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Par Mehdi Sekkouri Alaoui
Portrait. Qui est Philippe Troussier ?
Entraîneur globe-trotter, habitué de l'Afrique, personnage controversé. Troussier fera-t-il mieux que Zaki ? Faisons connaissance avec notre nouveau coach national.
Philippe Troussier n'a pas eu un début de carrière extraordinaire, s'accordent à dire tous ceux qui le connaissent. Et ce n'est pas son timide parcours en France qui va les contredire. Entre 1976 et 1983, bon défenseur, paraît-il, d'Angoulême, du Red Star, et d'autres modestes équipes de deuxième division, il va arrêter sa carrière assez jeune (27 ans) à cause de problèmes au genou. Résigné, il se tourne |
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alors vers le métier d'entraîneur. Malgré une brillante formation - masseur-kinésithérapeute, titulaire d'une maîtrise en sport, diplômé du troisième degré - il se contente encore une fois déquipes de seconde zone : Alençon (4ème division), le Red Star (3ème division) et Créteil en D2. Il était bardé de diplômes, mais il lui manquait l'expérience du terrain comme joueur de haut niveau, souligne ce journaliste français.
Le sorcier blanc rencontre l'Afrique
En 1989, j'ai pris des risques, dira Troussier quant à son exil africain. Il semble que le jeu en valait la chandelle. Il réussit des choses extraordinaires avec l'ASEC d'Abidjan, en remportant trois titres de champion de Côte d'Ivoire de 1990 à 1992, une coupe d'Afrique des clubs et en établissant un record d'invincibilité jamais égalé :101 matchs sans défaite. C'est d'ailleurs à Abidjan qu'il a conquis son fameux surnom de sorcier blanc. C'est un sobriquet que je revendique, lié à des anecdotes. Par exemple, lors d'un match de l'ASEC, on perdait 3 à 0. Je me lève du banc, je lève les bras, je fais rentrer deux joueurs et nous gagnons 4 à 3. En Afrique, on attribue à ce type de coïncidence un côté un peu magique. Quand ça arrive un certain nombre de fois, on se dit ce gars-là est un magicien raconte-t-il sur les colonnes du Matin du Sahara. Après trois saisons à l'ASEC, il se voit confier la sélection nationale et remettre par Felix Houphouët Boigny la nationalité ivoirienne. Et c'est contre une équipe marocaine, le Wydad, lors d'une demi-finale de la Coupe d'Afrique, que cessera son invincibilité et que Troussier fera sa première apparition au Maroc.
Passage remarqué par Rabat
En 1994, il fait une courte escale en Afrique du sud où il entraîne durant quelques mois les Kaiser Chiefs. Le courant ne passe pas entre lui et les supporters. Il échappe même de justesse à une tentative de meurtre. Au Maroc, l'équipe du Crédit Agricole est sans entraîneur. L'ambitieux Rafik Haddaoui, qui en est le président, veut Troussier dont il a beaucoup entendu parler. Le passage de ce dernier au CA où il rencontre Sami Ajam, son fidèle assistant de ces dernières années, laisse le souvenir d'un entraîneur sérieux mais très autoritaire. Il insultait les joueurs et les rabaissait
çe qui peut parfois nuire à certains qui n'ont pas confiance en eux, souligne un ancien joueur. En 1995, le Fath de Rabat, qui doit jouer la finale de la Coupe du Trône, se retrouve également sans entraîneur. Il remplacera au pied levé Baddou Zaki (appréciez l'ironie du sort). Abdellah Benhssain, président du FUS à cette époque, a ses raisons. Je savais que Troussier était un garçon qui avait bourlingué à travers l'Afrique, il était l'entraîneur le plus en vue, on ne peut espérer mieux à quinze jours d'une finale capitale. Lors de ce match, se rappelle Benhssain, Troussier avait fait sortir la vedette de l'équipe. Ce changement avait mis hors de lui le public et les dirigeants de l'équipe que nous étions. Ce changement sest avéré très judicieux. Nos adversaires s'étaient tellement focalisés sur ce joueur qu'ils ont été totalement déstabilisés. Cela nous a finalement permis de remporter cette Coupe.
Après le match, Hassan II téléphone à son secrétaire particulier, Abdelakrim Bennani, qui était également un dirigeant du FUS. S'ensuit ce dialogue. -Il faut garder le Français, Si Bennani. -Il est très cher, Majesté. -Je m'en occupe, répond le roi. Deux jours plus tard, Troussier a entre les mains une convocation de la Banque du Maroc. Il reçoit, des mains du gouverneur en personne, un chèque de 700.000 francs, signé Hassan El Alaoui. Son salaire pour la saison à venir.
Collectionneur d'équipes nationales
En 1997, le chef de l'état nigérian l'appelle personnellement pour lui proposer de reprendre l'équipe nationale, qu'il va qualifier à la Coupe du monde 1998. Son franc-parler et son caractère autoritaire lui valent des relations difficiles avec les responsables qui le remercient à quelques mois du Mondial. Il arrive quand même à se relever en réussissant un exploit impressionnant : en moins d'un an, il mène le Burkina Faso en demi-finale de la CAN et participe au Mondial français avec les Bafanas. Pour lui, son retour en Afrique du Sud, malgré ce qui lui est arrivé auparavant dans ce pays, s'explique tout simplement : Je vais servir l'Afrique du Sud au nom d'un grand monsieur : Nelson Mandela. Il arrive alors au Japon, où il déclenche pratiquement des émeutes à chacune de ses apparitions. Il y est considéré comme un demi-dieu. Son palmarès est des plus impressionnants : Champion d'Asie (2000), finaliste du Championnat du monde junior (1999), finaliste de la Coupe des Confédérations (2001) et neuvième à la dernière Coupe du monde. Malgré ces résultats, il choque par ses méthodes. Lors d'une concentration au Liban, il largue ses joueurs au cur de Beyrouth, sans argent, ni papier, ni repère, avec obligation de retrouver l'hôtel avant la nuit. Et puis, il y a eu l'élimination en huitième de finale de la coupe du monde 2002 qui a été ressentie comme une terrible humiliation. D'autant plus que la Corée du Sud, sa voisine et rivale de toujours, est passée au tour suivant. Troussier, se sentant pointé du doigt, claque la porte. Suivent alors sa candidature pour le poste de sélectionneur des Bleus qu'il rate au finish puis un passage par le Qatar où il fait très vite parler de lui, alors qu'il veut composer une sélection à base de joueurs étrangers naturalisés.
Courte escale à la Canebière
En 2004, la grande équipe de l'Olympique de Marseille fait appel au globe-trotter Philippe Troussier. Retour aux sources. Il en a même toujours rêvé. C'est d'ailleurs le fait qu'il n'a jamais entraîné en D1 française qui lui a fait perdre le poste de sélectionneur de l'équipe de France.
Mais il a du mal à imposer son rythme de travail à ces Européens qu'il trouve trop gâtés. Les clashs avec les stars de l'équipe et les chouchous du public se multiplient. Lizarazu en fait même les frais et choisit de partir. Et puis, à Marseille, on l'oblige à composer avec le staff déjà en place, non le sien. Les résultats ne suivent pas, et face à la pression de lexigeant public marseillais, les dirigeants de l'équipe le remercient après six mois. Ta vocation n'est pas hexagonale. Tu ne peux pas être entraîneur en Europe, lui avait dit Benhssain. Son retour au Maroc confirmera-t-il cette prophétie?. |
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Terminus. Négociation et retour au Maroc
Philippe Troussier a été approché il y a un an et demi mais, à cette époque, il voulait entreprendre une carrière européenne. C'est au lendemain du match contre la Tunisie que de nouveaux contacts ont été pris. Il faut savoir qu'il n'a jamais coupé les ponts avec le Maroc, il s'est toujours considéré marocain, et cela fait même trois ans qu'il est le père adoptif de deux orphelins marocains, souligne un de ses amis.
Mais notre Fédération ne voulait personne d'autre que lui. La liste de candidats avancée n'est que de la poudre aux yeux. Dès le départ, on savait que c'était lui, souligne ce proche de la Fédération. Il semble également que cette dernière avait pour dessein de le recruter seulement pour la CAN, mais Troussier a été très clair : Entraîner le Maroc uniquement pour la CAN 2006 ne m'intéresse pas !. Au-delà d'une rémunération conséquente et des avantages que l'on connaît, il a réussi à arracher un contrat de quatre ans. Pour ce qui est de la prochaine CAN, ce proche de la Fédération suppose qu'on lui a donné des assurances : il ne serait pas responsable d'un échec. Ainsi il réussit à faire d'une pierre deux coups, jouer une nouvelle CAN et empocher un contrat en or. |
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