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Par Karim Boukhari
Années de plomb. La vérité attendra
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Driss Benzekri,
président de lIER (AFP)
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à quelques jours de la présentation du rapport sur les années de plomb, l'IER fait face à la frustration de certains de ses membres et à l'impatience de ses interlocuteurs (familles, ONG) las d'attendre une vérité qui n'arrive pas.
Le rapport final ne sera qu'un compte-rendu des activités de l'IER et de ses réalisations, l'opinion publique n'y découvrira pas les vérités tant attendues (
) Driss Benzekri fait cavalier seul et mène ses concertations en haut lieu, laissant les autres membres de l'Instance dans le flou total. Voilà, en gros, le message, très dur, distillé il y a |
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quelques jours par l'un des dix-sept membres de l'IER. Même s'ils ont été tenus en aparté, off the record, ces propos ont fait le tour des ONG et des médias. Vue de l'extérieur, la conclusion, reprise d'ailleurs par quelques journaux, coulait de source : L'IER est en crise ouverte. Mais est-ce réellement le cas ? Contacté par TelQuel, l'auteur des critiques a refusé de faire toute déclaration publique : Nous sommes à quelques jours du rapport final et de la fin de mandat de l'IER, je ne peux rien dire pour le moment. Les autres membres de l'Instance s'en tiennent à la même réserve, à quelques exceptions près. Nous sommes trop occupés à travailler, car le temps nous est désormais compté. Nous tenons des séances plénières et nous travaillons même les week-ends, souvent jusqu'à des heures très tardives la nuit. Cela fait du stress et, peut-être, de la frustration pour certains parmi nous, mais ce n'est pas là le plus important. La communication, vis-à-vis du public et des médias, mais aussi en interne, est parfois reléguée au second plan. Explication, en off, de ce membre de l'Instance. Nous ne voulons pas ressembler à ces innombrables instances ou comités préfabriqués qui communiquent à tout bout de champ mais ne réalisent rien de concret. L'instance compile les données accumulées en vingt-deux mois d'activité (audiences publiques, consultation d'archives, révélation de certains lieux d'enterrements collectifs) et se penche, surtout, sur les recommandations à suivre. Aucune révélation de marque ne devrait émailler le rapport final mais une série d'outils nécessaires pour assurer le suivi (indemnisations, compléments d'informations, éventuels prolongement judiciaires pour certains dossiers, recommandations de départs à la retraite pour certains fonctionnaires impliqués dans les années de plomb, etc) des cas traités. Dès décembre 2005, l'IER n'existera plus et, à la place, une nouvelle structure devrait voir le jour. C'est Driss Benzekri qui s'occupe à en définir les contours, en concertation avec quelques proches. Le président de l'IER assure aussi le relais, de l'autre côté de la barrière, avec le tandem Fouad Ali El Himma - Mohamed Moâtassim, les deux hommes censés traduire la volonté royale sur le chapitre années de plomb.
à quelques jours de la fin de sa mission, il devient clair que l'IER n'atteindra que très partiellement son objectif-vérité. C'est ce qui explique l'extrême nervosité qui affecte tant l'instance que ses principaux interlocuteurs : ONG et familles des disparus. Dimanche dernier, près de deux cents parents et amis de disparus, accourus de différentes régions du royaume (Ouarzazate, Imilchil, etc) se sont retrouvés à Casablanca. Notre point commun, nous explique un proche de Houcine Manouzi, l'un des plus célèbres disparus, est que l'on ignore le sort définitif des nôtres puisque l'IER, contrairement à toutes les attentes, ne nous a toujours pas éclairés. Parmi les dossiers toujours en suspens, et en plus des cas des grands leaders politiques ou syndicaux (les Manouzi, Rouissi, etc), il y a lieu de signaler les dizaines (centaines ?) de victimes anonymes tombées dans les soulèvements populaires, dont les plus tragiques restent ceux de Casablanca en 1965 et en 1981. On note avec satisfaction la révélation (par l'IER) de certaines fosses communes, notamment dans le Rif et au sud du pays, nous explique ce représentant du comité des familles de disparus. Mais on est toujours sans nouvelle officielle sur les fosses communes où des centaines de jeunes ont été enterrés à Casablanca en 1965 et en 1981. Un signe qui ne trompe pas sur la nervosité, et même la paranoïa, qui semblent gagner la plupart des concernés : la rencontre dominicale des familles de disparus s'est délibérément faite sans le parrainage du Forum vérité et justice, habituel partenaire pour ce genre de manifestations (lire encadré).
Moins surprenante est l'absence de vérité sur une affaire aussi emblématique que le dossier Mehdi Ben Barka. Ce qui est sûr, c'est que le processus en cours, pour cette affaire, se fait en dehors de l'IER, ce qui ne manque pas d'irriter, à juste titre, les principales associations de droits de l'homme. Cela ne correspond pas aux promesses faites, parfois directement par l'IER au moment de sa création, note ce dirigeant du Forum vérité et justice. L'état gère aujourd'hui ce dossier sans aucune pression particulière, c'est ce qui explique le peu d'empressement, par exemple, dont le Maroc faite preuve pour exécuter les commissions rogatoires. Des acteurs de l'affaire Ben Barka devaient être entendus début novembre par le juge d'instruction Serhane ; le Maroc a une nouvelle fois reporté l'échéance arguant que certains des concernés étaient partis à la Omra, alors que d'autres n'existaient pas! |
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Quiproquo. Un sit-in en plusieurs versions
Samedi 12 novembre, un sit-in a eu lieu devant le siège de l'IER, à Rabat. Une première. L'objet du sit-in était une requête formulée par une quarantaine de victimes des années de plomb, concernant le volet indemnisations. Mais l'événement a surtout donné lieu à une série de quiproquos plus surprenants (et décevants) les uns que les autres, qui témoignent dans tous les cas de la grande nervosité ambiante. Ce jour-là, raconte un membre de l'IER, des familles sont venues nous voir pour nous expliquer comment elles ont été contactées par le Forum vérité et justice (FVJ), section Casablanca, pour se rendre à notre siège, sans autre précision
Ces familles ont été trompées sur l'objet même de leur déplacement. Nous étions aussi désemparés que ces gens. Mais le lendemain un quotidien titrait : l'IER tente de retourner les familles en sit-in !. La confusion ateindra son comble quand on aura ajouté que, du côté du FVJ, qui a initialement appelé à ce sit-in, les objectifs réels de ce samedi-là n'étaient pas tant la question des indemnisations que celle de la vérité. Oui, admet ce membre du FVJ, nous sommes nerveux parce que l'IER est sur le point de boucler son mandat et la vérité sur les années de plomb n'a toujours pas quitté les archives de l'état. |
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