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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Par Karim Boukhari

Sahara. Propagande contre propagande

(AFP)
En plus d'être en effervescence, le Sahara en général, et Laâyoune en particulier, sont victimes d'une guerre des propagandes (marocaine, polisarienne) aux effets pervers. Tour d'horizon.


Mardi, les amateurs d'Internet se sont réveillés sur une mauvaise nouvelle : tous les sites et autres blogs personnels dédiés au Polisario (2600, d'après des sources fiables) sont impossibles d'accès, à partir du Maroc. Arso, SPS, les cahiers du Sahara et leurs innombrables émules sont devenus introuvables, à Rabat, Casablanca ou Laâyoune. Une
grande première pour laquelle les autorités marocaines n'ont publié aucun communiqué officiel. Selon Réda Taoujni, le président de l'Association du Sahara Marocain (ASM) basée en Espagne mais qui compte un réseau de correspondants à Laâyoune, “la fermeture des sites pro-polisario porte de toute évidence la signature des services marocains, mais les partisans du Polisario ont promis de riposter dans les quarante-huit heures”. C'est effectivement ce qui a été fait, et en moins de temps que prévu. Dès le lendemain, le mercredi, une nouvelle adresse électronique a été communiquée sur le Net pour accéder aux différents sites pro-polisario, court-circuitant ainsi l'interdiction. “L'information s’est répandue de proche en proche et a circulé sur les emails. Résultat : tout le monde, à Laâyoune et région, a pu connaître, en quelques heures à peine, la nouvelle adresse par laquelle on peut accéder aux sites pro-Polisario”, nous explique ce journaliste local. Et l'effet devient encore plus pervers quand on sait que les pages d'accueil des sites interdits comportent désormais la mention “Ce site est censuré au Sahara occidental occupé”…
La guéguerre sur le Net offre un joli raccourci, très représentatif de la bataille de l'information dont Laâyoune est le théâtre depuis, au moins, mai 2005, date dont la signification est largement controversée par ailleurs. “Mai 2005, explique Abdelmajid Belghzal, militant syndicaliste à Laâyoune, est la date du déclenchement de l'intifada continue pour les pro-polisariens. Version unioniste, cette date correspond tout au plus au début des troubles (épisodiques) de l'ordre public”. La vérité, comme le veut la sagesse populaire, est à chercher entre les deux extrêmes. Aujourd'hui, Laâyoune est une ville relativement calme, mais les indicateurs de sécurité sont tous au rouge. Exemple : le vendredi 18 novembre, le corps du jeune Hamdi Lambarki, tué le 30 octobre (“Victime de la répression policière du régime d'occupation marocain”, d'après Sahara Press Service, “mort par jet de pierre accidentel” pour les autorités marocaines) devait être inhumé, après un séjour de vingt jours à la morgue. A la dernière minute, et comme nous l'ont confirmé plusieurs sources locales, “l'inhumation a été reportée à une date ultérieure, de peur qu'elle ne se transforme en émeutes populaires, étant donné sa coincidence avec la célébration des festivités de l'indépendance (du Maroc)”. Officiellement pourtant, le report de l'inhumation a été motivé “par les besoins de l'enquête en cours (sur les causes du décès)”. Aujourd'hui, le corps de Hamdi Lambarki attend toujours d'être inhumé, quatre semaines après sa mort. Et c'est le Maroc qui a été amené à corriger sa première version des faits puisque, d'après plusieurs sources dignes de foi, deux éléments des GUS auraient été suspendus et mis aux arrêts pour leur “implication dans le décès de Lambraki”.
C'est dans la même logique initiale, celle d'éviter le pire, que des troupes militaires sont stationnées, depuis bientôt deux semaines, aux coins névralgiques de la ville. “L'arrivée des militaires succédait à la visite de hauts responsables sécuritaires (ndlr un staff de sécurité aurait eu lieu à Laâyoune, peu avant l'arrivée des troupes, en présence, entre autres, des directeurs de la Sûreté nationale et de la DGST), confirme Abdelmajid Belghzal, pour suppléer les GUS plus connus ici par le surnom Croatia, à cause de leurs tuniques. La ville a retrouvé son calme depuis…”. Notons, au passage, que l'arrivée des militaires est la deuxième, après une “première” observée en 1999. Postés dans les quartiers chauds de la ville (le quartier Maâtallah, la route de l'aéroport, etc), les militaires n'ont guère eu l'occasion d'intervenir. Ils ont même été accueillis, d'après plusieurs témoignages crédibles, “par les you-you des femmes”. Abdelmajid Belghzal, qui est tout sauf un adepte de la langue de bois officielle (il avait même été accusé, à une certaine époque, d'accointances polisariennes et licencié de son travail), confirme : “Les femmes se sont rappelées que, en 1999 déjà, des troupes avaient investi Laâyoune pour y ramener le calme, ce qu'elles ont réussi sans user de violence, fraternisant au passage avec les populations locales”. Selon une autre version, moins romantique, “l'arrivée des militaires est saluée par les foules parce qu'elle est perçue une sanction contre les GUS (dont la popularité locale est décidément au plus bas)”. De l'autre côté, la propagande polisarienne se contente de relever “l'arrivée de l'armée d'occupation pour tenter de briser la résistance civile”...
Mais il arrive que les sympathisants du Polisario soient victimes de leur propagande comme par exemple cette intervention du représentant du Polisario en Afrique du Sud expliquant, sur les ondes d'Al Jazira, que les émeutes populaires du 13 novembre dernier “ont été déclenchées à la suite du nouveau discours du roi Mohammed VI sur la question de l'autonomie”. L'explication du diplomate n'a rien d'exceptionnel, sauf qu'elle signifie, en substance, que l'intifada n'est pas permanente, contrairement à la propagande officielle. “Cela n'a pas échappé à la vigilance de Tindouf, qui a sermonné son représentant à Prétoria”, note encore cet observateur local.
Alors Laâyoune, ville assiégée en pleine guérilla urbaine, ou ville où la tension sociale est à peine plus exacerbée que dans le reste du Maroc ? Pedro Canales, journaliste à La Razon, qui suit de très près l'actualité marocaine (et qui n'est pas spécialement tendre envers le régime marocain), résume la situation ainsi : “Les événements de Laâyoune sont l'objet d'une surenchère médiatique, où la manipulation de l'information est partout : côté marocain, polisarien, algérien, espagnol. La manipulation marche d'autant mieux qu'elle est relayée par des images, et par le fait incontestable que les forces de l'ordre sont quelque peu débordées…”. Pour ce connaisseur du dossier, “le noyau dur des manifestants correspond à une cinquantaine de personnes, tout au plus. Les images les plus fortes ne sont pas truquées, mais elles correspondent à des instantanés entre lesquels le calme est généralement la règle”. Et la vérité dans tout cela ? “C'est celle qu’on peut relever en sillonnant la ville, et qui n’est comparable en rien aux émeutes mémorables qu'a connues le royaume au plus fort des années 70 - 80”, conclut ce reporter.



Priosn de Laâyoune. Vous avez dit photo-montage ?

La prison noire a été l'objet, l'été dernier, d'une polémique. Au cœur du débat, une série de photographies montrant les pensionnaires de la prison dans des postures pour le moins inconfortables. Rapidement, les photos ont fait le tour des sites et des blogs, mettant en émoi la communauté des internautes et servant au passage la propagande polisarienne. Les autorités marocaines, visiblement indisposées par les images, ont répliqué en criant au “photo-montage”. Une version qui ne tient plus la route aujourd’hui. L'observatoire marocain des prisons (ODP), qui vient de publier un état des lieux de la vie carcérale dans le royaume, le confirme. La prison de Laâyoune abritait, du temps du protectorat espagnol, 50 pensionnaires, contre 700 en 2004 (un chiffre à revoir à la hausse). Les détenus y subissent un rituel lié au surpeuplement, et dont l'une des étapes s'appelle le taqlach : ou comment, faute de place, le prisonnier passe la nuit assis sur son dos, ses pieds étant suspendus sur les épaules de son devancier. Et encore, quand le prisonnier se lève, il perd automatiquement sa place et passe la nuit debout. “Les images qui ont fait couler tant d'encre sont parfois en-deçà des réalités, explique Abderrahim Jamai, le secrétaire général de l'ODP, comme toutes les données recueillies sur place et vérifiées l’attestent”. Reste une énigme, pour laquelle il n'existe aucune réponse concrète : comment l'introduction des appareils numériques qui ont servi à la prise de ces photos a-t-elle été possible ?

 
 
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