cette année. Chiffre plus intéressant encore, celui des agressions physiques qui chute, à en croire le responsable, de 81%. Soit, mais l'image que renvoie ce nouveau corps a-t-elle pour autant changé celle, plutôt terne, qui colle encore à la police marocaine? Rien n'est moins sûr. Pour le lancement des Gus en Octobre 2004, Laânigri avait promis, en plus de la sécurité, une rupture avec le passé, une révolution dans la relation police - citoyens. Une année plus tard, les avis des citoyens sont plutôt sceptiques. Il n’existe pas de rapport au niveau national en faisant état, mais des groupes, mais des groupes de citoyens de différentes régions du pays dénoncent les abus des Gus (à l'image de ces Tangérois qui ont répertorié une vingtaine de cas et les ont envoyés à TelQuel). Grosso modo, les témoignages vont tous dans le même sens : “Certes, les petits délinquants se font plus discrets, la circulation de drogues n'est plus aussi visible mais au fond, ce sont des flics comme les autres. Aussi corrompus et agressifs, mais plus arrogants”. Ziane, 27 ans, raconte comment il a été, il y a quelques mois, surpris avec une copine dans un jardin à Meknès par deux motards. “La fille s'est effondrée en larmes, elle avait peur. J'ai alors dit aux deux Gus que je n'avais pas d'argent sur moi, que j’étais un simple étudiant et que nous ne faisions rien de mal. C'est alors qu'un des deux motards m'a demandé de lui donner mon téléphone portable pour qu'ils nous laissent tranquilles”. Hassan, lui, est journaliste. “Lors d'une soirée du festival de Casablanca, raconte-t-il, un groupe de Gus interrogeait un simple passant sur son identité. Touché dans son amour propre, le passant proteste, arguant qu'ils n'avaient strictement rien à lui reprocher. Ils l'ont alors pris derrière la grosse voiture et se sont mis à lui coller des claques, à plusieurs”. Des histoires comme celles-là? Il en existe des milliers, certainement. Faut-il en déduire que tous les Gus sont des brutes corrompues? “Certainement pas, mais l'administration de police ne doit pas rester insensible aux critiques et aux doléances formulées par les citoyens. Parce que, aujourd'hui, les nouveaux corps de police lancés, en grande pompe, n'ont toujours pas réalisé l'essentiel, qui est changer la perception de la police chez le citoyen”, affirme un militant des droits de l'homme.

Gus, mais d'abord flics
“J'ai été forcé de suivre des entraînements à l'école de police de Kénitra, puis d'intégrer une unité de Gus, alors que j'ai des qualifications supérieures. Aujourd'hui, mon travail se résume à faire des rondes dans une voiture et à traquer les petits délinquants. Je trouve cela dégradant et je conçois mon affectation aux groupes urbains de sécurité comme une punition”. Voilà ce qu'affirmait, il y a quelques mois seulement, un élément des groupes urbains de sécurité, à un confrère qui avait passé vingt-quatre heures en compagnie d'une unité casablancaise. “Nous n'avons pas d'indemnités spéciales, alors que l’on nous demande de travailler plus efficacement et d'agir plus rapidement. Nos motards n'ont même pas de prime de risque comme les autres motards de la police ou de la gendarmerie”, témoigne anonymement un autre Gus. C'est visiblement ce qui a poussé quatre membres des groupes urbains de sécurité de Casablanca à abandonner leurs imposants véhicules et leurs uniformes sur un quai du port de Casablanca et à embarquer clandestinement pour… l'Australie. Sur 2M, notre responsable sécuritaire a, pour la première fois après plusieurs mois, nié les faits, mettant cette histoire sur le compte de la rumeur publique.
Une question s'impose donc : faut-il repenser le concept Gus? Du côté de la DGST, silence radio. Selon certains défenseurs des droits de l'homme, “à l'heure où les polices du monde entier se font plus discrètes, la nôtre gagnerait à être moins visible et plus efficace”.

 
 
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