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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Festival. À l'école du cinéma

À Marrakech, Hassan Hamdani

Festival. À l'école du cinéma

Kiarostami supervise, impassible,
les travaux des étudiants (D.C)
à Marrakech, loin des tapis rouges et des paillettes, Abbas Kiarostami et Martin Scorsese ont animé des master class à destination d'artistes passionnés de cinéma. Ils n'ont pas été avares de leur temps. Quand on aime, on ne compte pas.


Les master class de Marrakech sont nées d'une rencontre entre Peter Scarlet, directeur du festival de Tribeca de New York, Hakim Belabbas, réalisateur de Les Fibres de l'âme et Khalil Benkirane, documentariste de son état. Présent lors du festival de Marrakech 2004, Peter Scarlet s'étonne de ne voir qu'un film marocain en compétition (Tenja de
Hassan Lagzouli) et déplore l'absence du public marocain dans les salles programmant une rétrospective du cinéma national. Peter Scarlet découvre aussi une réalité qui n'étonne plus personne sous nos cieux : il n'existe aucune formation au cinéma au Maroc. Il en parle à Hakim Belabbas et Khalil Benkirane. Les trois hommes se connaissent déjà, Hakim et Peter s'étant croisés à la Mostra de Venise. Peter et Khalil, quant à eux, se sont connus via le circuit des festivals indépendants américains. Khalil Benkirane organise chaque année le festival du film arabe de San Francisco. Hakim et Khalil décident d'organiser une rencontre à l'hôtel Atlas Asni de Marrakech. Ils veulent présenter à Peter de jeunes cinéastes marocains débutants. Certains ont déjà à leur actif quelques courts-métrages, d'autres un amour immodéré du cinéma et le désir d'en faire chevillé au corps. Beaucoup d'entre eux fréquentaient d'ailleurs les cours d'audiovisuel de Ali Essafi et Khalil Benkirane à l'école des beaux-arts de Casablanca. L'auteur du Blues des cheikhate et Khalil, réalisateur d'un docu sur Cheb I Sabbah, y enseignaient à titre gracieux l'art du documentaire.

Abbas et Martin, maîtres d’école
L'équipe qui portera l'idée des master class à bout de bras est presque au complet. Ne manque plus qu'un mentor de classe internationale. Ce sera Abbas Kiarostami. Le réalisateur iranien connaît bien la femme de Peter Scarlet, Katayoun Belgari, elle-même d'origine iranienne. “Nous voulions Kiarostami pour une journée. Il a lui-même insisté pour animer une semaine de formation” explique Peter Scarlet. Martin Scorsese himself, ami personnel de Peter, dit banco aussi. Le réalisateur américain avait soutenu dès le départ le festival de Tribeca. La manifestation cinématographique créée en 2002 par Robert de Niro, entre autres, était une réponse cinématographique aux attentats du 11 septembre. Pour lutter contre les préjugés et l'image négative véhiculée par les médias américains, les organisateurs y programment des films venant du monde entier. Voir d'autres réalités est le meilleur moyen de découvrir l'autre. L'idée de mélanger huit étudiants américains en cinéma et leurs homologues marocains enthousiasme Martin Scorsese. Le projet entre dans la droite ligne de la philosophie insufflée au festival de Tribeca. Pour la petite histoire, la Fondation du festival de Marrakech, quand elle apprend l'arrivée de Martin Scorsese et Abbas Kiorastami, “récupère” leur présence en organisant un double hommage aux deux réalisateurs. De cet opportunisme “jusqu'auboutiste”, seul Fayçal Laraïchi sort plus ou moins indemne. Il décide de fournir tout le matériel nécessaire pour le bon déroulement des master class. Les étudiants bénéficieront de l'équipement de la RTM : une caméra par personne et d'une table de montage pour deux. L'idée des master class enthousiasme même Moulay Rachid.“Il m'a affirmé, quand nous nous sommes rencontrés, que les master class revêtaient pour l'avenir du cinéma marocain une importance plus grande que le festival lui-même” raconte Peter Scarlet.

Silence, on enseigne !
Dans les salles de cours sises dans l'hôtel Atlas Médina, à quelques pas du Palais des congrès, l'ambiance est studieuse. On est loin de l'agitation générale qui habite les festivaliers, les journalistes et l'organisation du festival. Ici, on bosse. Abbas Kiorastami supervise les travaux des étudiants tel un sphinx imperturbable. La bête ne mord pas, mais impressionne par sa force tranquille. Mohamed Achaour, Leila Triki et Bouchra Yjork, trois des cinéastes marocains en herbe, ont l'air épuisé. Ils entament leur deuxième semaine de cours. Bouchra, actrice puis réalisatrice, est passée par tous les états. Du désespoir à la joie, à l'image de ce dessin au feutre qui orne l'entrée de la salle : un visage renfrogné yesterday, un grand smiley aujourd'hui. “Kiarostami leur a mis des claques (au figuré). Les étudiants avaient une vision erronée du cinéma. Ils repartiront tous avec le désir de faire des films qui leur ressemblent et non pas un cinéma artificiel” explique Ali Essafi. A l'image du cinéma du maître iranien. Dès son premier cours, Abbas Kiarostami a envoyé tous les étudiants filmer Jamaâ El Fna, caméra au poing, avec ce conseil déroutant pour beaucoup : “Je n'ai rien à vous apprendre. Tout est déjà en vous. Il vous faut juste le découvrir”, raconte Khalil Benkirane. Ce premier exercice sur la place de l'Apocalypse a été l'occasion de croiser les regards cinématographiques américain et marocain. Deux visions d'une même image. Une, extérieure américaine, découvrant la réalité marocaine, une plus intériorisée, celle de Marocains devant réapprendre à regarder, sous un jour nouveau, les petits riens du quotidien. C'est en tout cas la leçon qu'a tirée Mohamed Achaour des cours de Kiarostami : “Il a bien mis l'accent sur l'environnement quotidien et son observation. C'est ce qui fait la force d'une image. Abbas Kiorastami filme une poule dans une basse-cour et c'est beau tout simplement”.
Si Abbas Kiarostami a été d'une zénitude remarquable, la master class animée par Martin Scorsese a été beaucoup plus agitée à l'image de l'italo-américain volubile qu'il est. Martin Scorsese a préparé, spécialement pour sa master class, un montage de quatre heures de scènes de ses films et des œuvres qui l'ont marqué. “Ils nous a montré, images à l'appui, comment la scène de la douche dans Psychose d'Alfred Hitchock lui avait inspiré l'intensité dramatique des combats de boxe dans Raging Bull”, explique Mohamed Achaour. Les étudiants ont eu, pour second exercice, un court-métrage à réaliser. Le thème s'est imposé de lui-même quand un téléphone a sonné au milieu du cours de Kiarostami. Le portable, objet cinématographique, a donné lieu à une déclinaison de scénarios. Bouchra Yjork a choisi de traiter le mensonge téléphonique. Mohamed Achaour a préféré voir en l'objet, le summum du dérangement intempestif : “Un homme prie dans une mosquée quand son portable sonne”. Pour l'exercice, les acteurs étaient tout trouvés, Khalid Benchagra ou Mohamed Merzaoui ont été castés devant l'hôtel où logeait la délégation marocaine. La projection des courts métrages des étudiants a eu lieu sous l'œil de Abbas Kiarostami et en huis clos. La qualité était-elle au rendez-vous ? Là n'était pas la question. “On n’apprend pas à faire un bon film en deux semaines. Les master class avaient surtout pour but d'initier les étudiants à une autre forme de cinéma” explique Khalil Benkirane. Suite des aventures au mois d'avril à New York. Tous les étudiants marocains ont été invités au festival de Tribeca. Cinq d'entre eux pourront même y montrer leurs courts-métrages. La RTM a décidé de les produire. Les étudiants seront épaulés pour ce faire par Ali Essafi et Khalil Benkirane. Des hommes de bonne volonté ont mis en place un cercle vertueux à Marrakech. Le cinéma marocain en récoltera les fruits dans quelques années. Croisons les doigts.

 
 
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