Les seules vaches folles que connaît Zakaria Boualem, ce sont les taxis blancs
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem suit avec beaucoup d'intérêt cette étrange histoire de grippe aviaire. Pour tout vous dire, il n'y comprend à peu près rien du tout. Malgré ses diplômes, son bilinguisme tourmenté, malgré sa fhama légendaire, il ne sait toujours pas s'il risque de mourir demain matin parce qu'il a mangé un poulet au diner. Non, ne corrigez pas : il n'a pas mangé du poulet, il a mangé un poulet. Et merci. Sur LCI, on évoque une certaine grippe espagnole qui, dans les années bissextiles, a tué quelques millions de personnes. Sur i-télé, il est question d'un fléau comparable à la peste d'Oran. Le Matin du Sahara, lui, explique à qui veut bien le lire que les vaccins sont là, que les irja-at lazima ont été prises depuis longtemps, que tout va bien. Et merci. étrangement, le journal ne mentionne pas les autres épidémies, qui sont encore plus là, et qui n'ont pas vraiment déclenché les ijra-at lazima ou alors ça na pas été vraiment efficace. Zakaria Boualem pense, en vrac, à la tuberculose, la syphillis, le choléra, la cataracte, le trachome célèbre dans le Sud, la lèpre de Sefrou, la pauvreté, le hrig, la schizophrénie nationale et la corruption générale. Tout ça, c'est pas grave, ça reste entre nous... À la limite, ça peut devenir grave si ça touche un touriste, mais c'est tout. C'est la mondialisation. Et merci. La grippe aviaire, donc, Zakaria Boualem n'y croit pas. Parce qu'il a cru à l'an 2000, qui allait soit disant nous faire tomber les avions sur la tête, en même temps qu'il allait couper l'eau et l'électricité, juste avant de déclencher un raz-de-marée ou une invasion de l'Irak. Rien de tout ca. Si, pardon, il y a bien eu un raz-de-marée et une invasion de l'Irak |
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| mais c'est pas l'an 2000 qui est en cause. Quoique... Si l'an 2000 tombe entre les mains de notre police, il pourrait éventuellement avouer que c'est de sa faute. Mais je m'égare. Après l'an 2000, il y a eu la vache folle. Zakaria Boualem a pensé qu'il allait être foudroyé par Lagerfeld-Jacob ou un pote à lui. Rien du tout. Les seules vaches folles qu'il a croisés, ce sont les grands taxis blancs en rut, lancés à pleine vitesse à la poursuite des clients, des dirhams et des piétons. Tout ça pour dire que la grippe aviaire, avec ses oiseaux asiatiques qui contaminent des poulets roumains, ça lui semble très loin de ses préoccupations. Après avoir regardé Bowling For Columbine, le film de Michael Moore, Zakaria Boualem a découvert que la peur et la parano étaient utilisées par le système pour éviter toute remise en cause dangereuse (pour le système, bien sûr). Dans une séquence hilarante, le cinéaste montre des Américains effrayés successivement par les indiens, puis par les communistes, et enfin par les terroristes. Apeurés, ils achètent les nouvelles Nike et ils votent pour ceux qui promettent de les protéger. Rendons grâce au passage au piratage qui, s'il appauvrit nos artistes nationaux, permet à Zakaria Boualem d'avoir accès à une culture dont il n'aurait jamais pu rêver. Chez nous, nous avons peur des ennemis de la nation, notion aussi pratique que floue, et qui englobe à la fois les Algériens, la FIFA, les Chinois, les arbitres de foot africains, ceux qui ouvrent leur gueule pour réclamer leurs droits et ceux qui aimeraient bien une justice impartiale et des prisons humaines. Quand on a fait le tour des ennemis de la nation, on passe à l'échelle supérieure, les ennemis des Arabes. On nous explique que nos frères palestiniens sont en danger imminent à cause des affreux sionistes. Du coup, il faut absolument défiler à Rabat, c'est primordial. On défile, puis soudain, tout va mieux. Et merci. Pendant ce temps là, la tuberculose, la syphillis, le choléra, la cataracte, le trachome, la lèpre, la pauvreté, le hrig, la schizophrénie nationale et la corruption générale se portent très bien. Et merci. |